Nommé en juillet haut représentant de l’Union africaine en charge du Tchad, le diplomate congolais Basile Ikouébé envoie bien ses rapports à son autorité tutelle à Addis-Abeba. Mais jusqu’à maintenant, ces derniers ne sont jamais discutés dans la moindre réunion.

Fidèle parmi les fidèles du président congolais Denis Sassou NguessoBasile Ikouébé, 75 ans, est depuis juillet 2021 le haut représentant de l’Union africaine (UA) en charge du Tchad. Cependant, en dehors des premiers rapports décrivant l’évolution de la transition à N’Djamena envoyés à l’été 2021 à Addis-Abeba puis discutés lors de réunions de Conseil de paix et de sécurité (CPS), aucune de ses productions suivantes n’a fait l’objet du moindre débat.

Le président de la commission, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, est pourtant bien destinataire de ces documents, qui lui parviennent à un rythme quasi mensuel. Mais il ne les rend manifestement pas disponibles pour les pays membres de l’UA. Ikouébé se trouve dans une position délicate, étant donné le peu d’entrain des autorités à N’Djamena pour organiser des élections fin 2022 ou même début 2023 afin d’élire un président. Avec plusieurs de ses conseillers, Ikouébé a fait le déplacement à Doha pour assister à l’ouverture le 13 mars du pré-dialogue entre politico-militaires/oppositions et le gouvernement tchadien. Cette étape est indispensable avant le dialogue national prévu pour le mois de mai au Tchad, mais le calendrier est susceptible de déraper.

Clémence des puissances

Alors que l’UA a exclu de ses instances le Mali, la Guinée, le Soudan et le Burkina Faso à la suite des coups d’Etat, le Tchad a quant à lui obtenu un traitement de faveur en conservant son siège dans l’institution panafricaine, malgré la prise de pouvoir non constitutionnelle de Mahamat Idriss Déby, dit « Kaka« , en avril 2021. Cette mansuétude a été rendue possible par le lobbying d’un certain nombre de pays frontaliers comme le Nigeria et le Cameroun, inquiets qu’une déstabilisation du Tchad ne se répercute directement sur leur territoire.

D’autre part, le président de la commission de l’UA avait également plaidé en ce sens. De son côté, la France a toujours pris soin de dissocier la venue au pouvoir de Mahamat Idriss Déby de celle d’Assimi Goita au Mali, lequel est arrivé après un coup d’Etat. Depuis, Paris a mené un actif lobbying auprès de l’Union européenne (UE) pour soutenir financièrement la transition tchadienne. N’Djamena constitue un allié stratégique de Paris au Sahel.

Un proche de Sassou

Avant d’être nommé sur le dossier du Tchad, Basile Ikouébé était depuis fin 2017 le représentant spécial de l’UA pour la région des Grands Lacs. Il faisait ainsi une veille sur les dossiers sécuritaires de cette sous-région. Chef de la diplomatie de 2007 à 2015, il a dirigé le cabinet de Sassou Nguesso dans les années 1980.

Au lendemain de la mort de son père, le président tchadien de la transition Kaka avait retoqué le premier envoyé de l’UA dans son pays, le Sénégalais Ibrahima Fall. En refusant de le recevoir au motif qu’il n’aurait pas été consulté au préalable sur son nom, Kaka avait contraint Faki à changer de candidat.

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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