Depuis plusieurs semaines, l’UNDR et son chef sont redevenus la cible privilégiée du pouvoir. Sur tous les terrains, de complot en complot, la machine infernale de déstabilisation s’est remise en marche. Détruire l’UNDR par tous les moyens illégaux  et honteux, s’attaquer personnellement à son président voué aux gémonies et mentir sur tous les fronts, voilà les méthodes qui sont utilisées et sur lesquelles je reviendrai dans ce point de presse.

Je fais remarquer que les médias publics, comme d’habitude, sont amplement utilisés pour déverser la bile de mes détracteurs, afin de me nuire. Je souhaite donc que la HAMA, au nom de l’équité dans le traitement de l’information par les médias publics, veille à la diffusion de mes propos qui constituent un droit de réponse aux allégations largement diffusées de M. Nouredine Kassiré Coumakoye, Ministre d’Etat à la présidence de la République, et M. Mahamat Zen Bada, secrétaire général du MPS.

  • S’agissant de la position de Chef de l’opposition démocratique dont il ignore d’ailleurs l’appellation officielle, le Ministre d’Etat affirme sans rire qu’il est grassement payé, plus que les ministres. Cela est faux : depuis 2011 que j’ai accédé légalement et de façon légitime à ce titre, je n’ai pas bénéficié s’un seul franc de l’Etat pour le fonctionnement de cette institution, malgré un décret du Président de la République pris en 2015.

Mon rejet de la décision de la Cour suprême n’a donc aucun fondement financier, mais il se fonde sur les principes de droit. J’ai demandé à des avocats et juristes tchadiens et africains leur avis qui m’obligera. Pour l’heure, tous les avis sont convergents : la Cour suprême du Tchad n’a pas dit le droit. C’est pour cela que je confirme ma position de Chef de l’Opposition Démocratique. Puisqu’aucune voix de recours n’est possible en l’état, j’ai demandé à mes avocats de préparer la saisine de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples qui est un organe de l’Union Africaine. En attendant, le Ministre d’Etat devrait savoir que : la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême n’a pour compétence que le contrôle de la constitutionnalité des lois et ne peut donc pas rendre de décision en interprétation d’un texte ; qui plus est, la Chambre s’est cantonnée aux dispositions de l’article 7 de l’ordonnance 40, alors que l’article 8 dispose clairement que : « le mandat du chef de l’opposition démocratique couvre toute la durée de la législature ». La désignation du Chef de l’opposition démocratique découle du résultat des élections législatives, et non d’un acte administratif. La variation du nombre de députés ne saurait remettre en cause cette position.

Pour le reste, mon « frère » Kassiré est constant quand il se fourvoie dans une matière dont il est déconnecté depuis belle lurette et, faute d’argument de droit, il fait le bouffon : l’auteur de « la chèvre broute là où elle est attachée » a enrichi son vocabulaire par la « mangécratie » dont il reste un adepte convaincu.

Le 6ème congrès de l’UNDR vient de démontrer sa vitalité à la face du monde, et évoquer des « départs  en cascade » en son sein relève d’une pure hallucination puérile. M. Kassiré dont le parti n’est plus qu’une coquille vide sait de quoi il parle, s’agissant des départs en cascade, lui dont le nombre de militants se compte sur les doigts d’une  seule main et ne doit sa survie qu’à la « mangécratie » (le verbe manger est revenu une dizaine de fois dans ses propos devant la presse). A l’UNDR, nous ne savons pas conjuguer le verbe manger ! Vous l’avez d’ailleurs entendu dire : « nous au MPS ». A-t-il encore un parti politique ?

  • S’agissant de l’arrestation illégale et arbitraire de notre ami Andres Essono Ondo, secrétaire général équato-guinéen de la Convergence pour la Démocratie Sociale, parti d’opposition qui mène légalement ses activités en Guinée Equatoriale, M. Kassiré l’a traité de « chef rebelle venu acheter des armes au Tchad ». Cela est scandaleux, monstrueux, inacceptable et irresponsable. Quand on occupe de hautes fonctions d’Etat, on doit veiller à être à la hauteur de ses fonctions dans son langage et sa tenue.

