Beaucoup d’acteurs et amoureux du sport au Tchad se posent la question. Il y a ceux qui sont affirmatifs, même s’ils ne donnent pas d’arguments convaincants. Il y a ceux qui disent non, justifiant leurs assertions par l’absence de vision et la navigation à vue, deux termes qui ne veulent pas dire grand-chose. Toujours est-il que, l’État a toujours réservé dans les différents gouvernements, une place au sport. Il définit dans ce cadre, sa politique et détermine le budget correspondant. Les objectifs visés sont inscrits dans le programme d’actions annuelles du gouvernement, validé par un vote de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui quelle est la situation dans la transition en cours au Tchad ? Deux actes majeurs posés par les nouvelles autorités, déterminent la politique de l’État en matière de sport. Le 1er acte est posé par le président de la transition, chef de l’État, le général d’armée Mahamat IDRISS DEBY ITNO. C’était à l’occasion de la clôture du 2ème forum de la jeunesse, organisé en 2021 à Ndjamena, lorsqu’il annonça devant le conseil national des jeunes (CNCJ) : « je déclare l’année 2022 comme l’année du sport au Tchad, l’année de tous les sports. Pour ce faire, le gouvernement est appelé à relancer tous les championnats des jeunes : les inter-provinces, les inters-villes, les inter-universités et les inter-quartiers, et à y mettre le prix ».

Une déclaration qui sonne encore dans les oreilles, puisqu’elle a pris en compte les résolutions et recommandations de ce forum, retenues dans le domaine du sport, notamment :

–   achever les stades en construction ;

–   organiser un forum national pour diagnostiquer les maux de notre sport et lui trouver des solutions durables ;

–   renforcer la construction des infrastructures dans les 23 provinces pour accueillir des compétitions nationales et internationales ;

–   relancer les championnats nationaux dans toutes les disciplines sportives en privilégiant les circuits de compétition des jeunes ;

–   relancer les universiades.

Mais derrière, il n’y a aucune réalisation visible qui vient confirmer cette déclaration sur laquelle, le mouvement sportif et les acteurs du sport ont fondé leur espoir. Le 2ème acte posé et non des moindres, découle directement des résolutions et recommandations du dialogue national inclusif et souverain (DNIS) de 2022. Il est inscrit dans le programme de politique générale du gouvernement d’union nationale de la 2ème transition que dirige M. Saleh KEBZABO, ancien président de la fédération tchadienne de basket-ball. Approuvé par le conseil national de transition (CNT), ce programme comprend toute la politique du sport déclinée dans les axes 1 et 3, le 2 portant sur le mécanisme de mise en œuvre des résolutions/recommandations du DNIS et du suivi de l’accord de Doha :

Axe 1, relatif à la défense, sécurité, paix, cohésion sociale et réconciliation nationale :

–   au titre de la paix et de la cohésion sociale :

  • susciter et renforcer le sentiment d’appartenance nationale à travers des initiatives éducatives, sociales, culturelles et sportives pour cultiver le patriotisme et valoriser le patrimoine culturel national.

Axe 3, promotion de la bonne gouvernance et de l’état de droit :

–   en ce qui concerne les sports :

  • promouvoir les activités physiques et sportives dans le but de parvenir à une généralisation de la pratique du sport dans toutes les couches sociales ;
  • l’enseignement de l’Éducation Physique et Sportive (EPS) doit être obligatoire au primaire et au secondaire.

Sur le plan des compétitions :

  • le renforcement du sport de haut niveau par la subvention des fédérations nationales ;

–   mise en œuvre les différentes conventions signées avec les fédérations.

–   en matière de loisirs :

  • construire et aménager des aires de pratiques des loisirs sains en mettant en lien l’ensemble des acteurs, y compris les communes et le ministère en charge de l’Urbanisme.

De tout cela, on note une seule action réalisée : celle de l’organisation en février 2023 du tournoi de football, dénommé « tournoi de la paix ». Une action transversale et partagée, qui s’inscrit également dans les missions du ministère de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale au Tchad. Un département que dirige M. Abderrahmane KOULAMALLAH. Cette manifestation festive, sportive et culturelle, organisée à l’initiative personnelle et avec le concours actif du ministre, a regroupé des jeunes venus des différentes régions du pays.

