Après avoir quitté N’Djamena à la suite des manifestations du 20 octobre, l’opposant en exil entend désormais mettre en place un nouveau plan d’action. Attendu à Washington et en France, il tente aussi de rallier des chefs d’État africains à sa cause.

Succès Masra n’aura finalement pas prolongé son séjour au Cameroun. Selon nos sources, l’opposant tchadien a quitté le pays où il s’était réfugié après avoir fui N’Djamena au lendemain des manifestations meurtrières du 20 octobre. Le président des Transformateurs s’est ensuite mis à l’abri dans un autre pays africain, d’où il a préparé la suite de son programme d’opposition à Mahamat Idriss Déby Itno.

À LIRE : Tchad : Mahamat Idriss Déby Itno et Succès Masra, duel au-dessus d’une poudrière

Sa stratégie diplomatique doit le mener dès le 18 novembre à Washington. Contacté par Jeune Afrique, Succès Masra affirme qu’il a demandé à être reçu par le Département d’État, où il a sollicité Antony Blinken et sa numéro deux chargée de l’Afrique, Molly Phee. Le Tchadien a également demandé audience à la vice-présidente, Kamala Harris. Il a aussi prévu de rencontrer des parlementaires américains lors d’une visite au Congrès. Il a ainsi sollicité le sénateur Bob Menendez, président du Comité des Affaires étrangères. L’opposant a prévu de discuter avec ses interlocuteurs de la transition au Tchad qui, selon lui, aurait dû s’achever le 19 octobre dernier.

Le 20 octobre, la diplomatie américaine avait rappelé son opposition à un maintien au pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno et sa « préoccupation » au vu du « mépris du gouvernement pour la directive claire du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et les engagements publics du Conseil militaire de transition selon lesquels ses dirigeants ne seraient pas candidats aux prochaines élections ».

De Yaoundé à Washington…

À Washington, Succès Masra a également prévu de mettre en lumière la répression des manifestations du 20 octobre – dont le bilan pourrait être de plus d’une centaine de morts – et l’arrestation de plusieurs centaines de sympathisants de l’opposition. Selon le ministère de la Justice, plus de 600 personnes sont actuellement détenues à la prison de Koro Toro, dans le nord du pays, à des fins d’interrogatoire et dans des conditions dénoncées par la société civile et le barreau tchadien.

SUCCÈS MASRA NIE AVOIR REÇU L’AIDE DE DIPLOMATES OCCIDENTAUX

L’opposant affirme que nombre de cadres de son parti ont été arrêtés. Lui-même assure avoir quitté le Tchad alors qu’il risquait d’être interpellé. Il s’était réfugié dans un lieu secret – en dehors de son quartier général de N’Djamena – dès le soir du 20 octobre, avant de quitter clandestinement le pays par la ville de Kousséri et de gagner Maroua, au Cameroun. Il nie avoir reçu un quelconque laissez-passer des autorités et dément avoir bénéficié de l’aide de diplomates occidentaux.

Outre l’avantage que représente sa proximité géographique avec N’Djamena, le Cameroun permettait aussi à Succès Masra de retrouver des contacts de longue date. Le Tchadien est notamment resté proche de l’homme d’affaires Célestin Tawamba. Le président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) était ainsi le parrain de sa promotion à l’Université catholique d’Afrique centrale de Yaoundé, où Succès Masra a étudié la finance avant de poursuivre son cursus en France.

… et de Washington à Paris

Après ce séjour aux États-Unis, dont la durée n’est pas définie, le Tchadien a prévu de se rendre en France pour tenter de poursuivre son plaidoyer auprès du Quai d’Orsay et de l’Élysée. Moins critique que la diplomatie américaine à l’égard de la prolongation de la transition, Paris s’est pour le moment limité à souligner « l’importance d’une transition pacifique […] en vue d’aboutir à des élections libres et crédibles et [de] permettre le retour à l’ordre constitutionnel ».

À LIRE –UA : Moussa Faki Mahamat échoue à faire sanctionner le Tchad

Selon nos informations, Succès Masra essaye également de convaincre au plus haut niveau des États africains. Ces dernières semaines, il a demandé à être reçu par le Camerounais Paul Biya, mais a essuyé un refus transmis par le directeur du cabinet civil de ce dernier, Samuel Mvondo Ayolo. Le Tchadien a aussi sollicité, sans succès pour le moment, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, l’Angolais João Lourenço, le Rwandais Paul Kagame et le Congolais Félix Tshisekedi.

Ce dernier a été nommé facilitateur régional par la Communauté des États de l’Afrique centrale le 25 octobre à Kinshasa, lors d’un sommet où Mahamat Idriss Déby Itno était présent.

Enfin, Masra a cherché à s’entretenir avec Alassane Ouattara, toujours en vain. Ancien de la Banque africaine de développement, l’opposant a travaillé durant plusieurs années en Côte d’Ivoire, où une partie de sa famille réside et où il a tissé ses réseaux. En octobre 2021, il y avait assisté au congrès fondateur du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire, de Laurent Gbagbo.

Jeune Afrique

1781 Vues

Vous devez vous connectez pour pouvoir ajouter un commentaire