A l’occasion du cinquantenaire de la fondation du collège du Sacré-cœur, on m’a demandé de raconter comment se sont déroulées les trente et une premières années que j’y ai vécu en tant que fondatrice et chef d’établissement. En voici le résumé.

1ère étape : structure française

1. Les sœurs du Sacré-cœur ont été appelées au Tchad en 1964 pour ouvrir un établissement scolaire pour les filles.Celles-ci arrivaient en 6ème et ne trouvaient pas de place pour elles dans les établissements existant.

Le 6 octobre 1964 s’est ouverte une classe de de 6ème dans ce qui a été appelé au début « Collège privé de jeunes filles de Fort-Lamy Chagwa. »

Quelles était les élèves ?

Le tableau suivant donne une image de la rapide progression de leur nombre :

1964 : 40 élèves : 16 africaines et 24 étrangères : une 6ème

1965 : 83 élèves : 27 africaines et 56 étrangères : deux 5ème

1966 : 119 élèves : 47africaines et 72 étrangères : trois 4ème

1967 : 130 élèves : 65 africaines et 65 étrangères : quatre 3ème

. Parmi les africaines, il y avait des tchadiennes de Sarh et bousso, internes, boursières de leur Évêques respectif. Il n’y avait pas de C.E.G au sud à cette époque.

. Les étrangères étaient en majorité des françaises, filles de coopérants ou de militaires basés à Fort-Lamy pour un an ou deux ans.

Quel programme scolaire ?

L’Éducation nationale était française quant à ses programmes et quant à ses livres de classes.Nous nous y sommes donc adaptées, ce qui a permis aux étrangères de se réintégrer facilement lors de leur retour en Métropole.Les tchadiennes suivaient sans peine, ayant eu à Fort-Lamy ou en province, au CM2, des maîtresses ou des maîtres français.

Et les Professeurs ?

C’était les Sœurs et les épouses de coopérants ou de militaires. Nous pouvions leur assurer un salaire grâce au montant de la scolarité que chaque mois versaient les parent étrangers.

2. En 1974 et 1975, deux évènements sont venus briser l’essor du collège :

– L’ouverture d’une école secondaire française qui prendra par la suite l’appellation de « Montaigne ». Elle ouvrira, comme nous naguère, chaque année une classe à partir de la 6ème, ce qui entraînera autant de départs de notre établissement. « Montaigne » préparera plus directement aux examens français.

– Le départ du Tchad de l’Armée française, ce qui entraînera le départ de 60 élèves.

De telle sorte qu’en 1977, toutes les françaises auront quitté le collège.

2ème étape : essai d’adaptation au Tchad

1. A la rentrée d’octobre 1977, nous nous retrouvons donc avec une centaine de tchadiennes externes.

Nous envisageons de leur adapter leur scolarité. Nous avons d’abord cherché pour les tchadiennes d’un collège « à la française » :

-Difficulté pour la femme tchadienne d’assurer le soir un travail scolaire de devoirs et de leçons, à cause de ses tâches ménagères.

-Livres français non adaptés parce que les sujets abordent le monde occidental.

-Cours magistraux de moins en moins compris par les élèves, en raison principalement d’une baisse de niveau du français des écoles primaires.Les élèves devenaient agressives et insolentes.

-Démarche de pensée des africaines différente de celles des occidentales : les françaises ont une démarche cartésienne, les tchadiennes une concentrique : elles étaient déroutées pour rédiger des compositions françaises ou pour résoudre une démonstration en géométrie par exemple.

Nous avons réagi en conséquence par diverses mesure :

-Choix de la pédagogie par OBJECTIF : le travail personnalisé a remplacé les cours magistraux. Le lundi matin, quand les élèves arrivaient, elles trouvaient au tableau l’objectif de la semaine et l’indication des travaux à faire pour y arriver.Les livres étaient à leur disposition, les tables groupées pour les élèves qui désiraient se réunir dans leur recherche.Les professeurs étaient à des tables dans la galerie : on venait les consulter.Une heure étaient réservée en fin de matinée pour les cours de langue(Anglais et Arabe) et des Sciences adaptées à l’Afrique, en travaux pratiques.L’atelier de couture et le sport avaient lieux l’après- midi librement.

-Les professeurs avaient interdiction de donner du travail à faire le soir.

Cette pédagogie a eu beaucoup de succès.Les élèves ont réalisé de superbes dossiers.Les problèmes de discipline ont disparu.Des élèves arrivaient plus tôt le matin et se mettaient directement au travail. Les rapports avec les Professeurs ont changé : de Maîtres ils sont devenus des aides, des conseillers.Et surtout les élèves ont appris à « réfléchir ». Le « par cœur » sans comprendre qui leur était facile vu leur étonnante mémoire, a disparu.

2. Mais le mois de Février 1979 nous as empêchés de continuer cette belle expérience pédagogique.

La « 1ere guerre » comme on disait alors, a éclaté.Les étrangers ont quitté le pays, les populations du sud résidant à N’Djaména sont retournées dans leur village respectif.

Nous avons essayé de maintenir le collège ouvert.En avril, une vingtaine de musulmanes sont revenues et ont recommencé à travailler autour de la table de la salle de séjour des Sœurs.En septembre il y en eut 50 dans le bâtiment des 6ème. En janvier 1980 elles étaient 120 groupées dans la salle d’audio-visuel.

3.Le 21 mars 1980 a éclaté la « seconde guerre ».

Le collège a été fermé et pillé. Les trois Sœurs , se sont réfugiées à Bongor où elles ont enseigné au Lycée et à l’École Normal.

3ème étape : un Établissement tchadien

Cinquantenaire du Sacré coeur de N'DjaménaEn 1982, le nouvel Archevêque de N’Djamena, Monseigneur Vandame, est venu nous chercher à Bongor pour rouvrir le Collège du Sacré-cœur. Après beaucoup de réflexions et d’échanges, il a été décidé de rouvrir un collège mixte de 500 élèves.

1. Comment intégrer tant d’élèves dont la majorité ont été peu ou pas scolarisés en raison des évènements ou du manque de Professeurs ?

Nous avons organisé un examen d’entrée sur deux matière : le français et les mathématiques.Chaque élève recevait une feuille par matière avec une série de questions progressives allant de la 6ème à la 3ème. Les réponses s’inscrivaient directement sous les questions. Chaque élève répondait ainsi à ce qu’il savait. A partir de là, nous avons pu classer les élèves dans leur classe respective.

 

2. Les années suivantes, nous avons adopté le règlement suivant :

– L’entrée en 6ème se fait à la demande des parents ou tuteurs pour tout élève admis au Concours National d’entrée en 6ème.

-Les classes ont un maximum de 50 à 54 élèves en raison des places assises. Si un élève ne travaille pas il est exclu, laissant la place à un nouvel élève admis après examen écrit.

-Un « Règlement » est remis à chaque élève. Je peux dire que le règlement était très efficace. Quand je disait à un parent : « Monsieur, c’est dans le règlement », il acceptait de suite. Plus tard les élèves auront un uniforme à la demande des parents.


3.Que faire pour les livres ? Ils ont tous été pillés en 1980… Lire la suite sur TCHADPAGES

 

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