Rien ne va entre le pouvoir de transition au Tchad et la Commission de l’UA dirigée par le Tchadien Moussa Faki, depuis la nomination du Sénégalais Ibrahima Fall au poste de Haut représentant de l’Union africaine pour accompagner la transition. Le Conseil militaire de transition, installé le 20 avril, écarte toute possibilité de collaborer avec le sénégalais. Ce malaise au-dessous purement politique, longtemps dissimilé entre la junte et l’UA vient d’être révélé au grand jour.

Immédiatement après l’annonce de la mort d’Idriss Déby, le président de la Commission de l’Union Africaine, le tchadien Moussa Faki s’est rendu au Tchad pour assister aux funérailles et assister les nouvelles autorités notamment Mahamat Idriss Déby Itno alias Mahamat Kaka. Sur la télévision du Tchad, on apercevait Moussa Faki participait à certaines audiences du jeune président. Il était très proche de Déby-fils. Mais, cette entente ne pouvait pas durer car Moussa Faki espérait occuper le poste de président de la transition. Son désespoir a été grand. Car, Mahamat Kaka avait très tôt compris les véritables motivations de Moussa Faki. En vérité, le président de la Commission de l’Union Africaine veut se présenter à la prochaine élection présidentielle. Il s’est trouvé que Déby-fils nourrit les mêmes ambitions. Voilà l’une des raisons qui font que Kaka soupçonne malheureusement le sénégalais Ibrahima Fall, d’être choisi pour préparer le terrain à Faki, le futur candidat, son futur adversaire. Ce n’est pas tout.

La junte sous protection française semble décidée à fermer ses portes à tout représentant de l’Union africaine et même, qui sait, aux Nations Unies. Les dirigeants tchadiens veulent diriger ce pays seuls, en vase clos, sans l’implication d’aucune organisation internationale.

Pour rappel, vers la fin de son premier mandat de président de Commission de l’UA, Faki a été reçu en audience par Macron en présence de Jean Yves LeDrian Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères de France. C’était quelques mois après l’opération subie par Déby dans un hôpital américain en France. L’intervention s’était mal passée et Déby était tombé dans le coma. S’en était suivi une panique entre Paris et Ndjiamena. Pendant plusieurs heures, Déby était inconscient. Par la suite, les médecins ont réussi à le réanimer. Selon nos sources, Macron avait informé Moussa Faki des problèmes de santé de Déby, en l’interrogeant sur la démarche à adopter en cas de départ brusque (décès) de Déby.

Le président français qui se préoccupait de la stabilité du Tchad et de la préservation des intérêts économiques de son pays, a voulu anticiper. A Macron qui croyait qu’il n’y avait pas de personnalités sérieuses pour assurer la gestion du pouvoir après Déby, a été certainement séduit par la réponse de Moussa Faki qui lui avait fait comprendre qu’il y a bien des gens capables de diriger le Tchad. Mieux, Moussa Faki fera comprendre à Macron qu’il était lui-même intéressé. Retenez bien qu’en ces moments, Déby était en convalescence à Paris. Cela a été le début des problèmes entre Déby, son clan et le président de la commission de l’Union Africaine Moussa Faki. Alors, Jean Yves Ledrian qui se considérait comme le «frère jumeau » de l’ancien président du Tchad, est allé raconter les secrets de cette audience entre Macron et Faki, à son ami Idriss Déby. Ce dernier n’a pas tardé à informer ses proches sur les manoeuvres de Moussa Faki qui se trouve être son cousin. Appartenant au même clan, Moussa Faki sera lui aussi informé par les membres de sa famille de la colère de Déby. C’est ainsi que Le Drian a créé le malaise entre Déby et Faki. Alors, Mahamat Kaka qui a été mis au parfum de toute cette affaire, est aujourd’hui, en train de se battre pour éviter qu’un ami de Moussa Faki à l’image d’Ibrahima Fall soit choisi comme représentant de l’UA dans cette crise. Car Déby-fils n’ignore rien des relations fraternelles entre Fall et Faki. D’ailleurs, le frère de Moussa Faki, Annour Mahamat Hassan a été défénestré de son poste de Directeur National à la BEAC par Déby-fils le 04 Mai 2021. Cette décision prouve que le malaise ne date pas d’aujourd’hui.

L’autre difficulté c’est que Mahamat Kaka ne veut pas d’un médiateur qui va contrôler la transition. Car Déby-fils avec la complicité de Macron veut se présenter à la prochaine présidentielle du Tchad, exactement comme l’avait fait son défunt père adoptif Idriss Déby. Et, il est soutenu en cela par la France. Il ne faudrait pas aussi écarter que Macron qui a décidé de suspendre l’opération Barkhane, ne tente de s’appuyer sur l’armée tchadienne pour poursuivre la mission de l’armée française dans toute cette zone sous la couverture des soldats tchadiens avec des instructeurs français. Or, cela ne sera possible que lorsqu’il réussit à maintenir Kaka au pouvoir durant toute la période de la transition et puis l’aider à se présenter et à se faire élire comme Chef de l’Etat. Face à la junte malienne incarnée par des soldats matures et inflexibles sur certaines positions, la France va sans nul doute s’appuyer sur le néophyte Mahamat Kaka pour maintenir son influence entre la Libye, le Tchad et la Centrafrique.

Enfin, l’arrivée d’un représentant de l’UA au Tchad va permettre d’élucider certaines questions surtout celles liées aux prisonniers de guerre. Il s’est trouvé que plusieurs prisonniers arrêtés durant cette guerre du nord ont été exécutés. Or, la junte court le risque de poursuites pénales pour des crimes internationaux. Si l’on remonte encore plus loin, plusieurs opposants, des membres de la Société civile Tchadienne, des citoyens lambas ont été exécutés par Déby et ses chefs de guerre. En 2008, la Commission de la Francophonie qui a été pilotée par l’ancien président sénégalais Abdou Diouf sous le magistère de Nicolas Sarkozy, avait révélé dans son rapport officiel qu’il était impossible de trouver les traces de 136 prisonniers. L’arrivée d’un représentant de l’Union africaine pour accompagner la transition ou d’un tout autre organisme international, constitue un risque aux yeux des tenants actuels du pouvoir. Et le mutisme de Macron parrain de la junte, face à cet acte posé par les autorités de Ndjiamena contre Ibrahima Fall et l’Union africaine traduit sa complicité avec Déby-fils. Les réactions du président de l’Union africaine Félix Tshisekedi et du président de la Commission le tchadien Moussa Faki sont attendues.

Voilà, l’un des dossiers chauds que le président sénégalais Macky Sall va hériter l’année prochaine en tant que président de l’UA, et avec Hissein Habré en prison depuis 08 ans, sa mission risque d’être encore très difficile face aux Tchadiens qui appellent à une réconciliation nationale.

Modou FALL/ DAKARTIMES

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