Les membres de l’Union des étudiants et stagiaires tchadiens en Algérie qui tentent depuis lundi dernier d’occuper le siège de l’ambassade de leur pays afin de revendiquer une augmentation de l’allocation forfaitaire qu’ils perçoivent chaque année ont décidé de passer à la vitesse supérieure en entamant hier une grève de la faim.

Mohammed Abali, chargé de communication de ladite association rencontré hier aux abords de l’ambassade du Tchad, nous a indiqué que «certains étudiants qui protestent sont actuellement sans le sou et qu’ils sont déterminés à se sacrifier».

Il explique que les étudiants ont refusé de percevoir l’allocation forfaitaire distribuée par une délégation venue du Tchad pour faire pression sur les décideurs.

«Nous sommes une centaine à manifester devant l’ambassade depuis 7 h du matin. Certains étudiants on jugé que les sit-in quotidiens n’apportaient aucune avancée et c’est dans ce sens qu’ils ont entamé une grève de la faim. Cette action ne vise pas uniquement à améliorer nos conditions de vie mais également celles des futurs étudiants» a-t-il indiqué, se réjouissant néanmoins de la mobilisation qui s’opère autour de leur mouvement.

«Des étudiants tchadiens en Tunisie, au Sénégal vivent la même situation que nous et ont décidé de nous soutenir. Sur les réseaux sociaux, nous avons mobilisé des Tchadiens du monde entier, des journalistes se sont enquis de notre situation, nous réussissons à occuper le terrain médiatique», s’est félicité M. Abali.

Pour sa part, Issa Kellei, président de l’Union des étudiants et stagiaires tchadiens en Algérie déféré mercredi dernier devant le tribunal de Saïd- Hamdine et placé sous contrôle judiciaire suite à une plainte de l’ambassadeur du Tchad pour entrave au bon fonctionnement du travail d’un fonctionnaire, atteinte à la vie de l’ambassadeur et détérioration de bien public, a regretté l’absence de dialogue et s’est dit serein car convaincu de la légitimité de sa lutte.

«Notre lutte est juste. Nous réclamons une augmentation de l’allocation forfaitaire annuelle qui est équivalente à 75 euros par an ainsi qu’une bourse mensuelle conséquente. L’ambassadeur réclame mon expulsion pour faire de mon cas un exemple et dissuader les étudiants de manifester. Nous tiendrons le cap», a-t-il affirmé, expliquant que la détermination des étudiants est telle que malgré l’approche des examens, ils ont décidé de répondre présents. 


Le recours à la violence dénoncé 

Pour sa part, M. Saleh Hamid Heguera, l’ambassadeur du Tchad en Algérie en poste depuis six mois, nous a accueillis dans son bureau qui a fait l’objet d’importantes dégradations et s’est excusé du désordre qui y régnait.

En effet, les murs ont été tagués à l’effigie de l’association des étudiants tchadiens, les portes ont été endommagées ainsi que le mobilier. L’ambassadeur nous a indiqué que deux jeunes étudiants ont procédé à ces détériorations, dont Issa Kellei.

«Le 29 avril, deux individus dont M. Kellei se sont introduits illégalement dans mon bureau aux alentours de 6 h pour commettre ces actes répréhensibles. Ils ont même abusé de notre ligne téléphonique internationale et ont pris certaines coordonnées», a-t-il précisé.

Interrogé sur la pertinence des revendications des étudiants, il a tenu à nous faire une mise au point et nous a expliqué que sur un ensemble de 700 étudiants tchadiens, seuls 300 sont en Algérie dans le cadre d’un programme de coopération bilatérale et sont reconnus officiellement par l’Etat tchadien.

Cette reconnaissance leur permet de bénéficier d’un complément de bourse équivalent à 150 euros par an. Ils sont bien identifiés et une commission de paye est en ce moment présente en Algérie afin de leur verser cette somme.

«L’Algérie nous a offert un grand service en formant nos jeunes. Chaque année, elle intègre entre 40 à 75 étudiants boursiers et soutient même les étudiants qui ne sont pas intégrés à notre programme de coopération. Les 400 étudiants restants sont venus par leurs propres moyens et ne bénéficient d’aucune bourse ni d’aucun avantage. Néanmoins, il y  a deux ans, notre ministère des Affaires sociales a accordé une bourse de 500 euros à chacun des 700 étudiants tchadiens. C’était une aide exceptionnelle», a-t-il indiqué, soulignant qu’aujourd’hui, les étudiants qui manifestent sont ceux exclus du système boursier et qui réclament leur intégration dans ce programme ainsi que le versement d’une nouvelle aide conséquente.

«Les étudiants boursiers, eux, n’ont pas manifesté ; d’ailleurs, plus des deux tiers ont perçu leur bourse. Intégrer les non-boursiers prendra du temps, mais je pense qu’on y arrivera d’ici peu. Je suis conscient que le coût de la vie est élevé en Algérie et c’est dans ce sens que j’ai fait un rapport aux autorités compétentes il y a trois mois afin qu’une bourse mensuelle de 50 euros soit accordée aux étudiants. La démarche est en attente mais c’est une longue procédure car elle est liée aux années budgétaires, et plus de 10 000 Tchadiens étudient à l’étranger», a-t-il expliqué.

Le diplomate a regretté la méthode employée par les étudiants et assuré n’avoir jamais fermé les portes du dialogue. Il en veut pour preuve ses différentes rencontres avec les membres des associations étudiantes depuis son arrivée en Algérie.

«Je suis un homme de dialogue ; ce qui m’a choqué, c’est la violation de notre ambassade et les menaces de mort proférées à mon encontre. J’ai porté plainte contre des individus qui, une fois libérés, manipulent les étudiants pour occuper l’ambassade et n’ont jamais demandé à dialoguer. Au contraire, ils ne cessent de me menacer de me prendre en otage. Je tiens à souligner que je n’ai jamais exigé l’expulsion d’un étudiant et j’attends que la justice algérienne suive son cours et prononce une condamnation selon la gravité des faits. Je ne condamne pas les manifestations mais les violences qui ont été commises», a-t-il tenu à relever.


S. B.
 
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