En renversant le premier ministre le 25 octobre, le général al-Burhan a laissé en place les membres du gouvernement issus des formations rebelles signataires de l’accord de Djouba. Ces derniers sont aujourd’hui un caillou dans la chaussure de Hamdok, qui doit composer avec eux pour former une nouvelle équipe.
 
Rare membre du premier gouvernement d’Abdallah Hamdok à ne pas avoir perdu son portefeuille après le putsch du 25 octobre, Jibril Ibrahim, ministre des finances et figure tutélaire du mouvement rebelle darfourien Justice and Equality Movement (JEM), continue à se rendre imperturbablement à son bureau, à quelques encablures des rives du Nil Bleu. Jibril Ibrahim et son équipe du JEM y préparent le budget 2022, comme si le coup d’Etat du général Abdel Fattah al-Burhan n’avait jamais eu lieu.
Le patron du JEM avait férocement négocié ce poste clé, à l’issue des accords de paix de Djouba, signés en octobre 2020 entre les autorités de la transition à Khartoum et une dizaine de mouvements rebelles. Les leaders du Sudan Liberation Movement (SLM-MM), Minni Minawi, du Sudan People’s Liberation Movement-North (SPLM-N), Malik Agar, et du Sudan Liberation Forces Alliance (SLFA), Tahir Hajar avaient, eux aussi, négocié des positions ministérielles pour leurs cadres, dans le gouvernement de transition formé en février par le premier ministre Abdallah Hamdok.
 
Lorsque ce gouvernement est tombé le 25 octobre, ces cadres sont les seuls à avoir conservé leur poste. C’est ainsi que le ministre du développement social, Mohamed Adam (JEM), la ministre du gouvernement fédéral, Butahina Ibrahim Dinar (SPLM-N), le ministre des mines Mohamed Bashir Abu Nemou (SLM-MM) et le ministre du développement urbain Abdallah Yahia (SLFA) ont gardé la main sur leurs portefeuilles, et continuent de gouverner leurs prés carrés respectifs. Le tout, sans la supervision du premier ministre trop occupé à tenter de retrouver une assise politique et à essayer de former un nouveau gouvernement.
 

Soutiens du coup d’État

 
En acceptant de revenir aux affaires aux côtés d’al-Burhan, après avoir passé près d’un mois en résidence surveillée, Hamdok a perdu une bonne partie de son capital politique. Or, en vertu de l’accord qu’il a passé le 21 novembre avec le général putschiste, le premier ministre a pour mission de former un nouveau gouvernement civil, après s’être entendu avec les différents partis politiques sur le mode de désignation des futurs ministres.
Ni Jibril Ibrahim, ni les autres ministres issus des mouvements signataires de l’accord de Djouba n’ont, jusqu’ici, manifesté une quelconque intention de lâcher leur poste. Et c’est là tout le problème, pour Hamdok : Jibril Ibrahim a été et est toujours un fervent soutien du coup d’État d’al-Burhan. Au point qu’il cristallise aujourd’hui beaucoup de tensions, à la fois auprès des partis politiques et de la société civile avec lesquels le premier ministre tente de renouer le dialogue. Mais aussi auprès des bailleurs de fonds internationaux qui voient d’un très mauvais œil la possibilité que le leader du JEM reste en place.
 
Que ce soient les États-Unis, l’Union européenne (UE), ses Etats membres, le Royaume-Uni ou encore la Mission intégrée des Nations unies pour l’assistance à la transition au Soudan (Minuats), tous tentent actuellement d’élaborer des critères d’évaluation et d’acceptation du futur gouvernement. Ces critères conditionneront aussi le dégel de l’aide internationale et des fonds bloqués par la Banque mondiale (BM).
 

Tchadanthropus-tribune

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