La communauté catholique italienne de Sant’Egidio joue le rôle de bras diplomatique informel du Vatican, tout en œuvrant auprès des pauvres et des migrants.

Depuis 1986, cette communauté de laïcs rassemble chaque année des responsables du monde entier pour un sommet interreligieux. L’actuel sera clôturé mardi par le pape François lors d’une cérémonie au Colisée de Rome. Surnommée « la petite ONU du Trastevere » (du nom du quartier de Rome où elle est installée), Sant’Egidio, fondée en 1968 par de jeunes étudiants catholiques imprégnés de militantisme social, est devenue au fil des années une experte en négociations de paix et un des canaux de la « diplomatie de l’ombre » du Saint-Siège.

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« L’unique intérêt qui guide Sant’Egidio est l’intérêt pour la paix, il n’y a pas d’intérêts politiques, économiques ou stratégiques », souligne auprès de l’AFP Mauro Garofalo, responsable des relations internationales de la communauté. « En ce sens, elle se présente comme un acteur patient, flexible, disponible à l’écoute même pour de longues périodes, à l’inverse des dynamiques habituelles de la médiation internationale. »

Sant’Egidio fait irruption sur la scène internationale avec la signature, en 1992, d’un accord de paix au Mozambique qui met fin à 16 ans de guerre civile entre le pouvoir et la rébellion. Un accord obtenu à l’issue de deux ans de pourparlers, menés de façon informelle et discrète à Rome, sous l’égide de la communauté.

Guinée, Niger, Centrafrique, Tchad, Soudan du Sud… Au cours des dix dernières années, les « diplomates » de Sant’Egidio ont multiplié les intermédiaires pour offrir « des possibilités de dialogue à des pays en difficulté, soit politique soit institutionnelle« , explique M. Garofalo.

« Artisanat »

Cantonnée à quelques dizaines de personnes – une minorité sur l’armée de bénévoles qui la composent – la diplomatie de Sant’Egidio peut surtout s’appuyer sur la présence de ses communautés locales dans 73 pays, assortie d’un puissant réseau. Du Burundi à l’Algérie en passant par le Guatemala ou le Kosovo, de nombreuses délégations ont défilé dans le vieux couvent du Trastevere, où la communauté s’est installée en 1973, tandis que des délégations voyagent régulièrement aux quatre coins du monde, dans une grande discrétion.

« Sant’Egidio n’est pas une industrie mais un artisanat: nous sommes des artisans de la paix, comme le dit le pape François », insiste M. Garofalo. Mais la diplomatie parallèle n’est pas la mission première de la communauté. Née dans la foulée du concile Vatican II, Sant’Egidio poursuit avant tout et sans relâche un travail d’assistance aux pauvres et aux exclus, tout en œuvrant pour le dialogue oecuménique et interreligieux.

Sans-abri, handicapés, détenus, enfants des rues et des périphéries… La communauté s’investit dans des champs variés avec le but de « travailler pour la paix », une action reconnue en 1986 par le Vatican. En premier lieu à Rome où elle sert des repas aux pauvres, travaille à l’intégration des migrants ou des marginaux. Mais aussi en Afrique, en Amérique latine, en Asie, où elle dirige des programmes d’assistance, et où ses contacts sur le terrain lui permettent de jouer son rôle de médiateur.

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Très impliquée dans l’accueil des réfugiés, l’un des piliers du pontificat de François, elle organise depuis 2015 des « couloirs humanitaires » acheminant des réfugiés depuis la Syrie, la Corne de l’Afrique et la Grèce, une initiative récompensée en 2019 par un prix du haut-commissariat pour les réfugiés de l’ONU (UNHCR).

Le fondateur de la communauté, Andrea Riccardi, un Romain de 72 ans, en est encore aujourd’hui le principal visage. Professeur d’histoire dans plusieurs universités, dont la prestigieuse Sapienza de Rome.

Le VIF

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