Communiqué du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique,


Une forte répression s’est abattue, mardi 11 novembre, à l’encontre des élèves et des enseignants tchadiens. Leur seul tort : avoir choisi la manifestation, comme voie de recours pacifique pour réclamer leurs droits dans un pays où les autorités sont connues comme peu respectueuses des engagements souscrits avec les partenaires locaux. Ce jour-là, les élèves des collèges et lycées ainsi que leurs enseignants, excédés par le poids de l’injustice sociale, « la cherté de la vie, la pénurie de carburant ou le retard des salaires »[1], ont décidé de manifester dans les rues de Ndjaména[2], à Sarh et à Moundou au sud du pays. Dans leur colère, ils ont saccagé des édifices publics. Les autorités tchadiennes qui, depuis l’arrivée au pouvoir d’Idriss Déby il y a 24 ans, refusent d’accorder aux populations tchadiennes, le droit de manifester, ont recouru aux moyens répressifs pour éviter que les contestations ne se propagent.

Selon les informations dont nous disposons, à N’Djamena, deux élèves ont été tués par les forces de l’ordre, à Sarh, deux élèves ont été tués et deux autres ont été écrasés par une citerne d’arrosage de l’armée. Ces manifestations, ont fait entre 6 et 10 morts[3], de nombreux blessé-e-s, des interpellations et arrestations arbitraires dans les rangs des élèves, des enseignants et autres citoyens qui ont rejoint le mouvement de contestation populaire dans ces trois villes. Des vidéos en notre possession, attestent que cette journée du mardi, a été marquée par une extrême violence. Filmée par une caméra, une fille tchadienne a déclaré que les militaires ont tiré sur elle, alors qu’elle se trouvait devant son domicile [4].

Pour intensifier et prolonger la répression, depuis le mardi 11 novembre, les autorités tchadiennes ont privé les populations des villes et quartiers frondeurs des communications avec l’extérieur. L’internet et une grande partie des téléphones ont été coupés [5], ainsi que les transferts d’argent. Les coupures de communications concernent plus particulièrement la société civile engagée et les dirigeants des partis d’opposition démocratique[6], ce qui révèle techniquement des filtrages ciblés associés à une surveillance en direct des communications[7]. La liberté de la presse au Tchad est minimale et il n’existe pas de media indépendant du pouvoir ; les politiciens, militants et journalistes peinent à communiquer des informations à leurs correspondants à l’étranger.

  

Idriss Deby doit la longévité de son pouvoir, non seulement au soutien et à la mansuétude de la France, mais aussi et surtout à une armée clanique répressive et violente. Cette répression disproportionnée a été organisée sous les yeux des partenaires étrangers et internationaux du Tchad [8], qui disposent dans le pays, d’une présence militaire renforcée sous prétexte de « lutte contre le terrorisme », en particulier les forces françaises depuis l’arrivée en août 2014 du commandement opérationnel de Barkhane à N’Djamena, à la suite de l’opération Epervier qui était présente depuis 1986.
 

Depuis l’intervention de son armée en 2013 au Mali, Idriss Deby, appuyé par les autorités françaises, a réussi à s’imposer comme interlocuteur au sein de la communauté internationale. En particulier, l’Union européenne, mettant en œuvre sa Stratégie pour la Sécurité et le Développement dans le Sahel, a annoncé en novembre 2013 un renforcement de l’aide au développement au profit du pays pétrolier qu’est le Tchad, au travers d’un appui financier de 442 millions d’euros pour la période 2014-2020, dans le cadre du 11ème Fonds européen pour le développement (FED)[9], sans garanties préalables sur les critères qui fondent la démocratie et l’Etat de droit.
 

Acquérir la liberté de manifester et la liberté de la presse constitue un défi majeur pour les organisations de la société civile, les journalistes, les partis politiques et les citoyens en général qui sont actuellement privés de leurs droits fondamentaux[10]. Sans ce minimum d’Etat de droit, une démocratisation est impossible. La communauté internationale, témoin silencieux, est aujourd’hui réengagée dans une collaboration avec Idriss Déby qui depuis 2013 est redevenu un interlocuteur sans avoir fait une concession visible ou déterminante au Tchad au niveau justice, droits humains, liberté d’expression, ou processus électoraux.

Face à ce contexte lourd de menaces pour la sécurité des opposants, des militants, des journalistes et des citoyens tchadiens [11], le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique :

 

Description : http://www.electionsafrique.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif Apporte son soutien à la population et aux organisations sociales et politiques tchadiennes dans leurs revendications de justice sociale, de droits humains, de liberté et de démocratie,

Description : http://www.electionsafrique.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif Dénonce le caractère répressif des forces de l’ordre tchadiennes réputées pour leurs violences et bénéficiaires d’une totale impunité,

Description : http://www.electionsafrique.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif Réclame l’arrêt de la répression, des arrestations et la libération des personnes interpellées,

Description : http://www.electionsafrique.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif Demande aux autorités françaises de condamner la répression et de s’exprimer clairement en faveur de la liberté d’expression et de la liberté de manifester, de l’instauration de l’Etat de droit et de la démocratie au Tchad,

Description : http://www.electionsafrique.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif demande à l’Union européenne d’exiger de l’Etat tchadien, en toute transparence, des garanties sur l’utilisation du budget du Fonds européen pour le développement (FED) dans le sens d’un renforcement rapide de la démocratie et de l’Etat de droit[12].


Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique :

 

23 signataires (22 le 17.11 + 1 le 18.11): Forces vives tchadiennes en exil, Rassemblement National Républicain (RNR, Tchad), Ca suffit comme ça ! (Gabon), Amicale Panafricaine, Plateforme panafricaine, Comité d’Action pour la Conquête de la Démocratie en Centrafrique (CACDCA), Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), Union pour le Salut National (USN, Djibouti), Alliance Nationale pour le Changement Ile-de-France (ANC-IDF, Togo), Mouvement pour la Restauration Démocratique en Guinée Equatoriale (MRD), Union des Populations du Cameroun (UPC), Conseil National pour la Résistance – Mouvement Umnyobiste (CNR-MUN, Cameroun), Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise (CODE, Bruxelles), Afriques en lutte, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Sortir du Colonialisme, Survie, Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA), Nouveau Parti Anticapitaliste, Ensemble !, Parti communiste français, Parti de Gauche, Europe Ecologie les Verts.

 

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