Ayant sécurisé son flanc gauche en scellant dès cet été un pacte avec le régime du président nigérien Mohamed Bazoum, le Conseil militaire de transition (CMT) tchadien s’active pour consolider ses frontières ouest et nord, alors que le risque d’offensives rebelles reste présent.

Le président du Conseil militaire de transition (CMT) tchadien Mahamat Idriss Déby (à droite) lors de sa rencontre avec le vice-président Mohamed Hamdan Dagalo, fin août 2021. ©️ Présidence de la République du Tchad

S’ils s’appliquent, d’une main, à relancer le dialogue politique avec la rébellion (AI du 03/09/21 et du 10/09/21), les membres du Conseil militaire de transition (CMT) tchadien et leur président, Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka », s’activent, de l’autre, pour passer des accords de contrôle de frontière avec les autres pays de la région. But de l’opération : empêcher les divers groupes rebelles tchadiens de se regrouper sur les frontières du pays avant la traditionnelle « saison des offensives », au début de l’année prochaine.

Le dossier est quasi existentiel pour le CMT et particulièrement pour son président dont le père, l’ex-président Idriss Déby, a trouvé la mort en avril dernier lors de l’offensive du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) sur la capitale N’Djamena. Pour une partie des membres du CMT et de l’état-major tchadien, le raid des FACT a été largement facilité par l’inaction – voire la complicité passive – de certaines autorités libyennes et soudanaises.

Négociations avec Koni en Libye

Avant le printemps 2021, le leadership tchadien multiplie donc les ouvertures diplomatiques avec ses voisins pour sécuriser, autant qu’il est possible, les frontières du pays. Après l’avoir reçu le 25 août à N’Djamena, le CMT négocie avec Musa Koni, l’un des trois membres du Conseil présidentiel (CP) libyen où il représente le sud (Fezzan), région que les rebelles tchadiens ont régulièrement utilisée pour lancer leurs raids sur N’Djamena et sur laquelle l’homme fort de l’Est libyen, Khalifa Haftar, n’a qu’un contrôle extrêmement limité, ce bien que le commandement tchadien soit persuadé du contraire.

Musa Koni est également proche de Khalifa Haftar, que le haut commandement militaire tchadien a longtemps considéré comme un allié. Koni opère depuis l’année dernière une cellule de crise sur le dossier tchadien avec plusieurs miliciens libyens familiers de la région (AI du 26/04/21).

Frilosité de Khartoum

Le CMT a également ouvert un volet diplomatique avec le Soudan, là encore pour sécuriser ses frontières. Depuis le voyage qu’a effectué Mahamat Idriss Déby à Khartoum du 28 au 30 août, N’Djamena tente de s’accorder avec le conseil de souveraineté soudanais, à ce jour sans succès. Lors de son déplacement à Khartoum, le président de la transition tchadienne a même proposé à ses interlocuteurs soudanais, au premier rang desquels le vice-président Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti », de signer un accord de sécurité incluant la protection des 1 300 km de frontière commune aux deux pays. Mais « Hemeti », qui a une longue et tumultueuse histoire avec la famille Déby (AI du 23/04/21), a refusé de s’engager, arguant – comme le font les dirigeants de la transition soudanaise dès qu’un sujet n’est pas suffisamment consensuel parmi eux – qu’un tel engagement ne pouvait être pris que par un gouvernement élu.

A ce jour, les maîtres de Khartoum ont seulement accepté d’intensifier leurs échanges de renseignement avec le Tchad qui, de son côté, veut revenir à la charge en proposant de réactiver l’accord quadripartite négocié en 2018 par Idriss Déby avec le Niger, la Libye et le Soudan et qui prévoyait la mise sur pied d’une force mixte pour patrouiller aux frontières. Outre « Hemeti », l’autre artisan de ce dialogue soudano-tchadien est l’ex-rebelle Suliman Arcua Minnawi – dit Minni Minawi – nommé en mai gouverneur du Darfour. Ces derniers mois, il s’est rendu à plusieurs reprises à N’Djamena.

Autre proposition avancée par le leadership tchadien à ses interlocuteurs soudanais et libyens : la création d’une zone tampon dans le Sud libyen. Sous l’égide de la communauté internationale, cette zone démilitarisée servirait de « sas » pour désarmer les groupes étrangers – qui comportent plusieurs milliers de Tchadiens – toujours actifs en Libye.

Méfiance au CMT

L’activisme diplomatique du président de la transition tchadienne est cependant parasité par une théorie que rien n’étaye, mais à laquelle souscrivent plusieurs membres du CMT, persuadés d’être progressivement encerclés par des leaders identifiés comme « arabes », tels Mohamed Bazoum au Niger, l’homme fort de l’Est libyen Khalifa Haftar et le vice-président soudanais « Hemeti ».

Cette perspective « d’encerclement » alimente une vive méfiance, qui s’étend désormais à plusieurs personnalités tchadiennes « arabes » de premier plan, à l’instar du patron de l’Agence nationale de sécurité (ANS) Ahmed Kogri, de l’ex-première dame et troisième épouse d’Idriss Déby Hinda Déby Itno, ou encore de l’actuel patron des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et ancien ministre tchadien des affaires étrangères Mahamat Saleh Annadif.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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