Nonchalance d’un jeune compatriote du système.

Sur un vol paris/Tunis, je me retrouvais avec un jeune compatriote partant aussi à Tunis pour un soin selon son dire. Avec courtoisie habituelle, le salamalecs à la tchadienne et quelques échanges des mots, dans la salle d’embarquement.

Dans l’avion il avait abandonné son siège et venait s’asseoir à côté de moi. Sa première question : (grand ! Djit mine N’Djaména Wa ?) je disais gentiment non ! Il me réplique encore. (Mine Wen djit ? ) je lui répondais que je viens de paris. Il poussait la conversation encore. (Ana michil narfak ké grand !) je lui disais c’est possible.

Après un petit silence pour le décollage, notre conversation reprenait et le jeune homme se présentait en moi avec une assurance suivie de sa biographie qui le place à un haut niveau dans l’oligarchie militaire du système Déby. Donc, par respect de son innocence infantile, je tairais son nom.

Par la suite, on avait beaucoup échangé sur de différents sujets d’actualités concernant le pays. Mon jeune compatriote sympathisait rapidement avec moi et me proposait de le voir quand je veux, une fois au pays, si jamais j’ai des problèmes. Je lui disais c’est très gentil de sa part. Après un moment, il insistait, ou est-ce que je travaille au Tchad ? Je lui disais que je ne travaille plus au Tchad depuis plus de 20 ans. Ébahi, et me rétorquait ; pourquoi ? Je pensais que, tu travaillais au ministère de l’Intérieur ? disait-il.

Alors, je lui avais avoué ma couleur d’exilé. Je savais que,

là où nous sommes, la loi est pour nous tous et beaucoup plus favorable à moi qu’à lui.

Donc, étonné de ma position politique, mon jeune frère commençait à me donner des conseils pour rentrer au pays. Car la vie à l’étranger est difficile disait-il. Je lui répondais gentiment, oui ! Tu as raison. Mais, Déby et son système ne me convenaient pas, le jour où il y aura un bon système pour tous, je rentrerais au pays incha Allah ! lui dis-je.

Mon jeune compatriote, commençait à me raconter pour me consoler, l’histoire des rébellions et des différents chefs politiques de l’époque, etc. j’ai compris dans son cours d’histoire, qu’il était lui-même jeune ! car, selon nos échanges, j’avais compris qu’il était né après le combat de neuf mois de N’Djamena en 1980. Comme il est très limité par les différentes hostilités créées par les siens, je constate que, toute son histoire commençait d’Hissein Habré à Déby.

À ma grande surprise, dans son élan de jeune connaisseur du système actuel, me disait ceci : (grand frère, regarde ce qui se passe au Tchad d’aujourd’hui ? Des gens comme les LOL, IBNI, Yorongar, qui n’ont jamais fait la guerre et veulent être présidents du Tchad ? Je lui disais que Lol et Ibni sont morts ! Non ! Oui, je sais ! Mais, c’est un exemple grand frère. Même à l’époque, c’était Goukouni et Hissein qui avaient accepté de céder à LOL pour qu’il remplace le général Malloum qui était chef de 11 tendances !)

Alors là, ma prorogation de mon exile a été signé dans l’avion par le jeune frère.

Je redresse mon siège et disais ceci : (jeune homme, j’ai l’impression que, tu n’avais pas assez connu l’histoire de ton pays, parce que tu étais jeune ! Quand on parlait de 11 tendances, qui se sont retrouvées à Lagos pour former un gouvernement d’union nationale de transition appelé (GUNT), toutes ces tendances avaient bien un nom et un chef ! Ils appartiennent tous d’un coin du Tchad, et le général Malloum n’a pas été le chef de ces 11 tendances. Il était le chef de l’état qui avait renversé le 1er président du Tchad qui était Tombalbaye.

Tu sais petit frère ! il fût un temps au Tchad, des personnes ou des groupes des personnes qui étaient inexistantes socialement avant les années 1980 ? Et aujourd’hui, c’est un fait réel, que ces mêmes groupes des personnes sont au-devant de la scène par hasard de l’histoire ! C’est une vérité et personne ne te dira le contraire petit frère ! Une personne bien née n’aura jamais de mépris pour l’autre. Sauf, ceux qui se retrouvent par hasard au-devant d’une scène, pensant que, le monde a commencé seulement en 1979.

On pourra être (riche) beau, brave, courageux ou intelligent, il y en avait avant nous et il y en aura après nous.

Donc, l’effet de faire la guerre ne donne pas automatiquement droit à être président d’un pays. En citant ces trois personnalités politiques, qui sont : Lol, Ibni et Yorongar qui n’ont pas fait la guerre et ne pouvaient pas être présidents sont des thèses écrites par des personnes socialement inexistantes. Ce sont des personnes qui avaient opté pour la non-violence, comme Gandhi ! C’est-à-dire : éviter de verser inutilement le sang des Tchadiens. Apparemment, ne connaissant pas Gandhi, j’avais passé dessus.

Je commençais à suer et je sentais mon taux de glycémie baissait et en même temps, j’avais constaté que, j’avais parlé pour rien.

Car, culturellement et socialement, nous ne sommes pas sur le même diapason.

Heureusement que, l’hôtesse annonçait de redresser nos sièges pour l’atterrissage.

Mon jeune compagnon de voyage me demandait par la suite, dans quel hôtel j’y vais ? Je lui rétorquais que je dois continuer en Algérie. Et me répliquait tout curieusement : (Ti sawi chinou hinak ?) Ça alors ! aucune réponse et je me plongeais sur mon téléphone en tirant sur mon petit sac de voyage en allant vers la douane sans regarder derrière. Je ne sais pas si j’ai fait un bon voyage.

Mahamat Doki Warou

Tchadanthropus-tribune

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