La devise préférée de ceux qui se sont enrichis sur le sang de leurs frères est celle là: “Quand l’argent parle, la vérité se tait”. Mais que se passe t-il quand la vérité parle? Pas les vérités murmurés, pas celles sous cape la nuit autour des foyers, pas les vérités divulgués au gré des intérêts, mais les vérités historiques? Ce sont les Hommes indignes qui s’enfuient laissant derrière eux femmes et enfants en quête d’une dignité perdue.

 

En rédigeant la quatrième partie de cette investigation avec l’équipe du collectif de Bardai chargé de traquer les entrepreneurs véreux et boulimiques qui ont mis à genou la terre de leurs ancêtres et détourné des milliards de Fcfa du contribuable Tchadien, on s’est rendu compte combien l’homme cupide et avide d’argent est capable de faire quand il s’agit de satisfaire ses pulsions et son avarice pour l’argent. Pouvez-vous vous-même croire qu’une personne qui a vécu lui-même dans la misère et connu l’exil puisse détourner 80% d’une somme destinée à construire des hôpitaux dans une zone qui n’en a pas ? Et laisser ses frères dans le dénuement et se soigner à des milliers de kilomètre dans des pays lointains ? Pouvez-vous imaginer qu’ils existent des gens qui dérobent la majorité de l’argent destiné à construire un lycée et laisser les enfants à la merci, dans des villes ayant connu la guerre ? Les témoignages que j’ai reçu sont à la fois dramatique et révoltant, mais surtout difficile à comprendre et transposer dans une culture, qui il y a quelques temps encore méprisait l’argent et qui a une haute idée de la dignité, et où voler de l’argent des enfants ou alloué à des hôpitaux relevaient de l’inimaginable.

A Bardai, ville historique, millénaire, et chef lieu de la région du Tibesti, les détournements sont tels qu’il a fallu des semaines pour en mesurer l’ampleur et les conséquences. La qualité des infrastructures frisent tantôt le ridicule, tantôt le grotesque et partout le dramatique. Nous avons passé plusieurs projets au peigne fin : hôpital, lycée, résidence administrative, châteaux d’eau et l’unique hôtel de toute la région, et censé booster le tourisme dans une région longtemps aux prises avec les guerres. Toutes ces infrastructures présentent des défauts tant de conception que de construction : fissures, emplacements mal choisis, matériaux défectueux, équipements de mauvaise qualité ou tout simplement chantier abandonné. Les voleurs organisés en mafia clanique et politique sans cœur et sans pitié ont, ici comme ailleurs, laissé leurs empreintes macabres en laissant dans le dénuement, la soif et la maladie leurs propres parents et compatriotes.

Le chantier le plus risible et qui incarne le plus l’esprit maladive et cupide de ces entrepreneurs véreux est sans conteste l’hôtel dit « quatre étoiles » de Bardai, censé être le plus moderne de tout le nord du Tchad. L’histoire de ce gâchis commença en 2009, date où sur proposition du ministère du Tourisme, après étude, demanda au comité mafieux chargé de gérer les trente milliards alloués à la reconstruction de la région, de financer la construction d’un hôtel de quatre étoiles aux standards internationaux, l’objectif, louable des cadres du ministère du Tourisme, était de développer ce secteur dans cette région longtemps à la traîne dans ce secteur stratégique, où le Tibesti possède des atouts considérables : des peintures rupestres deux fois millénaire, des montagnes uniques dans tout le Sahara sans oublier plusieurs sources d’eau chaude résidus d’anciens volcans, notamment à Soubour. C’est ainsi que la somme de sept cent millions de Fcfa fut débloquée et une entreprise choisie pour exécuter le « marché » comme on dit. La population avait placé de grands espoirs dans ce projet, car il promettait des dizaines voir à terme des centaines d’emplois à la clé, dont beaucoup de jeunes hommes et femmes.

Mais, comme toujours, il faut compter avec la ladrerie et l’avarice de ces ogres affamés, après la fin des travaux, en lieu et place du projet initiale, d’un grand hôtel, c’est une maisonnette avec vingt chambres de neuf mètres carré… toilette inclus qui a été construite et dans la foulée abandonnée ; pas de réception, pas d’inauguration et l’hôtel n’est plus fonctionnel, il est tombé en ruine et squatté par des animaux. Sept cent millions empochés, un édifice abandonné et des espoirs déçus. L’argent comme toujours a été utilisé pour construire des villas à Farcha et à « Patte d’oie » dans la banlieue Est de N’djamena et une partie du magot volé au peuple est convertie en devise et transférée dans des paradis fiscaux. Le secteur du tourisme est aujourd’hui sinistré, à cause de la cupidité et de l’impunité d’une seule personne, le Tibesti est la seule région sans aucune infrastructure d’accueil pour les visiteurs étrangers, touristes ou pas. Le coût de cette petite auberge abandonné n’excède pas les cent cinquante millions, six cent millions de Fcfa avalés.

