La lettre du Continent s’est appuyée sur les analyses précédentes de Tchadanthropus-tribune pour éclairer les lecteurs sur la prochaine reconduction du prochain président de la commission de l’Union Africaine.

Pour obtenir la reconduction du diplomate tchadien Moussa Faki à la tête de la Commission de l’Union africaine, poste stratégique de l’organisation continentale, la diplomatie tchadienne a multiplié les tractations secrètes avec plusieurs capitales de la sous-région.

C’est une petite phrase qui est quasi passée inaperçue dans le communiqué final du sommet extraordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) du 7 septembre, largement consacré à la situation au Mali. Mais page 15, alinéa 49, on pouvait lire la formule suivante : “La Conférence décide d’apporter son soutien à la candidature de Monsieur Moussa Faki Mahamat pour le Poste de Président de la Commission de l’Union Africaine”. Ce ralliement décisif de la CEDEAO à la candidature de Moussa Faki Mahamat – à la tête de la Commission de l’Union africaine (UA) depuis 2017 – a été le fruit d’un intense lobbying d’Idriss Déby auprès de ses pairs africains. Un activisme gagnant puisque la reconduction du diplomate tchadien est d’ores et déjà actée, aucun pays membre n’ayant proposé de candidat pour le poste.

Discret soutien de N’Djamena à la candidature nigérienne pour l’Asecna

Pour mettre toutes les chances de son côté, N’Djamena n’a pas lésiné sur ses efforts, quitte à se mettre à dos plusieurs de ses voisins d’Afrique centrale. Le 18 août, le Tchad a ainsi annoncé retirer la candidature de Mahamat Aware Neissa dans la course pour la direction de l’Asecna (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar – Africa Intelligence du 31/08/20). Une annonce qui n’avait pas manqué d’interpeller, tant Idriss Déby avait fait de la direction du ciel africain une de ses priorités diplomatiques (Africa Intelligence du 09/07/20).

Officiellement, N’Djamena avait déclaré renoncer à postuler en vue de soutenir un “pays ami”. Dans un scrutin ou la solidarité régionale prévaut, tous les regards s’étaient alors tournés vers le Cameroun et la Centrafrique, les deux seuls pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) à avoir présenté un candidat à l’Asecna. Mais derrière le repli tchadien se cachait en réalité un très discret ralliement de N’Djamena à la candidature du Niger, pays membre de la CEDEAO. En échange du soutien décisif du Tchad à la reconduction de Mohamed Moussa à la direction de l’Asecna, le président du Niger, Mahamadou Issoufou – qui était jusqu’au 7 septembre président de la CEDEAO -, a mené une véritable campagne auprès de ses pairs ouest-africains pour fédérer les soutiens à Moussa Faki Mahamat. Une manœuvre jugée particulièrement déloyale par la Centrafrique et le Cameroun.

Manœuvres au sein de la CEEAC

Mais malgré l’hostilité de Yaoundé et de Bangui, le Tchad a également fait campagne pour Moussa Faki auprès de la CEEAC. Mi-août, Idriss Déby avait ainsi personnellement écrit à l’ensemble des capitales de l’organisation régionale afin de solliciter leur soutien pour un second mandat de Faki. La diplomatie tchadienne n’avait par ailleurs pas hésité à retirer deux de ses candidatures à la tête de commissions stratégiques de la CEEAC. Un calcul gagnant : N’Djamena a très vite obtenu le concours de plusieurs pays d’Afrique centrale, au premier rang desquels le Gabon et le Congo.

Un rapport explosif du personnel de l’UA contre Faki

Néanmoins, la campagne pour la reconduction de Moussa Mahamat Faki à la tête de la Commission de l’UA a donné quelques sueurs froides à Idriss Déby. Jusqu’à la fin août, le Tchad s’est inquiété de voir un outsider anglophone se déclarer et ruiner les chances de son poulain. Le palais présidentiel tchadien s’est tout particulièrement alarmé de la diffusion, en mars, d’une lettre du président de l’Association du personnel de l’UA, le Sud-Africain Sabelo MBokazi, adressée à Faki. Dans cette missive de six pages datées du 6 mars, Sabelo MBokazi ne mâchait pas ses mots, dénonçant entre autres la “gestion mafieuse” ou encore la “corruption” de Faki. Le courrier a rapidement été publié dans la presse anglophone, à commencer par The Mail and Guardian, obligeant Moussa Mahamat Faki à rejeter l’ensemble de ces allégations dans une lettre adressée à Mbokazi le 23 mars.

En novembre 2018, le vice-président de la Commission de l’UA, le Ghanéen Thomas Kwesi Quartey, dans une lettre d’une rare virulence adressée à Nana Akufo-Addo, avait déjà dénoncé le “népotisme” ainsi que le “favoritisme” de Faki. Ce dernier était notamment accusé de protéger plusieurs ressortissants tchadiens au sein de l’UA.

Tchadanthropus-tribune avec la lettre du Continent.

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  • Je souhaite bonne chance à notre compatriote dont la prouesse diplomatique ne peut être mise en doute même par ses détracteurs! Il ne peut qu’être népotiste car les autres l’ont suffisamment fait contre nous compatriotes. Il s’agit, ici, donc d’un népotisme positif, il n y a pas de compte à rendre!

    Commentaire par Al-Amine Mohammed Abba Seid le 17 septembre 2020 à 12 h 33 min