Menacée de sanction à l’Union africaine, la junte au pouvoir à N’Djamena s’est employée avec succès à diviser les quinze membres du Conseil de paix et sécurité de l’organisation continentale.

Président de la commission de l’Union africaine (UA) depuis 2017, Moussa Faki Mahamat n’avait encore jamais assisté à une réunion du Conseil de paix et sécurité (CPS) au niveau des ambassadeurs. C’est chose faite. Le 11 novembre, il a présidé en personne les débats lors du CPS consacré à la situation au Tchad, reléguant l’habituel patron de ses sessions, le commissaire chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité, Bankole Adeoye, à un rôle de spectateur.

Comme certains médias l’ont très vite noté, à l’achèvement de cette réunion organisée en distanciel, le Tchad n’a pas été sanctionné par l’UA. Ce malgré les propos liminaires très durs de Faki (AI du 11/11/22) – ancien ministre des affaires étrangères du Tchad – et de ses multiples prises de paroles au cours des échanges. Il n’y a pas eu de vote à proprement parler, mais deux tiers des participants ont exprimé leur réticence contre toute sanction.

Le pays reste donc membre de plein droit de l’organisation continentale. La menace de sanctions planait sur le pays depuis la répression des manifestations du 20 octobre. Celles-ci avaient été déclenchées à la suite de la proclamation d’un gouvernement critiqué par l’opposition et l’annonce d’une prolongation de deux ans maximum de la transition.

Un bloc de pays non partisans des sanctions

Plusieurs éléments ont joué en faveur du régime de transition au Tchad, aux affaires depuis avril 2021. D’abord, plusieurs pays du CPS – habituellement composé de quinze membres – n’ont pas assisté aux débats. L’ambassadeur du Ghana, souvent prompt à rappeler les principes démocratiques, était par exemple absent. Du côté de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) qui a récemment désigné le président congolais Félix Tshisekedi comme facilitateur, c’est le ministre de l’intégration régionale, Didier Mazenga Mukanzu, qui s’est exprimé juste après Faki. Celui-ci a plaidé avec vigueur pour donner davantage de temps au pouvoir tchadien.

Enfin, le Nigeria, particulièrement inquiet de la situation au Tchad à ses frontières, a martelé la nécessité de ne pas déstabiliser davantage le pays. Il a largement influencé la position des membres de la région qu’il contrôle, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le cocktail mélangeant l’unité des pays de la CEEAC (le Cameroun et le Congo sont membres du CPS) faisant bloc contre toute sanction, l’anesthésie de la CEDEAO par le Nigeria, et enfin la solitude des pays de la Southern African Development Community (SADC, Namibie et Zimbabwe – l’Afrique du Sud ayant été plus terne dans ses propos), plutôt en faveur des sanctions, a fait échouer le souhait du président de la commission d’agir de manière ferme.

Africa Intelligence

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