Sur ce point aussi, le secrétaire général du MPS a confirmé ce que nous soupçonnions : ce sont les services équato-guinéens qui ont informé le Tchad de la présence de M. Essono qui est pourtant sorti légalement de son pays avec un visa tchadien, et est entré légalement au Tchad. M. Essono a passé une nuit à N’Djaména avant de se rendre à Mongo pour participer au congrès de l’UNDR (il avait déjà pris part aux congrès de 2014 à Moundou et 2016 à N’Djaména). La police tchadienne l’a « cueilli » à Mongo dès son arrivée et elle est incapable aujourd’hui, jusqu’à plus ample informé, d’apporter ne serait-ce qu’un début de preuve des allégations portées contre lui. Ce n’est pas avec 8 numéros de téléphone qu’on fomente un coup d’état !

Comme je le répète depuis le 12 avril, comment le Tchad peut-il accepter que la Guinée Equatoriale le traite comme un pays vendeur d’armes, et de munitions, et fournisseur de terroristes pour stabiliser les autres pays ? Cette affaire, rocambolesque et ubuesque à la fois, n’a pas encore livré tous ses secrets. Mais nous pouvons retenir que la Guinée Equatoriale semble maintenir ses accusations sur le Tchad, suite au coup d’état manqué de décembre 2017. Des dizaines de Tchadiens croupissent encore dans les geôles de Malabo et d’autres ont été assassinés. Le Tchad devrait plutôt demander des comptes à M. Obiang Nguéma.

En attendant, je reste convaincu par l’innocence de notre ami et je réitère que le Président de la République, trompé par les flagorneurs et les « batakoumbas » qui l’entourent, doit rester serein et juste, et ordonner la libération pure et simple de Mr. Andres Essono Ondo. Celui-ci ne peut pas être extradé, en regard du droit international auquel le Tchad adhère.

  • S’agissant du congrès de l’UNDR interdit à Mongo, le Secrétaire général du MPS a avoué deux choses : 1- c’est bien le gouvernement qui a interdit notre congrès et, 2-parce que « le Guéra est le fief du MPS » qui n’accepte pas que l’UNDR vienne l’y « défier ». Il est évident que cela pose le problème du libre exercice de la démocratie sur l’ensemble du territoire par les partis politiques. Ceux-ci devraient ils limiter exclusivement leurs activités dans leurs fiefs supposés ou imaginaires ? Comment peut-on, au nom de cette funeste logique, interdire à un parti politique légalement constitué de se mouvoir où bon lui semble au Tchad ?

Le gouverneur du Guéra, immédiatement après le départ de la délégation de l’UNDR de Mongo, a autorisé au MPS d’y organiser de grandioses manifestations. N’est-ce pas le même qui a écrit à l’UNDR que : « l’organisation des congrès, meetings et rentrées politiques dans la province du Guéra est suspendue jusqu’à nouvel ordre pour des raisons de sécurité » ?  A-t- on attendu notre départ pour ramener immédiatement la sécurité ? C’est une énorme duplicité qui pose la question de la dépolitisation de l’administration. Tant que les administrateurs et gestionnaires de la chose publique dépendront du MPS, notre démocratie ne connaitra aucune avancée. Et cela est gravissime.

C’est aussi le lieu de poser le problème de l’intrusion, illégale et inacceptable, de la chefferie traditionnelle dans les affaires politiques. Nous respectons nos chefs, ils doivent nous respecter et rester en dehors de l’arène politique. Je l’ai dit et je le répète, si les chefs traditionnels se hasardaient à prendre position pour un parti quel qu’il soit, nous nous donnerions les moyens de les combattre avec la dernière énergie, et cela fera mal.

Le pouvoir-MPS ne doit pas poursuivre sa politique de division qui oppose les communautés les unes aux autres. Garant de la stabilité du pays, le président Déby doit user de ses prérogatives pour rassembler les Tchadiens, quelles que soient leurs origines.

