Autrement comment comprendre le discours du ministre de la promotion des jeunes, des sports et de l’emploi, qui n’est pas à sa première sortie, quand il martèle que « le retrait définitif de la délégation de pouvoirs à cette fédération tchadienne d’athlétisme ne dissous pas la fédération, mais lui enlève de facto, toute possibilité de participer aux différentes rencontres (séminaires, stages, compétitions, réunions, assemblées générales etc.) internationales au nom ou pour le compte du Tchad. De même cette fédération ne peut organiser toute compétition ou manifestation à l’échelon nationale ». Malgré la précaution prise, toutes ces restrictions énoncées constituent bien une dissolution qui ne dit pas son nom, au motif que : « cette fédération a refusé d’obtempérer, obligeant le ministère d’appliquer les dispositions des textes en vigueur ».

Sans rechercher le fond de ce refus d’obtempérer qui justifia le retrait de la délégation de pouvoirs, notifié par l’arrêté 0001 du 2 janvier 2020, ni prendre parti, l’on remarquera que, une assemblée générale de cette fédération, organisée le 25 janvier 2020, a mis en place un nouveau bureau. Celui-ci ne reçut pas l’aval du ministère, en raison semble t-il, que cette A.G. élective, n’est pas organisée sous la supervision du comité olympique et sportif tchadien (COST). Soit.

Ainsi, par son rejet de la nouvelle équipe, le ministre indique reprendre toutes les prérogatives dans le domaine de l’athlétisme. En clair, il s’octroie le droit qu’aucun texte en vigueur ne lui donne, de remplacer cette fédération, en indiquant qu’il instruirait la direction de sport de haut niveau, de préparer un plan de travail afin de restructurer les ligues provinciales pour redonner un souffle nouveau à cette discipline, et préparer tous les athlètes aux compétitions futures.

Pris comme tel, c’est ignorer les textes réglementaires existant qui régissent les associations et, particulièrement les associations sportives au Tchad. Comme son nom l’indique, la fédération est une union des associations reconnues et régie par :

  • L’ordonnance n°27/INT/SUR du 28 juillet 1962 (ancien) portant réglementation des associations : art. 1er, 2, et son décret 25/INT/SUR/ portant modalités d’applications ;
  • L’ordonnance n°023/PR/2018, portant régime des associations : art. 1er, 2, 3, 4, 34, 35 et 38 ;
  • La loi n°026 /PR/2007 portant charte nationale du sport : art. 17, 28, 29, 30 et 31 ;
  • Le décret n°1591/PR/MPJSE/2018 fixant les conditions d’attribution et de retrait de la délégation de pouvoirs aux fédérations sportives : art. 3, 4, 10, 11, 13, 14 et 16.

L’annonce faite à la télévision tchadienne par le ministre en charge de la promotion des jeunes, des sports et de l’emploi, le vendredi 3 avril 2020, est surprenante. Pourtant, l’ordonnance 023/PR/2018 portant régime des associations est claire dans ses dispositions ci-haut citées. A se demander alors, est-ce bien le non-respect des textes ou de l’autorité de tutelle, qui justifierait ce refus d’obtempérer ? Quid alors de l’article 16 du même texte, relatif à la délégation de pouvoirs accordée à la fédération tchadienne d’athlétisme avant sa publication ?

Par ailleurs, y a-t-il vraiment péril en la demeure, quand toutes les compétitions sportives internationales sont suspendues, voire reportées, pour cause de coronavirus jusqu’en 2021 ? Le ministre en charge des sports, ses services techniques et conseillers, avaient-ils bien jugé de l’opportunité du moment, surtout que le Tchad, à l’instar des autres pays du monde, est confronté à l’angoisse de cette pandémie COVID 19, d’une part, et de l’autre, à l’attaque de la secte Boko Haram dans le Lac Tchad ? Le mieux aurait sans doute été, de mettre à profit cette « trêve obligatoire », pour rechercher les voies et moyens afin de résoudre, les multiples conflits de gouvernance qui couvent çà et là, au sein du mouvement sportif tchadien.

Ce conflit qui n’en est pas vraiment un, trouverait certainement son règlement dans la concertation des partis, en privilégiant avant tout l’intérêt général, que toute autre considération. Une médiation peut être conduite en toute neutralité par le COST, avec le concours des anciens et vielles gloires de ce sport, encore en vie. Année olympique dont les jeux sont prévus initialement en juillet 2020 au Japon, il serait incompréhensible que le Tchad, dont la fédération est affiliée depuis des lustres à la Fédération Internationale d’Athlétisme (FIA) et à la Confédération Africaine d’Athlétisme (CAA), ne puisse disposer d’une fédération reconnue. Le report des J.O. en juillet 2021 doit être une occasion à saisir pour régler cette situation qui n’honore ni le Tchad, ni le sport tchadien.

Il est du devoir de l’Etat d’accompagner ce sport qui, seul, à la mission de sélectionner et préparer avec la supervision du COST, les athlètes qui représenteraient le Tchad à ce rendez-vous sportif mondial. Quelques soient les raisons avancées, il ne revient pas au ministère de se substituer au mouvement sportif. Car, bien avant l’indépendance, c’est l’athlétisme qui représenta le Tchad dans le concert des nations, grâce à ses deux icones (voir photo) : Idriss MAHAMAT OUYA et Ahmet ISSA.

De plus, la mise en garde à peine voilée du ministre en direction des fédérations, ne pourrait se justifier que si la politique de son département est clairement définie et les objectifs prioritaires à atteindre précisés. Si non, parler de contrat d’objectifs sans indiquer les bases à partir des quelles il peut être élaboré, et ses résultats quantitatifs et qualitatifs évalués, serait une vue de l’esprit.

De gauche à droite : Idriss MAHAMAT OUYA, une hôtesse, Ahmed ISSA, Doungous MORO.

(Photo famille Ahmed ISSA)

 

BANGALI DAOUDA Boukar

         Bureau d’Etude et Conseils en Sport

         Email: b.daouda87@yahoo.com

         Tel :   +336 13 82 96 26  

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