C’est bien connu – et je vous défie de me prouver le contraire -, l’Afrique est championne du monde de la solidarité.

 

La solidarité africaine, on nous en parle chaque jour qui passe. Et l’on en vient à ceci : les Africains ont le monopole du cœur. La preuve ? Ils partagent le peu qu’ils ont, sans arrière-pensée, sans calcul, sans attendre un retour d’ascenseur. Ils sont altruistes. Sacrés Africains, votre générosité m’émeut jusqu’aux larmes. Je comprends pourquoi vous demandez toujours à mieux loti que vous, avec ce sourire dont vous ne vous séparez jamais, quelle que soit la saison, « un petit quelque chose ». C’est-à-dire, dans votre langue imagée, des espèces sonnantes et trébuchantes. Et vous lui donnez du « chef », du « patron » pour toucher son ego.

 

Mendiants, vous ? Lèche-bottes, vous ? Non : vous agissez au nom de la solidarité. Ce n’est pas pour rien que vous remerciez, la main sur le cœur, la tête violentant le sol, les présidents de nos Républiques et les rares rois que nous avons, quand ils inaugurent une quelconque réalisation. Pourtant, faire ce pourquoi ils sont là devrait être une évidence.

À moins que vous ne pensiez que l’argent qui a servi à réaliser ceci ou cela sort de leur poche. À mon époque, déjà révolue, nous parlions, en pareille circonstance, de la « magnanimité du président fondateur ». Pour vous rafraîchir la mémoire, le « président fondateur du parti-État, président de la République » s’appelait Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, grand donateur devant les ancêtres.

 

D’où viennent leurs moyens financiers ? Je vous laisse chercher

Dans nos pays, comme partout, nous avons celles qu’on appelle « premières dames ». Leur mérite ? Elles sont les épouses de nos chers présidents. Et elles sont, en général, sans emploi connu. Mais que font-elles, ces premières dames (en admettant qu’il y ait des deuxièmes jusqu’aux dernières dames) ? Chaque jour, elles nous comblent de bonheur : don de médicaments à un hôpital, don de quelques moustiquaires imprégnées aux habitants d’un quartier défavorisé, don de poupées blondes à une école maternelle, don de deux machines à coudre à des élèves d’une école de coupe et couture, don de trois chaises roulantes à des « personnes vivant avec handicap » (sic !), et j’en passe. Tout cela, je ne vous apprends rien, est très médiatisé. En plus, les premières dames ont, presque toutes, des fondations, un personnel, des bureaux où elles vont travailler et accorder des audiences à la veuve et à l’orphelin… Mais d’où viennent leurs moyens financiers ? Je vous laisse chercher.

 

Une source de mauvaise foi, comme il se doit, m’a pourtant révélé d’où la première dame de son pays tire les moyens de sa politique. Les femmes de tous les membres du gouvernement, des secrétaires généraux, des présidents-directeurs généraux, de tous les commis de l’État, s’arrangent pour récolter des fonds qu’elles donnent ensuite à la première dame.

Vous avez dit racket ? Ça y ressemble !

 

Altruisme ? « Non ! rétorque ma source de mauvaise foi. Elles ont simplement peur que leurs maris perdent leurs postes aux prochains remaniements du gouvernement, aux prochaines nominations. » Vous avez dit racket ? Ça y ressemble ! D’autres affirment que quelques premières dames sont liées à des réseaux composés, notamment, de prédateurs nationaux ou étrangers des économies de leurs pays. Tout comme certains de leurs présidents de maris. Vous avez dit unis pour le meilleur et pour le pire ?

 

 

Tshitenge Lubabu M.K.

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l’Afrique centrale et de l’Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

 

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