Nous sommes donc convaincus que l’ordonnance n° 038 portant création des unités administratives et des collectivités autonomes  est un mauvais choix. Car elle consacre la suprématie des régions vastes mais  sous-peuplées sur celles qui sont très peuplées mais de faible superficie. En matière électorale, c’est la population qui compte par son nombre, et ce principe doit être respecté au Tchad. La domination sur les autres régions par celles dites de l’extrême- nord, visible dans les nominations aux hautes fonctions civiles et militaires, est un scandale qui n’a que trop duré. C’est un phénomène qui crée des ressentiments porteurs de germes de profonde division. Le Tchad n’en a plus besoin.

  • S’agissant de la CENI, les membres ont prêté serment devant la Cour suprême, au pas de charge. Je voudrais dire ici de la façon la plus nette que cela ne vaut pas reconnaissance ou acceptation de l’illégalité du décret 216 portant nomination des membres de la CENI. Nous continuons de réclamer son abrogation par le remplacement des membres inéligibles qui s’y sont incrustés à la faveur de leur dévotion au MPS. On est membre du CNDP pour servir, et non se servir. Si, comme il l’a proclamé, le Président de la République souhaite l’organisation d’élections transparentes, il ne devrait pas à hésiter à corriger ce décret pour faire justice. Faute de cela, il endossera la responsabilité de mauvaises élections, et la crise politique ainsi ouverte ouvrira la voie à des contestations permanentes de nature à empoisonner l’ambiance politique dont notre pays n’a que trop souffert.

En conclusion, il apparait de ce que je viens de dire deux faits importants qui constituent une gangrène pour notre pays :

  • Le président Idriss Déby Itno continue de naviguer à vue et le pays s’enfonce inexorablement dans une crise aux conséquences multidimensionnelles. Lorsque les dirigeants d’un pays, confrontés au manque de gaz domestique par exemple, sont incapables de trouver des sources d’approvisionnement pendant plusieurs semaines, ils montrent leurs limites et devraient en tirer les conséquences. Et il en est de même dans tous les domaines. De quelque côté que l’on se tourne, c’est une colère diffuse et contenue qui ruine les Tchadiens dans leur existence. Les problèmes ne cessent de s’accumuler et M. Déby, tel qu’en lui-même, dominateur et méprisant pour son peuple, poursuit son exercice solitaire du pouvoir avec les conséquences dévastatrices qui en découlent. Le Tchad a totalement perdu sa crédibilité à l’intérieur et à l’extérieur et ne survit que grâce à l’aide extérieure. Il est temps que les partenaires au développement de notre pays reconsidèrent totalement leur attitude vis-à-vis du Tchad, avant qu’il ne soit trop tard.
  • Tous les problèmes que j’ai évoqués plus haut ont la même trame, l’absence du droit. Depuis 1990, le pouvoir-MPS a patiemment déstructuré l’Etat et sapé les fondements de la nation. L’Etat informel est devenu un non-Etat confisqué par une bande d’individus au patriotisme douteux qui l’ont mis à leur service exclusif. C’est ainsi que, pour ne citer que les exemples les plus spectaculaires, la Justice et l’Armée ne jouent plus leur rôle et sont au service d’une infime minorité. Les Lois de la République sont constamment foulées au pied, souvent par celui qui devrait en être le garant : le Président de la République lui-même.

Cela doit cesser car il s’agit de sortir tout un pays d’un marasme endémique, et ce sont tous les Tchadiens qui seront appelés à cette œuvre gigantesque pour sauver ce qui reste. J’en appelle donc à la conscience de tous les Tchadiens d’accepter ce sacrifice et d’organiser un Dialogue inclusif sans lequel rien de durable ne pourrait être entrepris.

N’Djaména, le 20 avril 2019

Saleh Kebzabo

Président de l’UNDR

Chef de file de l’Opposition Démocratique

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