Le monde bouge et change de manière exponentielle dans tous les domaines. Le football évolue aussi sans cesse. Historiquement, les catalyseurs de cette évolution footballistique sont les pays européens et sud-américains. Ces dernières années, d’autres pays entrent dans la danse grâce à leur puissance économique, à l’exemple de la Chine et du Qatar. La majorité des pays africains ont aussi entrepris et adoptés des stratégies pour développer leur football afin de rester performants et compétitifs sur la scène africaine, voire mondiale.

Au Tchad, nous osons affirmer sans ambages que le tchadien aime le football.

Des rues de N’Djamena au désert du Sahara en passant par Abéché, Mongo, Moundou jusqu’à Baïbokoum au confin du pays, le football a toujours résonné de manière particulière dans les cœurs des descendants de Toumaï. Le football tchadien a révélé une pléiade des joueurs talentueux. Certains noms de ces footballeurs pétris de talent sont gravés à jamais dans l’esprit collectif des supporteurs des SAO, Haroun Saba (Maître Toro), Ousmane Pélé, Gombo Abkhress, Bébé Jazz, Kouder, Ngalbogui, Nambatingué Toko, Badawi Mahamat, Japhet N’Doram, Samba Touré, Toukam Julien, Modou Kouta, Gana Hissein, Ngar Ezéchiel, Mahamat Azrack, Casimir Ninga…

Paradoxalement, le football tchadien n’a jamais connu des moments de gloire durable et son niveau demeure toujours amateur. Une insuffisance chronique de sa formation pour la relève. Les clubs ont beaucoup de difficultés à briller sur la scène africaine. À l’image des clubs, les équipes nationales (toutes catégories confondues) n’ont jamais réussi à participer à une phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), ni au Championnat d’Afrique des Nations (CHAN). Rongés par la frustration d’une attente sans fin de rayonnement, les supporteurs tchadiens sont résignés à chercher le bonheur ailleurs en s’orientant vers les chaînes de télévisions étrangères et internet pour suivre le football international, plus particulièrement le football européen. L’engouement du pays pour le football local est en chute libre. Conséquence, les matches de championnats locaux se disputent devant des gradins vides.

A titre comparatif, un pays désertique comme la Mauritanie, indépendant en 1960, avec une superficie presque égale, dont la population est trois fois inférieure à celle du Tchad, a pu structurer son football de base et se qualifier sur la durée à une phase finale de la CAN et du CHAN grâce à une volonté politique, un peu d’organisation et de la rigueur dans le travail. Sa fédération est très souvent citée comme exemple sur le continent africain. Pourquoi eux ils arrivent mais pas nous ? Vraiment le ballon ne tourne plus rond au Tchad !

Evidemment, la fédération tchadienne de football association (FTFA) créée en 1962, affiliée à la confédération africaine de football (CAF) et à la fédération internationale de football association (FIFA) depuis 1964, en tant que principale structure chargée de la gestion du football dans le pays est systématiquement pointée du doigt pour ses problèmes récurrents de gouvernance et son incapacité à proposer des réelles solutions pour le développement du football.

Le 11 décembre 2020, le ministère de la jeunesse et des sports a retiré la délégation de pouvoir de cette dernière en s’appuyant sur le décret n°1591 /PR/MPJSE/2018 fixant les conditions d’attribution et de retrait de la délégation de pouvoirs aux fédérations sportives. Or, d’après les principaux acteurs du sport au Tchad, le ministère n’est pas exempt de toute reproche non plus, notamment son manque de stabilité, clarté et de cohérence dans sa conduite des politiques sportives.

Un proverbe africain dit :  “Quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui s’offre”.

Malheureusement cette guéguerre entre ces deux institutions sportives a certainement un prix à payer pour les footballeurs, les clubs et les équipes nationales. Plus elle dure, plus les conséquences seront lourdes sur le plan sportif, financier et pour l’image du pays.

Certes les problèmes du football tchadien sont indéniables, mais si ces derniers ne sont que la partie visible de l’iceberg des problèmes qui minent le sport au Tchad ?

Le Tchad dispose-t-il d’un plan national de développement du sport ?

L’un des problèmes majeurs qui menacent réellement le sport au Tchad et le football en particulier est le manque d’espace de jeux et pour la pratique du sport dans les grandes villes, notamment à N’Djamena. Les enfants et les sportifs sont sacrifiés au détriment de la course frénétique pour la construction de la ville de N’Djamena. Quelle est la position du gouvernement face à cette problématique rampante et très inquiétante ?

A l’exception des techniciens, avons-nous un nombre suffisant des personnes qualifiées dans le domaine du sport pour apporter leur expertise, savoir-faire et expérience afin de permettre à nos organisations sportives de se restructurer et se développer ?

A un moment donné, il ne faudrait pas toujours dire que le problème c’est l’autre. Il faudrait aussi se regarder dans la glace et ne pas se voiler la face. Tout le monde à une part de responsabilité. L’échec n’est pas une fin en soi, chacun assume entièrement ses responsabilités et accepte avec dignité le cycle de la succession.

Sportivement, la situation que nous vivons est une catastrophe. Mais en prenant du recul et de la hauteur, nous avons une véritable opportunité pour transformer et révolutionner notre football en profondeur et par ricochet le sport tchadien.

La fédération compte sur le soutien de la FIFA et surtout elle mise sur un éventuel remaniement ministériel au département de la jeunesse et des sports pour espérer un retournement de la situation comme lors de la crise similaire de 2016.

L’expérience montre que souvent dans ces genres de bras de fer, la FIFA intervient pour proposer son classique comité de normalisation. Ce dernier révisera les textes de la FTFA et se chargera de l’organisation de l’élection d’un nouveau comité exécutif.

Au lieu d’attendre impuissamment que le salut de notre football viendrait d’ailleurs, pourquoi ne pas prendre nous-mêmes le taureau par les cornes et saisir cette occasion unique pour réunir toutes les parties prenantes du football tchadien y compris la diaspora en organisant une conférence inclusive sur le football tchadien ?

Le contenu de cette conférence s’articulerait autour des points clés comme :

– Mise en place d’une commission pour faire un travail de diagnostic et d’analyse du football tchadien. Cette commission se penchera également sur la révision des

  statuts et du code électoral de la FTFA.

– Choisir de manière totalement transparente au poste du président de la FTFA, le candidat qui présentera le meilleur projet pour le développement du football

  tchadien.

– Installation d’une Direction Technique Nationale digne de son nom avec les ressources humaines et financières nécessaires.

– Implication et apport de la jeunesse, des anciennes gloires et de la diaspora.

Vivement pour un prochain post !!

Hassan Bala

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