La seconde infrastructure inspectée et investigué par le collectif est l’hôpital de Bardai, ayant statut « d’hôpital régional», censé être une structure permettant de traiter divers pathologies et problèmes médicaux que rencontrent les ressortissants de la région, longtemps sans infrastructures de santé et sans personnels médicaux qualifiés à cause des guerres périodiques et l’éloignement de la région. La tragédie commença en 2007, quand le Ministère de la Santé débloqua la somme de deux milliards de Fcfa pour la construction de cet hôpital, c’est sans appel d’offre, qu’une entreprise fut choisie pour exécuter le marché. Cette somme faramineuse, avec le coût assez modeste des matériaux de construction importé de Libye, aurait pu permettre de construire une belle bâtisse. Cependant, les entrepreneurs criminels et leurs « ingénieurs» ont, par incompétence et certainement par cupidité, choisis très mal le terrain, mal implanté et sur une voie de passage des crus, l’hôpital risque aujourd’hui de s’effondrer à cause des fissures et de la mauvaise qualité des équipements. Le collectif estime le coût de cette connerie à trois cent millions, et le vol est estimé donc à… un milliard sept cent millions de nos Francs. Aujourd’hui, la population est abandonnée à son triste sort et se rend dans la Libye voisine, pays en guerre, pour recevoir des soins comme les accouchements difficiles, les fractures, les chirurgies dentaires ou encore les grands brûlés ayant sauté sur des mines.

L’hôpital et l’hôtel ne sont pas les seuls impactés par les irrégularités, les détournements et les vols, toutes les autres infrastructures sont concernées : la résidence du gouverneur, le château d’eau et le Lycée de Bardai. Ce dernier, unique Lycée du département de Tibesti Est, a coûté au Ministère de l’éducation la bagatelle d’un milliards de Fcfa, cette somme aurait pu construire un très grand lycée avec bibliothèque, laboratoire, gymnase, mais à la place un petit bâtiment sur un emplacement choisi à a hâte, et dont le coût n’excède pas deux cent millions de Fcfa, huit cent millions de FCFA pillés et investis à N’djamena, aujourd’hui le <<lycée>> de Bardai n’a pas de bibliothèque aux normes et Bardai est le seul chef lieu du Tchad où la classe de terminale quasiment pas. La résidence du gouverneur est aussi une autre farce, financée par le ministère de l’intérieur à hauteur d’un milliards cinq cent millions de Fcfa. L’objectif est de doter la région d’un grand ensemble de bâtiments modernes : bureau du gouverneur et ses collaborateurs, résidence du gouverneur, bibliothèque et une autre résidence pour les invités de passage. Au lieu de toutes ces infrastructures, un seul bâtiment a été construit sur un flanc de colline, des fissures ont été découvertes à l’inauguration. L’incroyable et le dramatique est que le coût du bâtiment n’excède pas… cent millions de Fcfa, 80 % de la somme détourné.

Le château d’eau de Bardai, proposé par le Ministère de l’Hydraulique et financé à hauteur de deux milliards de Fcfa par le comité de gestion des trente milliards de Fcfa, aurait été un grand ouf de soulagement pour la population de Bardai. Une entreprise a été choisie par le comité clanique et le marché offert à un entrepreneur analphabète, au lieu d’un château d’eau respectant les normes, c’est une petite infrastructure de très mauvaise qualité et dont le coût n’excède pas trois cent millions de Fcfa a été bâtit et abandonnée. Le chef lieu de la région n’a toujours pas accès à l’eau potable à cause de la boulimie d’un groupe mafieux.

Le comité continue son travail avec professionnalisme malgré l’agitation des voleurs et autres criminels en turban blanc, un inventaire des infrastructures des villes suivantes est en cours: Aouzou, Zoumri et Wour.

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Charfadine Galmaye Salimi, le 05 Octobre 2017, Nancy, France.

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