Paris suit au plus près l’offensive lancée le 11 avril par les rebelles du FACT depuis le Sud libyen. Cependant, l’armée française n’envisage pas à ce jour d’intervenir comme elle l’a fait en février 2019, tout en laissant la porte ouverte à un appui logistique aux miliaires tchadiens.

L’annonce d’une incursion de rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) le 11 avril – jour de l’élection présidentielle pour laquelle Idriss Déby brigue un sixième mandat – dans le nord du Tchad n’a surpris personne : depuis le mois de juin 2020 et les débâcles successives du maréchal Khalifa Haftar, le scénario d’un reflux des combattants tchadiens engagé en Libye était à l’étude, notamment par les services de renseignements tricolores (Africa Intelligence du 25/06/20).

Le sujet avait même fait l’objet dès la mi-juin de plusieurs réunions à l’Élysée et d’une surveillance accrue de la frontière tchado-libyenne.

Pas d’intervention directe

Dès le début du mois d’avril, les services de sécurité français, au premier rang desquels la DGSE, très présente au Tchad, avait repéré les premiers mouvements dans le Fezzan libyen et s’étaient mise en alerte.

Pour le moment, une intervention française pour bloquer les rebelles – comme cela avait été le cas en février 2019 avec l’envoi de Mirage 2000 de l’opération française Barkhane – est écartée : Paris ne souhaite pas s’impliquer directement dans le conflit. L’engagement décisif des militaires français à l’hiver 2019 avait alimenté de nombreuses critiques, et ce, jusque dans les rangs de plusieurs pays européens partenaires de la France. À plusieurs reprises, la diplomatie tricolore a discrètement signifié à la présidence tchadienne qu’un remake de l’intervention de février 2019 était à exclure en cas de nouvelles offensives rebelles.

En revanche, la France est disposée à fournir un soutien logistique aux Forces armées tchadiennes (FAT) ainsi que du renseignement, notamment en imagerie militaire. Un appui déjà effectif dans le cadre de la très étroite coopération militaire bilatérale entre la France et le Tchad.

Les FAT ont d’ores et déjà mené plusieurs raids aériens le 12 avril avec deux chasseurs MiG-21 – avec équipage russe – qui ont frappé la localité de Zouarké, dans le massif du Tibesti, au nord du pays, à 1 000 km de N’Djamena. Le palais présidentiel, qui a multiplié les communiqués pour indiquer que la situation était “sous contrôle”, craint surtout des défections de militaires, la rumeur de ralliements sporadiques de soldats tchadiens aux rebelles ayant déjà circulé à N’Djamena dans la soirée du 12 avril.

En amont, les militaires de Barkhane, qui disposent de moyens logistiques conséquents dans le pays – l’état-major de l’opération française au Sahel est à N’Djamena – ont évacué le 12 avril les équipes des Nations unies présentes à Borkou, dans l’Ennedi et dans le Tibesti, notamment dans les villes de Wour et Faya-Largeau.

À Faya, Barkhane dispose d’un petit poste avancé d’où la force armée appuie régulièrement logistiquement (carburant, évacuation sanitaire, etc.) les FAT pour leurs opérations dans le Tibesti. 

Les légions tchadiennes perdues de Libye

Enrôlés dès 2011 dans les forces de Mouammar Kadhafi pour tenter de mater l’insurrection, plusieurs centaines de combattants tchadiens sont restés engagés dans le conflit libyen, tant auprès des forces du Gouvernement d’union nationale (GUN) de Tripoli que de l’Armée nationale libyenne (ANL) du général Haftar. Mais l’arrêt des combats et les défaites successives de l’ANL en mai 2020 ont provoqué un retour massif des combattants tchadiens vers le Fezzan.

C’est notamment le cas du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad, qui a lancé l’offensive le 11 avril. Depuis cet été, une partie des combattants du FACT s’étaient repliés dans les reliefs montagneux de Jabal as Sawda’, dans le sud libyen, à quelques centaines de kilomètres de la frontière tchadienne. Le FACT est commandé par Mahamat Mahdi Ali, ancien cadre de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri et farouche opposant au président tchadien. En Libye, le FACT a été enrôlé en 2017 aux côtés de la Troisième force Misrati (hostile à Haftar) et avait même essuyé les bombardements de l’ANL dans le Fezzan début 2017.

Né en 2016 d’une scission au sein du FACT, le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR), qui dispose d’une base arrière dans le Fezzan, a également pris part aux combats aux côtés des forces gouvernementales de Tripoli et a engagé 400 de ses combattants sous le commandement du chef Zintan Oussama al-Jouili, commandant militaire du GUN pour la région ouest. En février 2019, c’est le CCMSR qui avait lancé l’offensive armée depuis la Libye contre Idriss Déby. Il avait à l’époque trouvée comme allié de circonstance l’Union des forces de la résistance (UFR) de Timan Erdimi, neveu du chef d’État tchadien entré en dissidence, qui reste très actif dans le Fezzan depuis son exil à Doha.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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