Après avoir validé le transfert de l’ancien président Omar el-Béchir à la Cour pénale internationale de La Haye, le gouvernement soudanais tente de localiser ses deux conseillers successifs en matière de renseignement, Salah Gosh et Mohamed Atta, qui ont tous les deux disparus avec leurs secrets.

L’ouverture, le 4 juillet, à Khartoum, du procès des membres présumés d’une cellule qui projetait des attentats pour faire dérailler la transition soudanaise, a relancé les interrogations sur Salah Abdallah Mohamed Saleh, dit Salah Gosh. Chef du National Intelligence and Security Service (NISS) de 2004 à 2009, avant de devenir le conseiller renseignement d’Omar el-Béchir lui-même, il est soupçonné d’être le commanditaire de la cellule.

Depuis la chute de Béchir en 2019, Gosh, qui a quitté le pays en mai de la même année, est régulièrement dénoncé par les autorités soudanaises comme l’initiateur de divers coups de main et complots, le dernier remontant à janvier 2020 (AI du 31/01/20 et du 31/03/21). En février 2021, le conseil de souveraineté a soumis à l’organisation policière Interpol un mandat d’arrêt contre lui. Alors que le gouvernement du Soudan a validé, le 28 juin, le transfert de l’ancien président à la Cour pénale internationale, il cherche à localiser Gosh, ainsi que son successeur au NISS, Mohamed Atta al-Moula Abbas.

La piste de Salah Gosh mène au Caire

Depuis deux ans, des rumeurs insistantes situent Salah Gosh en Égypte, qui n’a cependant jamais reconnu l’héberger. Pour négocier son exil et sa sécurité (il est malade depuis plus de dix ans), l’ancien chef du renseignement soudanais disposait d’une monnaie d’échange inestimable : dans les années 2000, il fut l’interlocuteur des diverses organisations djihadistes qui furent accueillies au Soudan, au premier rang desquelles celle d’Oussama ben Laden, mais également le Hamas et le Djihad islamiqueIl disposait donc d’informations de première main sur des réseaux qui intéressent au plus haut point les agences de renseignement occidentales et israélienne. Mais il était aussi en mesure de renseigner les Moukhabarat el-Amma du Caire sur l’opposition islamique égyptienne, qui sous la présidence d’Omar el-Béchir opérait depuis Khartoum (AI du 23/12/20).

Signe que Gosh a été identifié très tôt comme un personnage à ménager, les services occidentaux et égyptiens l’ont activement courtisé pendant les quelques mois qui ont suivi la chute d’Omar el-Béchir. Durant cette période, le maître-espion a même servi d’agent de liaison entre un régime islamiste soudanais luttant pour sa survie et les capitales moyen-orientales et occidentales, sans que l’on ne sache jamais très bien s’il négociait pour son propre compte ou pour celui du régime auquel il appartenait.

Mohamed Atta à Istanbul

Mais Salah Gosh n’est pas le seul maître-espion du régime Béchir à s’être évanoui dans la nature. Mohamed Atta al-Moula Abbas, qui lui a succédé en 2009 à la tête du NISS, a, lui aussi, fui Khartoum en 2019. Il aurait, selon nos informations, trouvé refuge à Istanbul. Sur les rives du Bosphore, il est notamment un intime du puissant patron des services de renseignement MIT (Milli Istihbarat Teskilati), Hakan Fidan.

Allié indéfectible du régime d’Omar el-Béchir, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan avait développé sous l’égide de Mohamed Atta une coopération active avec le NISS, qui lui a notamment remis plusieurs partisans de l’imam Fethullah Gülen, allié devenu ennemi mortel du chef de l’Etat turc (AI du 19/01/18). Depuis la chute du président soudanais, la Turquie tente de revenir dans le jeu en épaulant, à Khartoum, l’activité du parti al-Islah de Ghazi Salaheddine al-Atabani, longtemps compagnon de route d’Omar el-Béchir (AI du 28/02/20) et très connecté au sein des anciens fonctionnaires du renseignement soudanais.

Mohamed Karar à Londres

Tous les barons du renseignement soudanais n’ont cependant pas déserté. Adjoint de Mohamed Atta à la tête du NISS sous Béchir, Mohamed Karar a fait allégeance aux autorités de transition, qui l’ont nommé à Londres, où il est l’interlocuteur des principaux services de renseignement européens, britanniques en tête.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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