59 ans d’indépendance dont plus de la moitié sous le règne de la dictature la plus cruelle de tous les régimes sous lesquels les tchadiens ont vécu ; trois décennies au cours desquels se sont succédés quatre régimes, chacun plus autocratique que le précédent, sauf durant la période d’instabilité de trois ans qui a suivi les tristes avènements du 12 février 1979 qui ont failli démembrer le pays. 

Idriss Déby Itno, a chassé Hissène Habré avec l’appui de la France, de la Libye et du Soudan, le 1er décembre 1990. Vingt-neuf ans plus tard, celui qui prétend avoir apporté la démocratie continue d’être encore au pouvoir, l’alternance n’ayant jamais figurée dans sa conception de la démocratie. On se rappelle toujours de cette phrase de son discours du 4 décembre 1990 rédigé par le défunt Ousman Gam : « je ne vous ai apporté ni or, ni argent, mais la démocratie ».

Après la période des vaches maigres où le Président de la république était passé par la délinquance et le grand banditisme (faux billets de francs CFA, faux dinars de Bahrein), le Tchad est devenu exportateur de pétrole depuis 2003. Mais le pays reste toujours miné par le népotisme, la corruption, la gabegie et croule sous les dettes intérieure et extérieure. Si bien qu’aujourd’hui notre pays trust les dernières places dans tous les classements internationaux, aussi bien sur les indices économiques que sur le développement humain.

Idriss Déby est l’illustration la plus réaliste de la phrase de Montesquieu : « La tyrannie est toujours faible et lente dans ses commencements comme elle est prompte et vive dans sa fin. Elle ne montre d’abord qu’une main pour secourir, et elle opprime ensuite avec une infinité de bras ». Le monde entier s’accorde à dire qu’il mène le pays avec une poigne de fer. Car ni le multipartisme, ni la « Conférence Nationale Souveraine », ne lui feront tenir sa promesse sur la liberté. Le jeu démocratique n’est qu’une sorte de faire valoir par les textes pour un despote qui a depuis longtemps battu le record de longévité de tous ses prédécesseurs.

Le pouvoir conquis par la force est conservé par les mêmes moyens, avec les mêmes complicités. 

Il a remporté toutes les élections présidentielles qu’il organise : 1996, 2001, 2006, 2011 et 2016, et son parti, le MPS a obtenu automatiquement au moins la majorité absolue dans toutes les élections législatives, toujours par la fraude et le trucage. Gageons que ce sera encore le cas pour les prochaines législatives, constamment reportées depuis 2015, et qui en principe devraient se dérouler en décembre de cette année, pour le 29ème anniversaire de son arrivée au pouvoir.

Les salaires des fonctionnaires amputés de moitié, les étudiants privés de bourses, les communs des tchadiens en butte à une terriblement chère et pourtant les membres de sa famille et de son clan organisent des soirées dansantes, des orgies et ballets roses sur des sols tapissés de billets de banques, le tout filmé et posté sur les réseaux sociaux pour narguer les braves citoyens. 

Profitant de l’occasion du lancement des travaux de construction d’un stade omnisports offert par la Chine jeudi dernier, Idriss Déby, champion toutes catégories des régimes corrompus ose dire que le sport tchadien est « gangrené par le népotisme », lui dont la famille et la belle-famille squattent l’administration et toutes les régies financières de l’État, lui qui nomme ses enfants et une de ses épouses dans le Cabinet de la Présidence de la République, nomme son fils comme Ambassadeur, son neveu d’à peine 25 ans directeur général des douanes, son frère ainé comme ministre et ambassadeur, et …  

Ne dit-on pas que « la tyrannie ne recherche et ne flatte le mérite que pour le corrompre et le faire servir à ses vues, s’il lui résiste, il lui devient suspect et odieux, elle le persécute ». Il a commencé par intimider, réprimer, ou même faire assassiner ses propres compagnons, parmi les plus méritants : Maldom Bada, Abbas Koty, Adoum Acyl, Djibrine Dasser, Ousman Gam, Bécher Moussa, tous membres fondateurs du MPS. Il est resté avec des courtisans, lâches et résignés pour l’aider à consolider la dictature familiale caractérisée par le népotisme, le clientélisme, le favoritisme.

Il est vrai que la menace islamiste dans le pourtour sahélo-saharien, l’instabilité en Libye, le problème du Darfour et la chute de Omar Al Béchir, au nord du Nigeria, la situation en RCA constituent des menaces incontestables pour la sécurité extérieure du Tchad, mais la politique régionale volontariste et la diplomatie « tout azimut » au Moyen Orient développées par Idriss Deby sont préméditées et fondées sur la recherche d’une notoriété personnelle et d’une contrepartie financière au détriment des intérêts du peuple tchadien.

