MANGA Jean-Bosco

Présentateur de l’Emission « Agora des Lettres »

Télé-Tchad Tél : +235 63 08 14 85

 

                                           N’Djamena, 03 Avril 2015

 

Objet: Protestation et intention de rupture du contrat de collaboration avec l’ONRTV

 

A Monsieur le Directeur Général de l’ONRTV N’Djamena Tchad Monsieur le Directeur Général,

 

     C’est avec pincement au cœur et grande déception qu’aujourd’hui j’ai décidé de briser l’omerta pour vous annoncer mon préavis de rupture de mon contrat de collaboration avec vous mais aussi et surtout pour vous exprimer ma vigoureuse protestation face aux multiples frustrations que je rumine en silence depuis 2012 où j’ai commencé à collaborer avec votre institution dans le cadre de cette émission littéraire que j’ai nommé « Agora des Lettres ». Et ce, dans l’optique de porter haut le flambeau littéraire du Tchad hors de nos frontières. Faire découvrir le Tchad autrement à travers ses filles et fils qui écrivent son histoire, son quotidien, sa culture, ses fictions, ses humeurs…

 

C’est avec plaisir que j’ai accompli cette mission et vous m’aviez vu au pied du mur. Mais je commence à désenchanter pour plusieurs raisons, et j’estime que la frustration est poussée au zénith avec ce qui s’est passé le 2 Avril 2015. Primo, il est inadmissible que je sois votre collaborateur depuis 2012, même externe soit-il, vous ne m’avisé jamais du changement dans la diffusion de l’émission que j’anime. Excepté les programmes spéciaux des évènements bien connus, nous sommes souvent surpris, moi et mes collaborateurs (Réalisateur et Chargé de Production), de constater le changement brusque de la diffusion de l’émission, directement à l’antenne, soit parce qu’on a improvisé un programme spécial sur instruction, soit du Ministère de tutelle, soit de la Primature, soit de la Présidence ou soit parce qu’on a décidé simplement de faire passer une autre émission en lien avec « La Renaissance », et tenez-vous bien, sans que ni moi, ni mon réalisateur, ni mon chargé de production ne soyons au courant. Quel manque de respect et d’égard pour ceux qui déploient, chaque semaine, de l’énergie pour avoir de quoi à occuper cette tranche ?

 

Bien plus, je me demande si vous tenez vraiment compte des milliers de téléspectatrices et téléspectateurs que nous avons réussi à fidéliser depuis que cette émission est entrée dans la grille et diffusée en 2013. Le comble est celui du 2 Avril 2015 où, semble-t-il, sur instruction de la Présidence de la République (le bon prétexte), l’émission tournée avec Monsieur Abderaman Koulamallah, citoyen tchadien, sur son ouvrage intitulé : ‘’La bataille de N’Djamena : 2 Février 2015’’, a été retirée de l’antenne et remplacée par une autre émission sans que ni moi, ni mon réalisateur, moins encore mon chargé de Production ne soyons au courant. Pourtant, vous n’êtes pas sans savoir que beaucoup de téléspectatrices et téléspectateurs, à tort ou à raison, accordent peu d’intérêt à la Télé-Tchad, en raison de son contenu peu varié, monotone et nous autres, utilisons les réseaux sociaux, notamment notre page Facebook, composée de milliers d’ami (es) pour sensibiliser les gens à suivre notre télévision nationale afin de découvrir les potentialités littéraires inestimables que notre pays regorge. Il est vrai que nous ne pouvons décider du contenu des émissions à faire passer à l’antenne, mais rien n’empêche que nous puissions être contactés sur des changements éventuels ou sur une quelconque censure de notre émission. Même à ce niveau aussi, rien ne vous empêche de choisir et rediffuser les émissions existantes pour continuer à fidéliser les téléspectatrices et téléspectateurs habitués déjà à cette tranche. Et d’ailleurs, moi et mon équipe avons toujours pris l’habitude de garder des émissions en boite. Il suffisait juste de nous informer pour que le problème soit réglé, sans aucune frustration.

 

Parlant même de l’émission de Monsieur Abdraman Koulamallah en question, à moins qu’il y ait d’autres considérations politiciennes que j’ignore, mais jusqu’à preuve du contraire, je ne trouve aucunement compromettant ce qu’il a dit dans cette émission. Je pèse et j’assume mes mots. Et comme je l’ai toujours fais depuis que cette émission existe, nous sommes restés avec l’auteur dans le contexte littéraire de l’émission, autour de son ouvrage. N’appartenant à aucun courant politique, je ne crois pas être entrain de jouer, un seul instant, un quelconque sale jeu dans ce sens. Mais à vrai dire, comprenez une chose : ce pays là nous l’aimons aussi. C’est notre Patrie à nous tous, et nous n’avons aucune raison de le détruire de quelques manières que ce soit. Ce n’est ni mon intention et cela n’est pas non plus l’intention de Monsieur Abderaman Koulamallah, mon invité.

 

L’expression plurielle est une richesse et une force pour notre jeune démocratie que nous œuvrons tous, au quotidien, pour sa perfection. Et je ne crois pas, à mon humble avis, que même le Président de la République accepterait un seul instant de censurer cette émission s’il l’avait suivi.

