Les éléphants blancs du Tibesti, partie VII

Cas du département de Tibesti Est, ville Zoumri.

Les éléphants Blancs sont de retour, pour l’avant-dernier de la série consacré à la bourgade martyrisée de Zoumri. Beaucoup de voyous avaient spéculés sur un probable arrêt de ce travail d’investigation et de vérité. Mais notre détermination et celle de l’équipe chargé de traquer ces criminels et voleurs est intacte, que ça soit au Tibesti où ailleurs. Les voleurs peuvent bien dormir aujourd’hui avec le soutien de la tyrannie, mais qu’ils songent à ces jours où leur place dans l’Histoire tiendra à un fil.          

Zoumri est une «ville» typique du grand nord, isolée, peu peuplée et marquée par des décennies de guerre et d’exode, principalement vers la Libye.  La bourgade, comme la plupart au Tibesti, ne possède aucune infrastructure : pas d’école, aucun dispensaire et aucune trace de bâtiment administratif. C’était fort de ce triste constat, qu’une équipe interministérielle (santé, éducation et intérieur) avisa le comité de gestion des trente milliards de bâtir quelques infrastructures dans la cité : école primaire, dispensaire et des bureaux et une résidence pour le sous-préfet.

La construction de ces infrastructures aurait pu changer à bien des égards la vie de ces habitants longtemps isolés et qui manquent de tout : école, dispensaire ou même pour se faire délivrer un extrait de naissance, il faut se rendre à… Bardai, et les cartes d’identité n’en parlons pas, il faut se rendre à N’djamena, à trois milles kilomètres. Ironique et tragique, pour une cité ayant le statut de «ville».

C’est ainsi que la somme de deux milliards de Fcfa fut débloqué pour financer la construction de ces quatre infrastructures : centre de santé, école primaire et collège, résidence et bureau du sous-préfet. L’espoir était donc immense pour ces habitants de voir enfin leurs enfants scolarisés au lieu de prendre le chemin de la Libye ou de l’orpaillage, et surtout de pouvoir voir pour la première fois un médecin à quelques kilomètres, un miracle dans une zone où il faut se rendre en Libye pour une carie dentaire ou pour soigner la plus bénigne des infections, faute d’infirmier et d’antibiotique. Pour les grossesses compliquées, imaginez le voyage jusqu’à la ville Libyenne de Sebha pour une femme enceinte. L’espoir était à la hauteur de la situation et des promesses.  

 

Mais c’était sans compter le caractère mafieux et clanique du comité chargé de construire ces infrastructures.  Comme à l’accoutumé, c’est sans appel d’offre et dans une tradition de copinage, que quelques «entreprises» ont été choisis pour exécuter les marchés publics. Certaines entreprises appartiennent à des gamins sans aucune expérience, d’autres à des garçons de courses des mafieux et d’autres encore à des prête-noms. 90% de cette somme, soit un milliard huit cent millions de Fcfa, a été purement et simplement détourné et distribué entre cousins, pendant que la population locale n’a que ses yeux pour pleurer. Signe de l’arrogance de ces arrivistes sans aucune attache populaire dans la région, le dispensaire n’a même pas été construit, quant à ce qui est qualifié de «collège», il serait déjà effondré, et  la résidence du sous-préfet ressemble plus à une ruine romaine qu’à un bâtiment administratif. C’est ainsi que de milliers d’habitants ont été laissés à leur triste sort par la seule boulimie de quelques voleurs et un chef de clan qui ne manque de leur apporter sa caution morale et un soutien politique à un haut niveau de l’Etat.

A coté du difficile travail d’investigation mené depuis une année, le grand travail de conscientisation a déjà porté ses fruits. Partout au Tibesti, de Zouar à Bardai, de Yebbibou à Zoumri, les jeunes et les moins se sont intéressé à la gestion de la chose publique et ont eu l’écho des éléphants blancs. La population est aujourd’hui arrivé à un stade où elle identifié ces criminels et voyous, beaucoup n’ont aujourd’hui même le courage de se rendre dans la région, où tente des conciliations pour reprendre des chantiers abandonnés. Nous reviendrons plus amplement dans le prochain, et malheureusement non sans émotion dernier «Eléphant Blanc», intitulé la « Clap de fin ».

Charfadine Galmaye Salimi, Nancy, France.

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