Succès Masra, qui a créé son mouvement politique, Les Transformateurs, apparaît comme la figure montante de l’opposition et comme celui qui dérange la majorité. Interview.

Il a démissionné en avril 2018 de son poste d’économiste en chef à la BAD pour s’engager en politique et créer son mouvement, Les Transformateurs. Dix-huit mois plus tard, Succès Masra, 36 ans, apparaît comme la figure montante de l’opposition et comme celui qui dérange la majorité.

Même si le mouvement n’est toujours pas officiellement reconnu en tant que parti, sa permanence est installée dans d’immenses locaux au cœur du quartier populaire de Chagoua, à N’Djamena. Sur les murs, des portraits de Mandela, de Luther King et de Sankara.

Jeune Afrique : En à peine plus d’un an, vous êtes devenu l’une des figures les plus visibles de l’opposition. Comment l’expliquez-vous ?

Succès Masra : Je crois que c’est lié à l’espérance, celle d’une partie des 15 millions de Tchadiens qui attendent une réponse à leurs problèmes quotidiens et veulent un pays transformé pour eux-mêmes, pour l’éducation de leurs enfants, pour pouvoir manger, pour améliorer leur santé… Les Transformateurs ont su capter cette espérance, et les Tchadiens ont compris que le mouvement a été créé non par désir de pouvoir, mais pour les servir, pour travailler ensemble à dessiner le futur Tchad.

Vous dites qu’on veut vous faire taire, mais vous avez des locaux, des militants… Est-ce si difficile d’être dans l’opposition au Tchad ?

Je ne dirais pas que c’est dur. Je ne suis pas en prison, mais on refuse de reconnaître mon mouvement en tant que parti, on a relevé l’âge minimum requis pour se présenter à la présidentielle pour m’écarter du jeu, on nous a tiré dessus simplement parce que nous venions présenter publiquement notre parti [le 1er juin, lors de la « conférence d’officialisation » du mouvement, à N’Djamena] et à nouveau alors qu’on distribuait des drapeaux du Tchad le jour de la commémoration de l’indépendance [le 11 août].

LE CHEF DE L’ÉTAT DOIT CRÉER LES CONDITIONS D’UNE ALTERNANCE

Pour nous, les promesses de liberté, de démocratie et de développement faites depuis près de trente ans n’ont pas été tenues. Les contre-performances sont visibles : notre pays est le dernier en matière de compétitivité, moins d’un Tchadien sur dix a accès à l’électricité, moins de 20 % de la population a accès à l’eau potable… C’est ça qui me préoccupe. Nous, nous n’avons pas d’ennemi, à part l’injustice. Nous voulons construire un Tchad inclusif pour tout le monde.

Avec quel programme et quelle stratégie ?

Notre stratégie, c’est le dialogue à travers le pays, afin de coproduire un « projet de développement intégral » pour le Tchad. L’actuel chef de l’État, lui, doit créer les conditions d’une alternance pacifique et démocratique qui permettra aux Tchadiens de travailler ensemble à ce projet. Et, parce qu’il aura servi le pays sur les questions sécuritaires, Idriss Déby Itno pourra demain continuer à jouer un rôle, pourquoi pas celui d’envoyé spécial auprès de l’Union africaine ou de l’ONU sur ces problématiques. Contrairement à ce que disent nos détracteurs, après lui, ça ne sera pas le déluge, puisqu’il sera encore là. Ce serait une porte de sortie honorable. Trente ans au pouvoir, ça suffit.

Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique.com

792 Vues

Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article