Barka Michel, porte-parole de la plateforme syndicale revendicative et président de l’Union des Syndicats du Tchad a accordé un entretien à la presse aujourd’hui, à la sortie d’une réunion décisive de l’assemblée générale des travailleurs à la bourse du Travail de N’Djamena.

 

Vous avez pris ce matin une décision à l’issue de l’assemblée générale marquant le retour à la grève…

 

Barka Michel: Nous avons tenu une assemblée générale ce matin qui est très importante, car il y avait déjà eu deux autres assemblées générales qui ont posé le problème du moratoire et de la durée d’heure de travail demandé par le président de la République. Suite à cette demande, nous avons rencontré deux fois le cabinet du président de la République, justement pour voir si notre position pourrait avancer dans la mesure où les travailleurs ont exigé la dernière fois que le moratoire et la durée du travail ne puissent être discutés que si leur salaire du mois de mai était intégralement payé. Vous avez constaté que depuis quelques jours les salaires sont payés, mais pas intégralement.

 

À l’assemblée générale de ce matin, comme vous l’avez constaté, les travailleurs ont unanimement décidé de lever la suspension de la grève en vigueur depuis le 14 mars 2018. La grève reprend de plus belle lundi et de manière illimitée. Nous allons faire un service minimum au niveau de la santé qui va évoluer en fonction de la position du gouvernement. Si le gouvernement pense qu’il a, à durcir ou alors si nos agents de santé sont menacés, nous serons amenés à durcir notre position. Nous voulons aussi dire à la population que c’est toujours les syndicats qui ont fait un pas en arrière, qui ont fait des concessions pour permettre aux enfants d’aller à l’école, pour permettre aux gens d’aller à l’hôpital. C’est toujours nous, mais le gouvernement n’a jamais fait l’effort, n’a jamais modifié sa position pour avoir un consensus allant dans le sens du bien de la population. Nous sommes excédés. Vous avez compris que le gouvernement nous a toujours poussés vers la grève. Cette nouvelle grève malheureusement ne va pas arranger nos enfants ni la population, mais nous sommes contraints. Il est question de survie pour nos militants. Nous avons les échos de nos provinces qui disent la même chose.

 

Il y en a qui ont même déserté les cours depuis hier. Avez-vous eu le temps de discuter sérieusement avec le gouvernement ?

 

Barka Michel : Oui nous avons discuté avec le gouvernement. Nous avons fait deux séances de discussion avec le cabinet du président de la République. Nous n’avons pas évolué sur un seul petit point. Nous avons dit à l’assemblée générale que le gouvernement dit qu’il n’a aucun moyen pour résoudre le problème que nous posons. Celui qui a mis le frein à toutes les dispositions c’est le gouvernement. Et nous sommes contraints de réagir en fonction de ce qu’il a dit.

 

Est-ce que la plateforme revendicative regrette l’accord signé le 24 mars dernier ?

 

Barka Michel : Regretter, non. Nous constatons tous simplement que notre partenaire n’est pas de bonne foi. Nous avons dit qu’en tant que patriote aimant ce pays, nous étions amenés à signer cet accord pour permettre à ce que le pays redémarre. Deuxième chose, le président de la République s’est engagé, a dit : “moi je suis le garant de cet accord, je ferai tout pour que dès le mois de mai, les choses redémarrent normalement”. Quand même, c’est le président de la République. Vous ne pouvez pas dire qu’il ne vous dit pas la vérité. Nous avons, en tant que patriote, et respectueux de la légalité, accepté ce que le président nous a dit. Et encore, le fait qu’il se dit garant de l’accord nous a poussés à signer. Nous ne pouvons pas faire plus que ça.

 

Peut-on considérer l’accord comme déjà caduc ?

 

Barka Michel : Si le président de la République lui-même nous dit qu’il ne veut plus de l’accord en d’autres termes, qu’il veut un moratoire jusqu’à décembre, ça veut dire quoi ? Ce qu’on a signé avant s’arrêtait au mois d’avril, avec les 18 mois du décret n° 687, avec toutes les mesures qui ont été prises de manière arbitraire. Je vous ai dit que l’argent qu’on a pris de notre poche de manière arbitraire a rapporté plus de 34 milliards FCFA au gouvernement. Ils nous disent même que si on nous remet cet argent dans notre poche, qu’ils ne pourront pas trouver cet argent autre part. Le gouvernement a décidé de s’enrichir sur le salaire des travailleurs, faire des économies sur le salaire des travailleurs. Il trouve ça normal, sans aucune base légale. Voilà la situation qui prévaut. Jusqu’où on peut partir ? Quels sacrifices l’on peut faire de plus ? Notre position est claire.

Tchadanthropus-tribune

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