La direction de la communication de la Présidence du Tchad a réalisé un film documentaire sur la Transition. Un film qui retrace le déroulement des événements depuis la mort d’Idriss Deby. Le documentaire a été construit en utilisant la technique du storytelling, faisant parler des acteurs politiques et des généraux qui ont raconté l’histoire de la Transition en ses différentes étapes. A vrai dire, rien de nouveau sous le soleil Tchadien. Il n’y a pas eu de révélations.

Que faut-il alors en penser ?

Ce qui ressort de ce film, c’est un discours d’autosatisfaction déroulé à toutes les étapes de cette narration : de la mise en place du CMT, à l’organisation des pourparlers, en passant par le pré-dialogue de Doha et le Dialogue National Inclusif et Souverain. « On a pris nos responsabilités pour assurer la stabilité du pays et vivre en paix » ou encore « Tout a été fait dans ce sens. C’était difficile mais on a réussi ». C’est le fil conducteur du film. Mais le choix de cette ligne directrice pose quelques difficultés.
Si l’on en croit, les déclarations des acteurs politiques, la recherche et la consolidation de la paix étaient l’objectif à atteindre pour le Président Mahamat Idriss Deby et son équipe.
Dans un pays comme le Tchad, la gravité des problèmes nous impose de nous pencher sur ce que signifie la PAIX ?
Car, beaucoup de Tchadiens n’ont pas la même définition de la PAIX que celle des généraux du CMT et des acteurs politiques proches du pouvoir.

Ainsi les interrogations légitimes qui méritent d’être posées sont celles-ci : un pays où des groupes armés en rébellion campent à ses frontières, peut -il être qualifié de zone de paix ? Un pays avec des conflits communautaires récurrents entraînant des morts au quotidien est -il en paix ?

La Paix, voyez-vous, c’est aussi la Paix des cœurs ; a-t-elle été réalisée en 18 mois ? A-t-on posé les jalons, les bases pour cette Paix des cœurs ?

Non, malheureusement. Et force est de constater que, dans le documentaire, les propos du Président ont été de dire qu’ils avaient fait beaucoup d’efforts : amnistie, pardon, paix et ce « même pour ceux qui ont fait du mal ». Cette position pose beaucoup de problèmes. Cela nous fait revenir au discours d’autosatisfaction. La question du passif du régime trentenaire d’Idriss Deby a été occulté au DNIS. Le CMT considère qu’ils sont la continuité du pouvoir d’Idriss Deby, qui se poursuit avec Mahamat Idriss Deby à la tête de l’État. Qui peut réellement croire alors, à un Nouveau Tchad dans ces conditions ?
Avoir le pouvoir, dérouler son discours selon ses desiderata est une chose, mais réussir à convaincre les Tchadiens et donner une vraie chance à la Paix, c’est vraiment autre chose.
Ainsi donc, on apprend que l’effectif et la solde des militaires ont été augmentés, un statut a été adopté. Soit. Encore que les Français aient exigé une grande réforme de l’armée qui n’a pas encore été réalisée et qui fait l’objet d’une divergence de points de vue avec le Premier Ministre M Kebzabo qui lui, a au contraire, inscrit cette réforme (version France) sur sa feuille de route.

La Paix, c’est donner la possibilité aux jeunes Tchadiens d’avoir un emploi sans discrimination. Or, si l’on analyse les nominations ; qui sont ceux qui occupent les postes juteux ?
Comment le système a-t-il pu inventer un système de recrutement au sein de la fonction publique qui se fait sur la base du baccalauréat alors que vous avez un Master 2 ? Comment ont-ils pu recruter des jeunes Tchadiens diplômés de Master 2 en leur versant seulement une petite indemnité mensuelle (121 euros) mais sans poste, sans travail ? Une pratique discriminatoire, frustrante, humiliante et ruineuse pour les familles qui ont fait tant de sacrifices pour payer les études de leurs enfants. C’est paraît -il, l’astuce que le régime utilise pour que les jeunes ne partent plus en rébellion. Ces jeunes espèrent des lendemains meilleurs qui, hélas, ne viendront jamais. Qui peut oser dire qu’ils vivent en paix ?

La Paix, c’est aussi la sécurité et la stabilité. Qui peut dire que les choses se sont stabilisées ? Justement, la situation d’insécurité aux frontières de plusieurs pays, peut faire basculer les choses et remettre en cause la situation du Tchad. Sans compter, la guerre larvée entre les poids lourds du régime.

