Maroquinerie, cosmétique, agroalimentaire…solidaires. La société Bet Mama mise sur le 100 % tchadien pour arracher le pays à la misère et génère, cinq ans après sa création, un chiffre d’affaires annuel de 35 millions d’euros. À sa tête, Awatif Baroud, femme d’entreprise parmi les plus en vue de la sous-région.

« Je fais fondre les douilles d’obus en bronze pour fabriquer les boucles et ornements de mes sacs à main, etc. Je fais d’un objet horrible qui massacre l’humanité un objet d’art et de bonheur. » En quelques mots, Awatif Baroud résume son état d’esprit. Cette fille d’un ancien ministre de la Justice, qui a longtemps fui la guerre et la dictature Habré avec sa mère, a le sens des valeurs, de l’égalité et de la justice inscrit dans son ADN.

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À travers son entreprise Bet Mama – « la maison de maman »  – créée en 2016, Awatif Baroud emploie plus de dix mères célibataires, veuves et femmes battues. « Je les sors de la misère pour tenter de leur donner une deuxième chance et leur permettre de retrouver foi en la vie. »

FABRIQUER DU 100 % TCHADIEN POUR LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ

Carrière dans le secteur pétrolier

Bet Mama comprend trois secteurs d’activité, tournés vers les femmes et les enfants : la maroquinerie, le cosmétique et l’agroalimentaire. Le chiffre d’affaires avoisine les 35 millions d’euros par an.

Diplômée de langue française à l’Alliance française de Paris, titulaire d’un BTS en gestion de petites et moyennes entreprises obtenu à l’Infac, à Bruxelles (1994), Awatif Baroud a d’abord fait carrière dans le secteur pétrolier pendant quatorze ans chez Esso, avant de réaliser son rêve. « Je ne voulais pas travailler toute ma vie dans un bureau. Je voulais tirer mon pays vers le haut en fabriquant du 100 % tchadien et lutter contre la pauvreté. »

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À 12 ans, exilée en Libye pendant la guerre, elle dessine des sacs après l’école et surtout aide surtout le week-end sa maman, professeure d’arabe et homéopathe naturelle à ses heures.

SES PRODUITS SONT DISTRIBUÉS DANS TOUS LES SUPERMARCHÉS ET LES HÔTELS DE LUXE DE N’DJAMENA

« Je la regardais faire ses concoctions de plantes traditionnelles à la maison, qu’elle revendait ensuite à ses amis pour arrondir les fins de mois difficiles. Elle faisait des pommades à base de cire, des huiles de massage de sésame, du gommage à base de sorgho, autant de recettes que j’ai intégrées dans ma gamme de cosmétique 100% bio. »

Awatif Baroud, entrepreneuse tchadienne au service de la lutte contre la pauvreté. © Jean-Marc Pau pour JA

Faire le bien autour de soi

Depuis 2019, l’entreprise Bet Mama produit aussi des sirops des fruits de la brousse : baobab, tamarin et savonnier. Toujours dans cette logique de faire le bien autour d’elle, Awatif Baroud a créé une gamme de thés et de tisanes thérapeutiques.

« Nous mélangeons le thé vert aux plantes médicinales du désert, comme l’armoise, de la famille de l’Artemisia, remède très efficace contre le paludisme et même, assurent certains , contre le Covid-19. »

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À 51 ans, Awatif Baroud est l’une des femmes d’entreprise les plus en vue du Tchad et de la sous-région, lauréate du prix Miva (Marché ivoirien de l’artisanat) en 2016. Ses produits sont distribués dans tous les supermarchés, les hôtels de luxe, mais aussi dans les stations-service de N’Djamena et des pays voisins.

Enfin, pour ne rien perdre de ses idéaux, Awatif Baroud est très engagée, à travers ses produits naturels, contre la dépigmentation et l’importation des produits chimiques au Tchad.

Par François-Xavier Freland

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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