L’accord signé fin mai entre Misseriya et Ngok Dinka, communautés rivales de l’enclave d’Abyei, territoire pétrolifère situé entre le Soudan et le Soudan du Sud, comporte des trous dans la raquette. Une situation qui ne déplaît pas au n°2 soudanais Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemeti.

Malgré le réengagement, fin mai à Entebbe, des communautés misseriya et ngok dinkas à trouver une solution pacifique dans l’enclave contestée d’Abyei, de nombreuses pierres d’achoppement demeurent. Le statut de ce petit bout de territoire pétrolifère, situé entre le Soudan du Sud et le Soudan, reste indéterminé.

Au cœur du problème figurent les instances de gouvernance conjointes, prévues par un accord de 2011 signé à Addis-Abeba entre les différentes parties, et que les représentants ngok dinkas se refusent à mettre en place. Ces derniers réclament l’application d’une décision de la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye de 2012, qui leur donne le droit à la tenue d’un référendum afin de se déclarer pour ou contre un rattachement de l’enclave au Soudan du Sud. Contrairement aux Ngok Dinka, plutôt liés aux communautés ethniques sud-soudanaises, les Misseriya revendiquent le rattachement d’Abyei au Kordofan, une région du Soudan. Des violences éclatent régulièrement entre les deux communautés, au point qu’une force de maintien de la paix des Nations unies, la United Nations Interim Security force for Abyei (Unifsa), y est déployée depuis 2011.

Transit du pétrole

C’est par cette région que passent les oléoducs d’exportation du pétrole sud-soudanais vers le nord. Afin de ne pas menacer les accords entre Khartoum et Djouba sur le transit du pétrole, qui représente plus de 90 % des revenus du Soudan du Sud, le président Salva Kiir préfère ne pas intervenir dans la dispute, laissant la main au vice-président du conseil de souveraineté soudanaise, le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti« .

Plusieurs sources ont déclaré à Africa Intelligence qu’en amont de la conférence d’Entebbe, les autorités soudanaises ont fait pression sur leurs homologues sudistes pour qu’ils envoient une délégation de diplomates juniors, afin d’empêcher que les discussions ne progressent.

En août 2021, le président du conseil de souveraineté du Soudan, le général putschiste Abdel Fattah al-Burhan, a créé un comité de 19 membres chargé de travailler sur Abyei, sous la présidence d’Hemeti. Ce dernier est composé de représentants du conseil de souveraineté, du ministère de la Justice, du ministère de l’Intérieur et de la chambre du gouvernement local d’Abyei. Mais le n°2 soudanais, qui aurait préféré que les leaders tribaux y siègent, a tout fait pour l’étouffer : en près d’un an d’existence, il ne s’est réuni qu’une seule fois.

Problèmes de confiance

L’inaction du comité n’a pas contribué à régler les doutes sur la façon dont les revenus du transit du pétrole sont distribués. En vertu d’un protocole de 2004, 2 % des revenus du pétrole qui transitent par cette zone doivent revenir à la communauté misseriya, 2 % aux Ngok Dinka, et 2 % au développement de la région.

Dans les faits, la répartition manque de transparence, et alimente les soupçons. Des activistes ont donc commencé à réclamer la mise en place de commissions d’enquête sur de possibles malversations. L’un d’eux, Albakhit Alnaeem Omer, un fils de chef misseriya a même un temps été pressenti pour prendre la tête de l’administration locale. Mais les généraux putschistes s’y sont opposés, préférant placer un homme de confiance, le général Muhammad Alawi Koko, qui a pris la tête du comité de surveillance de la région d’Abyei, formé fin 2021.

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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