Les différentes composantes de la transition soudanaise tentent de doter l’accord de paix, qu’elles ont négocié il y a un an, d’un dispositif de surveillance. Il s’inspire de celui mis en place au Soudan du Sud.

Si le Soudan et son voisin du Sud sont deux pays indépendants depuis dix ans, leurs processus de paix respectifs sont intimement mêlés. En 2018, c’est grâce à une médiation de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Intergovernmental Authority on Development, Igad, l’organisation régionale) emmenée par le président soudanais de l’époque, Omar el-Béchir, et son ministre des affaires étrangères, al-Dirdiery Mohamed Ahmed, que le président sud-soudanais Salva Kiir et son rival Riek Machar sont parvenus à un accord de paix (Revitalised Agreement on the Resolution of the Conflit in the Republic of South Sudan, R-ARCSS). En 2020, Salva Kiir a renvoyé l’ascenseur, en présidant à la paix signée à Djouba entre les autorités de transition de Khartoum et une dizaine de groupes rebelles du Darfour et du Kordofan (Juba Peace Agreement, JPA).

Alors qu’il s’apprête à souffler sa première bougie, le JPA n’est toujours pas doté d’un instrument de contrôle chargé de veiller à la bonne application de ses dispositions. Sa mise en place est d’autant plus nécessaire que l’application du JPA accuse déjà des retards, ce qui ne manque pas d’alimenter des soupçons de manipulation à l’égard de certains de ses signataires (AI du 21/06/21).

Les différentes parties réfléchissent depuis près de deux mois aux contours du futur instrument de contrôle. Comme l’a révélé Africa Intelligence, le Soudan du Sud se verrait bien présider le mécanisme de son voisin du Nord. Une possibilité que les parrains internationaux du JPA voient d’un mauvais œil, craignant que Djouba ne se retrouve juge et partie (AI du 17/08/21).

Luttes internes à l’Igad

Contrairement au JPA, le R-ARCSS sud-soudanais avait prévu dès le départ la création d’un mécanisme de surveillance (Reconstituted Joint Monitoring and Évaluation Commission, RJMEC). Depuis trois ans, la RJMEC est la table autour de laquelle les parties à la paix sud-soudanaise s’assoient tous les mois pour soulever les questions relatives à la mise en place – ou non – des différentes dispositions prévues par le R-ARCSS. Une quarantaine de personnes – issues des différentes factions rebelles sud-soudanaises, du gouvernement de transition, de la société civile ainsi que de la communauté internationale – siègent à la RJMEC.

Si elle constitue un forum précieux, elle fait face à un écueil majeur. La RJMEC a été pensée comme un instrument de contrôle, mais elle n’a jamais été assortie d’un mécanisme permettant de sanctionner ses travaux et d’assurer la mise en œuvre de ses recommandations. C’est à l’Igad, le garant de l’accord, que revient cette tâche, et c’est à elle que la RJMEC communique les résultats de ses travaux. Or l’Igad, sujette aux luttes politiques entre ses pays membres, eux-mêmes parties au traité, n’a jamais disposé des outils ni des moyens pour mettre en place de véritables instruments coercitifs.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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