L’Egypte surveille la transition politique au Soudan comme on surveillerait une casserole de lait sur le feu. La plus grande hantise du président Abdel Fattah Al Sissi est de voir les islamistes locaux affiliés à la confrérie des Frères musulmans intégrer le pouvoir, alors que son régime les combat sans pitié.

Aussi prend-il ses dispositions pour qu’un tel scénario ne puisse pas se produire. Saisissant l’occasion d’une visite, samedi au Caire, du général Abdel Fattah Burhan, chef du Conseil militaire de transition au Soudan, le président égyptien a clairement exprimé à son interlocuteur le souhait d’éloigner les mouvements islamistes de la sphère du pouvoir. Venant de l’Egypte, ce souhait sonne davantage comme une injonction.

Le cauchemar du pouvoir égyptien, rappelle RFI qui rapporte l’information, est que le Soudan sombre dans un chaos qui permettra aux islamistes de prendre le pouvoir. Une position, ajoute-t-on, partagée par l’Arabie Saoudite qui aide économiquement le Soudan.

Ceci dit, il n’est pas question également pour les deux pays de voir les islamistes arriver au pouvoir par les urnes. Il n’est pas exclu non plus que Le Caire et Riyad demandent aux militaires soudanais de ne pas trop céder face aux revendications démocratiques de l’ALC, les deux capitales redoutant un effet de contagion des printemps algérien et soudanais.

Mais Abdel Fattah Al Sissi aurait pu aussi évoquer la question de l’islamisme avec le général Abdel Fattah Burhan, dont c’était la première visite au Caire, pour une autre raison.

Les Egyptiens pourraient craindre, en effet, que l’armée soudanaise soit tentée de passer un deal avec les islamistes pour se maintenir au pouvoir et contrer l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), comme cela s’est déjà produit par le passé avec le président déchu Omar El Béchir. Cela surtout qu’actuellement le Conseil militaire de transition au Soudan est très acculé par la rue.

Les islamistes se réveillent

Non représentés au sein de l’ALC et longtemps restés en embuscade, les islamistes au Soudan commencent justement à se manifester. C’est ce qui a d’ailleurs déclenché l’alerte au Caire. Leurs représentants n’ont pas hésité, ces derniers jours, à s’en prendre aux dirigeants de l’ALC. La raison ? Ils estiment que la religion n’est pas assez au centre du jeu et disent craindre une disparition de la charia, en partie appliquée sous Omar El Béchir. Un constat qu’ils partagent étonnamment avec la junte militaire au pouvoir.

Des islamistes se sont ainsi rassemblés vendredi soir à Khartoum pour une prière de rue et un meeting pour tenter de faire passer l’idée que rien ne pourra se faire sans eux.

Pour mobiliser, les milieux islamistes soudanais ont entrepris une campagne de diabolisation des manifestants au cours de laquelle il a été dénoncé «une laïcisation de la révolution». «Les meneurs sont contre l’islam. Ce sont des partis de gauche et des libéraux. Ils influencent forcément l’esprit des protestataires.

Or, les règles de l’islam (…) doivent l’emporter sur toutes les autres», a déclaré à la presse Mohamed Ibrahim, professeur au Centre des études stratégiques de Khartoum.

Les généraux – qui dirigent le Soudan depuis la destitution, le 11 avril dernier, du président Omar El Béchir – ont d’abord déclaré vouloir le maintien de la charia mais, depuis, plusieurs officiers réputés proches des extrémistes ont été écartés. Malgré cela, il est clair que le président Al Sissi n’a pas totalement confiance en eux.

Tchadanthropus-tribune avec Al-Watan

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