 

Je ne peux comprendre qu’on laisse le livre circuler librement dans librairie où la vente se fait massivement depuis quelques mois et qu’on censure une émission qui ne parle que du contenu.

 

Secundo, vous feignez ignorer mon sacrifice quotidien pour faire survivre cette émission. C’est ma passion pour les Livres et ma ferme volonté de faire rayonner notre pays au-delà de nos frontières, à travers nos auteurs cachés qui font des publications impeccables.

 

En effet, les frais de production ne tombant que par accident, avec un modique forfait de 75.000 F (soixante quinze mille francs) CFA, je me suis donné, beaucoup donné, le sacrifice ultime parfois pour faire ce que je pouvais, en grignotant souvent sur ce maigre forfait, payé mensuellement, pour supporter même les charges consécutives au tournage de l’émission, notamment l’achat des livres, mon déplacement, les crédits de communication pour contacter mes invités et les collaborateurs, les rafraichissements parfois lors des séances de préparation avec les invités. Je n’ai bénéficié d’aucun franc de crédit d’appel depuis 2012 et je continue à faire tourner l’émission pendant que certaines émissions cessent dès qu’il n’y a pas le fameux frais de régie. Avec, tout au plus (2) deux complets vestes et deux (2) jalabia par an, je dis bien par an, pour une émission hebdomadaire, je faisais tourner l’émission, bon gré, mal gré jusqu’à atteindre 48 (quarante huit) émissions en 2014 avec (1) un complet veste et (1) un complet jalabia. Malgré tous ces efforts, ces sacrifices énormes, avec les moyens de bord parfois, l’ONRTV qui récompense des émissions pour leur régularité avec des Prix d’Excellence a magistralement ignoré même que «Agora des Lettre» faisait partie des émissions les plus régulières. Même si c’est le fait que je sois une personne étrangère à l’ONRTV justifiait le refus de reconnaitre ces efforts, les autres membres de l’équipe sont pourtant vos agents.

 

Pendant que certains font parfois du zèle iconoclaste pour être récompensé, positionné ou pour avoir de promotion, je faisais de cette émission une passion, parce qu’étant moi-même auteur, je trouve du plaisir à faire la promotion de la littérature dans notre pays. Tertio, à défaut de faire disparaitre cette émission que certains estiment, à tort ou à raison qu’elle fait ombrage à la leur ou parce qu’elle accorde une certaine liberté de ton aux invités, à plusieurs reprises, mon émission a fait l’objet de sabotage inouï. L’émission a été sournoisement combattue mais n’a survécu que grâce à ma détermination à rester professionnel, neutre, à ne rien mélanger comme d’autres le font souvent. Parfois, sur le banc de montage, des personnes mal intentionnées écrasent, à notre insu, les éléments capturés pour être montés, portant même la mention « Agora à ne pas effacer ». Le cas le plus récent date de la semaine passée, en fin Mars, où 2 (deux) émissions capturées et toilettés ont été écrasées. Pire, sur plus de 80 (quatre vingt) émissions réalisées par nos soins et diffusées depuis 2013, à peine une dizaine d’émission est archivée aujourd’hui. Des inconnus, de mauvaise fois, prennent le loisir d’écraser systématiquement les émissions qui sont pourtant un patrimoine impérissable de la Télé-Tchad, qui traverse le temps, de par leur contenu. J’estime très grave ces comportements vicieux et incompréhensibles qui asphyxient la créativité et l’excellence au niveau de notre télévision. Des personnes parrainées, semble-t-il, infestent le milieu et servent d’antenne en colportant des calomnies et de fausses informations à leurs parrains, pendant que sous d’autres cieux, les gens travaillent mains dans la main pour faire avancer le pays.

 

Le plus ridicule c’est que contrôle de qualité avant les diffusions consiste à vérifier si dans votre émission vous n’aviez pas critiqué le Président de la République, le Premier Ministre ou le Ministre de tutelle. La bonne émission c’est celle qui chante les louanges de ces derniers et les fait intervenir parfois en bonne place, au-delà de la durée normale d’un élément dans un journal ou dans une émission. Je ne peux m’aliéner jusqu’au point de me livrer à des professions de foi ridicule, juste pour le « gombo ». Il faut sauver le métier du journalisme. Il est noble, ce métier. Ne le réduisons pas à « l’alimentaire », au folklore et à la gloire des hommes qui passeront un jour, mais le Tchad, notre beau pays restera. La présente est donc pour protester contre tout ce que j’ai évoqué ci-haut qui me frustre, mais aussi elle est un préavis de rupture de collaboration à compter de la date de sa réception jusqu’à 30 Avril 2015 inclus pour prendre les dispositions nécessaires à mon remplacement à la présentation pour la pérennité de l’émission, mais sans le nom « Agora des Lettres » qui reste ma conception. En attendant une suite que vous accorderez à cette correspondance, je vous prie de croire, à l’expression de mes considérations distinguées.  

 

L’Intéressé Ampliation

– Directeur de la Télé-Tchad

– Sous-directeur des Programmes

 

 

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