Pratiquement mis au ban de la communauté internationale, particulièrement au niveau régional, Idriss Déby s’est servi des enjeux sécuritaires régionaux pour se présenter comme un acteur et un partenaire incontournable dans le combat contre notamment le djihadisme dans la région sahélo saharienne. 

Il s’est engagé en appui aux forces d’intervention françaises « Serval » au Mali pour assurer la sécurité et la survie de … sonrégime. On se souvient qu’à l’époque, le président François Hollande, boudait certains chefs d’Etat africains sous prétexte d’en finir avec la France-Afrique. 

Sous tous les régimes, le courage des soldats tchadiens et leur efficacité ont été démontrés sur de nombreux champs de batailles au cours de l’histoire du pays. 

Mais parce qu’il n’y a pas d’armée nationale digne de ce nom, homogène dans sa composition et son commandement, les forces armées déclinent avec les régimes, car toujours, au Tchad, « l’armée nationale » a été doublée d’une garde prétorienne, véritable armée dans l’armée : les Compagnies Tchadiennes de Sécurité (CTS) de Ngarta Tombalbaye, les Compagnies Parachutistes (ComPara) de Félix Malloum, la Garde Présidentielle (GP) de Goukouni Weddeye, la Sécurité Présidentielle (SP) de Hissène Habré, et maintenant la Direction Générale des Services de Sécurité des Infrastructures de l’Etat (DGSSIE) de Idris Déby.

Si et parce que le Tchad est un verrou stratégique au cœur de la bande de territoire sahélo saharien, entouré par des pays qui sont autant de foyers d’instabilité – Libye au nord, République centrafricaine et Cameroun au sud, Soudan à l’est, Niger et Nigeria à l’ouest, avec Boko Haram, la France va-t-elle continuer à porter à bout de bras le tyran tchadien sous prétexte d’assurer la stabilité ?

Et que pensent le gouvernement français de cet aphorisme de la révolution française : « La tolérance qui compose avec la tyrannie est barbare » ?

Mais c’est déjà le crépuscule du régime d’Idriss Déby. Et il annonce le chaos. Programmé. Car le jour où Idriss Déby va tomber, abattu par les siens, chassé par un « coup d’Etat » ou vaincu par une mort naturelle, la France va-t-elle continuer à jouer les gendarmes et assurer une « succession constitutionnelle », une « transition pacifique » ? Car il n’y a rien de moins évident que de voir le clan et ses généraux servir fidèlement une autre autorité. Cela s’est déjà vu au Tchad. La barrière de sable que constitue la frontière tchado-libyenne cèdera et ce sera toute l’Afrique centrale qui affectée. Avant qu’une nouvelle armée soit mise en place, la France sera seule à faire face à cette situation, aussi hypothétique qu’elle puisse être, même si, au Tchad, depuis et malgré l’indépendance, l’armée française est intervenue plus que dans n’importe quel autre pays. Mais cette fois-ci, elle sera bien seule, sans auxiliaire, et devra assumer et entamer ouvertement la souveraineté du Tchad. Pire encore MR. DEBY vient de bafouer le sacro-saint 59ème anniversaire de l’Indépendance du pays en lui substituant une fête religieuse tout en sachant que le pays est laîc. Cette nouvelle trouvaille complète amplement sa politique de division inter communautaire entretenu depuis bientôt 30 années.

Et la France qui n’a pratiquement jamais quitté le Tchad depuis sa colonisation, ne le quittera jamais parce qu’il occupe dans le continent noir une position géostratégique, à la charnière de l’Afrique du Nord arabo musulmane, du Soudan et de l’Afrique de l’Est anglophone, de l’Afrique centrale francophone, et de l’Afrique de l’Ouest et du Nigéria, ce qui avait fait dire à Jean-Marcel Jeanneney, ministre du Général De Gaulle : « Le Tchad est un immense porte avion ancré en plein cœur de l’Afrique ». D’où « Epervier » ! D’où « Barkhane » !

Et c’est en prévision de ce genre de situation que l’Union des Forces pour le Changement (UFC) –à ne pas confondre avec UFR-, a, dès le 2011 suggéré la tenue d’une conférence inclusive du gouvernement du Tchad avec toute l’opposition pour essayer de trouver une solution pérenne aux maux du pays, proposition qui est reprise depuis par la plupart des mouvements politico-militaires. N’Djaména n’a jamais pris en considération cette avance car là-bas, seul le potentat décide, et sa devise semble être : « Après moi, le déluge » !

            LE COORDINATEUR NATIONAL,

GAILETH – GATTOUL   BOURKOUMANDAH


         

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