Le reste des points concernant le sport et les loisirs, sont encore loin de connaitre un début de réalisation. A ce jour, rien n’est entrepris pour : encourager la promotion des sports ; la relance de l’enseignement de l’EPS dans les écoles primaires et secondaires ; le renforcement du sport de haut niveau ; la construction et l’aménagement des aires de pratiques sportives et de loisirs.

Les priorités et les urgences de la transition ont rendu certainement, plus difficile une situation que le gouvernement n’a pas prévue. De fait, l’organisation de ces états généraux des sports serait, sans craindre les mots, inopportune. Les acteurs du sport et le mouvement sportif doivent se rendre à cette évidence. Promis depuis le maréchal DEBY, reporté à deux reprises par le ministre actuel des sports, ce forum tant attendu court le risque de ne pas être organiser aux dates indiquées du 7 au 10 novembre 2023. Quand bien même qu’il le pourrait, ce serait un leurre de laisser croire que ses résolutions et recommandations seront mises en œuvre dans les mois à venir.

Chacun doit savoir que, dans le fonctionnement des services de l’État, hier comme aujourd’hui, aucun des ministres des sports qui se sont succédé, et plus encore celui aux commandes actuellement, ne dispose des coudées franches pour exécuter le budget alloué à son département. D’où toutes les difficultés pour mettre en œuvre les actions définies dans le cahier de charges de leur portefeuille ministériel. De plus, aucun n’a ni autorité, ni pouvoir d’accéder aux fonds récoltés au nom du sport. Lesquels fonds sont versés au trésor public qui les gère directement, sur présentation de fiches présentées et validées par l’office national de la jeunesse et des sports (ONAJES) dont il n’assure que l’autorité de tutelle.

Logiquement, dans cette phase de transition, tout ce qui est annoncé ou réalisé, s’inscrit dans la conduite des affaires courantes de l’État. Et, même si volonté politique il y a, de sauver le sport tchadien des maux connus qui le minent et entravent son développement, il serait difficile par les temps qui courent, d’organiser ces états généraux de sport. Car, malgré la pression qui semble pesée sur le ministère des sports, ils n’apporteront rien comme « thérapie de choc » escomptée, pour régler les problèmes immédiats du sport tchadien. Le ministre de tutelle serait plus courageux et avisé de l’annuler purement et simplement.

Toutefois, en attendant des jours meilleurs, il serait intéressant pour le ministère des sports d’examiner avec intérêt la contribution que lui avait transmise le COST. Celle-ci est tirée des résultats des journées de réflexion qui ont regroupé plusieurs fédérations et autres acteurs du sport. Ces journées étaient organisées au mois de juin 2023, en prélude à l’organisation de ces états généraux du sport.

Dans cette perspective, il pourrait suggérer aux fédérations d’entreprendre en interne, chacune dans son sport, un état des lieux qui consisterait à déterminer : son implantation dans les régions (nombre de ligues) ; le nombre de clubs dans chacune des régions ; le nombre de pratiquants licenciés enregistrés dans les clubs et ligues ; le nombre des infrastructures de pratiques et de compétitions dans chacune des régions, etc.

Un travail de prospection qui pourrait être financé, éventuellement, sur par l’ONAJES, sur la part de son budget réservé au sport. Pour chaque fédération, il sera tenu compte du prorata à définir et de son poids réel justifié par le nombre de licenciés et ligues effectives sur le territoire national. Les résultats ainsi obtenus permettront d’avoir une vision plus éclairée pour tous, sur la situation de chaque fédération et sur celle plus complète du sport tchadien.

L’État étant une continuité, les conclusions de ce travail permettront aux nouvelles autorités élues et du gouvernement qui sortira du retour à l’ordre constitutionnel, pour : soit organiser ces états généraux de sport, si cela s’avère encore nécessaire ; soit de se baser sur celles-ci pour élaborer une nouvelle politique nationale sportive plus ambitieuse.

                                                                               

BANGALI DAOUDA Boukar

Bureau d’études et conseils en sport

Mail : b.daouda87@yahoo.com

Tél : O613829626 / 63633727.

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