Nous revenons sur le sujet de l’armée pour apporter quelques compléments par rapport à notre précédent papier afin de contribuer davantage à l’édification de ceux qui doutent encore. En effet le caractère extrêmement trouble de ce qu’on peut oser appeler armée tchadienne mérite un débat de fond même si le statu quo semble immuable.

 

L’armée est  l’organe essentiel d’un Etat, en ce sens qu’elle est le garant des institutions et gage de la sécurité et de la tranquillité de la population. Au Tchad de Deby, le conquérant qui a compris qu’il n’a aucune compétence, moins encore la chance de rester au pouvoir dans un pays démocratique et en paix, il a sciemment participé à la décomposition de cette importante structure de l’Etat. Tout ce qu’on appelle en jargon militaire, les grands corps (armée de terre, gendarmerie, garde nationale et nomade du Tchad) ont été confiés à des « généraux » handicapés physiques et intellectuels aux passés troubles, qui dans un pays normal doivent se trouver derrière les barreaux. Tous les postes de responsabilités se négocient avec ces « généraux » qui promeuvent les plus offrants.

 

En temps de guerre, c’est l’argent qui coule à flot et les tractations se font au sein des groupes ethniques. Certains autres « généraux » analphabètes  appelés conseillers jouent les « missi dominici » de Deby auprès de certaines communautés pour chercher ceux qui combattent mieux les rebellions. La DGSSIE, l’organe chargé de la sécurité du président est essentiellement composée de ressortissants BILIA de Amdjarass et dirigée par les fils de Deby. Ainsi Deby désorganise l’armée à travers les promotions tribales aux grades supérieurs et aux nominations. Ce qui de fait, exclut les anciens militaires de carrière et les condamne à l’abandon pure et simple au profit des bergers et des mercenaires débauchés des plantations de canne à sucre de Jazira au Soudan.

 

Ces nouveaux officiers sèment la terreur partout sur leur passage. Leur objectif unique est de se venger contre la nature qui les a privés de tout et depuis toujours. Se faire de l’argent est le principal moyen d’arriver à cette fin. Quand ils sont aux responsabilités, ils se servent des salaires et primes générales d’alimentation (PGA) des troupes ou vendent les matériels militaires en leur possession aux rebellions et aux trafiquants de tout acabit des pays voisins. Quand ils perdent ces privilèges, ils se transforment en fraudeurs avec leurs cortèges de malheurs et de spectacles bien connus des Tchadiens, ou encore ils sont braqueurs et les victimes et leurs proches ne savent à quel saint se vouer, à l’exemple de Hadjé Haoua (vendeuse d’or assassinée à Ndjamena). Quant aux services de sécurité, ils s’accommodent en attendant la décision ou l’indécision du « chef »

 

 Dans ces conditions, on peut aisément se demander s’il y a une armée nationale au Tchad et s’il y a même lieu de parler de démocratie et des élections. La question est de savoir avec quelle armée peut-on sécuriser un nouveau président qui sortira des urnes ? Les chefs des partis qui veulent candidater avec Deby aux prochaines élections et dont certains crient haut et fort a leur prochaine victoire sont, soit des génies qui peuvent nous surprendre, soit des rigolos accompagnateurs du non moins rigolo au pouvoir depuis plus de deux décennies.

 

IL y a un réel problème de sécurité au Tchad qu’il faille résoudre avant tout autre chose. L’instabilité institutionnelle entretenue depuis l’avènement du MPS au pouvoir est non seulement entrée dans les mœurs des Tchadiens qui l’acceptent la mort dans l’âme, mais devenue la règle pour les citoyens qui ignorent tout de la loi et de l’ordre.

 

L’effet boomerang de cette situation inédite dans un pays normal à de quoi surprendre même ceux qui l’organisent à l’exemple des événements de 2006 puis de 2008  qui ont failli emporter l’imposteur au pouvoir. Etant donné l’approximation intellectuelle et morale de Deby, nous restons persuadés qu’il ne peut pas y avoir deux sans trois et la troisième sera la bonne. Nous appelons donc les Tchadiens à se préparer pour l’après Deby dont les signes n’ont plus besoins d’êtres montrés.

 

Fait à N’djamena Le 19 Juillet 2014

Jeunesse ARDACHI

 

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