En outre, des problèmes internes ne sont pas à exclure car nous pensons que Mahamat Idriss Deby ne sera pas l’unique candidat à l’élection présidentielle à venir.  Assurément, des personnalités vont émerger pour tenter leur chance. Sur un autre plan, le Président de la Commission de l’UA Moussa Faki n’a pas dit son dernier mot. On pressent déjà, le commando d’observateurs de l’UA qu’il va envoyer au Tchad pour les élections.
Les Français qui ont beaucoup agi dans le positionnement du CMT, que dis-je, dans son existence même, peuvent à tout moment, créer des difficultés. Et, Ils ne sont pas dupes car ils voient la gestion du pouvoir, se faire hors du cadre d’un apaisement, accumulant en conséquence de nombreuses frustrations au sein des populations.

Au sein du pôle de la Communauté Internationale qui a suivi les Accords de Doha, c’est un sentiment mi-figue mi-raisin qui prévaut autour de cette transition. L’on retient, l’idée d’un pouvoir qui reste fragile, traversé par des tensions opposant des branches du clan (malgré le fait que toute la famille ITNO ait conservé ses positions hautement stratégiques dans l’appareil d’État).

Pour l’instant, le pouvoir de Mahamat Idriss Deby souffre d’un déficit de légalité et de légitimité. Il a été toléré grâce à la France et à ses autorités qui l’ont adoubé et exigé un accord de Paix avec les groupes politico-militaires pour construire une argumentation afin d’atténuer la crise de légalité et de légitimité du pouvoir de Mahamat Idriss Deby.
Autrement dit, le pouvoir de Ndjaména doit prendre conscience de sa fragilité politique.

Dans le documentaire, le soutien des partenaires africains et autres au CMT a été mis en lumière. En revanche, un véritable black-out a été observé sur un acteur de premier plan, omniprésent et omnipotent dans les affaires du Tchad ; à savoir la France.

Dans l’application des Accords de Doha et dans l’attribution des postes à ceux qui ont accepté la paix et la réconciliation, les choses ne sont pas allées dans le bon sens. Cela reste une grande préoccupation pour les partenaires étrangers qui ont donné leur caution morale et politique au processus de paix et à l’action de Mahamat Idriss Deby. Viendra l’heure du bilan et des problèmes aussi.

Un constat : Si les politico-militaires ont pris sur eux de faire confiance, de donner une chance à la paix, de saisir la main du Président Mahamat Idriss Deby, qu’en est -il vraiment du côté du pouvoir ? Les négociations et les promesses faites à Doha ont -elles été vraiment respectées ?

A l’observation, ce ne fut pas le cas. On a assisté plutôt à un important partage du gâteau au niveau des postes dans le gouvernement mais aussi dans l’entourage présidentiel.

La Paix, c’est aussi bien gérer le pays. Créer un environnement positif, un cadre pour vivre tranquillement : avoir de l’électricité, de l’eau, des soins de santé, se nourrir normalement, ne pas subir humiliations et brimades. C’est la paix sociale.

Et ce n’est pas facile. L’argent du pétrole a été dilapidé sans que les conditions de vie des populations ne changent réellement. Maintenant, nous observons ce qui se passe avec les initiatives dans l’exploitation de l’or au Nord. C’est inquiétant.

Peut-on dire que la résolution des conflits au Tchad a été parachevée ? Que les revendications contre la marginalisation, les frustrations multiples et les sentiments d’exclusion socio-économique sont derrière les décideurs politiques ?

Bien au contraire, les représentants des institutions internationales qui se sont impliquées pour donner une chance à un retour définitif de la paix au Tchad conformément aux accords et engagements signés, ont souligné la nécessité de promouvoir les actions visant au raffermissement de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

Bientôt le MPS se mettra en mouvement pour mettre à sa tête le Président de transition pour préparer sa candidature aux élections présidentielles. Un MPS, très actif qui reste mobilisé pour conserver ses positions dans l’appareil politico-administratif.

Point fondamental, à l’attention du Président Mahamat Idriss Deby :

il doit apprendre une leçon importante en politique : quand Dieu vous a donné le pouvoir, pour REUSSIR, il faut que vous soyez un homme de parole, que vous respectiez vos engagements. Que, dans un pays comme le Tchad, il faut pardonner réellement, tourner la page, rassembler les gens, agir et avancer dans l’intérêt de tous les Tchadiens. C’est ainsi que l’on peut réaliser la Paix.  Il ne s’agit pas d’imiter Idriss Deby, de vouloir marcher sur ses pas. C’est inutile car Idriss Deby a installé son pouvoir en divisant les Tchadiens, Il n’a jamais eu une culture de la Paix.

Il s’agit d’être vous-même, tout simplement, car les actes que vous posez aujourd’hui dans la marche et la gestion de l’État, engagent et engageront votre propre responsabilité. C’est le défi majeur qui vous attend.

La Rédaction de ZoomTchad

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