Il fallait s’y attendre. Le traditionnel discours de la fête du MPS a été une fois de plus l’occasion pour le chef de l’Etat Idriss Déby de prendre les Tchadiens pour des gros imbéciles en racontant les mêmes gros mensonges qu’il ne cesse de réitérer depuis 23 ans. Il n’a pas entièrement tort de se comporter ainsi d’autant plus que depuis toutes ces années il mène par le bout du nez, avec une facilité déconcertante, toute une population désespérément résignée à attendre la fin d’un calvaire qui ne viendra peut-être jamais. La Renaissance est en marche. Et elle est partie pour durer encore au moins jusqu’en 2025, « horizon » fixé par Déby pour faire du Tchad un « pays émergeant ». Vous savez quoi ? « Atteindre l’horizon » est tout simplement mission impossible pour tout esprit bien constitué. Mais au Tchad, l’adversité nous a appris à espérer sans attendre.


Il reste que, parfaitement conscient de lourds soupçons de népotisme et de détournements de deniers publics qui pèsent aussi bien sur lui, que sur sa famille et leurs amis, le président Déby n’a même plus le courage de regarder les Tchadiens dans les yeux pour se justifier.


C’est donc tête baissée, regards fuyants et voix chevrotante, qu’il a encore bégayé, ce 20 décembre  2013 à Bongor, un discours complètement décousu comme à l’accoutumé  pour ressasser, toute honte bue, les mêmes calembredaines ridicules devenus insipides à force d’être répétés sans jamais être suivis d’actes concrets.


Il en est ainsi de l’éternelle litanie sur « des pratiques encore vivaces qui annihilent les efforts et gangrènent notre économie » et qui, selon Déby, ne sont ni plus ni moins que « la corruption, la concussion, les passe-droits, les dessous de table, le favoritisme et le détournement ».


La mauvaise foi a aussi des limites. Et Déby est forcé de constater que ce phénomène, dont il est le principal instigateur, devenu avilissant pour lui-même et pour sa famille, contribue en outre « à la baisse des recettes de l’Etat ».


Mais de quelles recettes parle-t-il ? Il ne le dira jamais dans son discours décousu. Si, très récemment, il a dévoilé que 30% des recettes annuelles de l’Etat sont accaparées par des fonctionnaires et ministres véreux (tous les ministres, a-t-il précisé), les Tchadiens ont néanmoins compris qu’il s’agit bel et bien des recettes fiscales et douanières qui ne rentrent plus au Trésor public parce que entièrement contrôlées par ses propres frères, cousins et neveux à qui il en a confié illégalement l’administration et la gestion. Les recettes fiscales et douanières ont toujours représenté une part importante de l’ensemble des recettes du Tchad, pays entièrement dépendant de l’importation, tous types de produits confondus. Ce sont donc des milliards de Fcfa qui prennent des destinations inconnues chaque année.


Pourquoi Idriss Déby fait-il mine de s’étonner subitement que les caisses de l’Etat soient vides lorsque lui-même (revenus pétroliers), ses frères, sœurs, neveux, nièces (recettes fiscales et douanières) ainsi que leurs amis (fonds publics) assurent une mainmise de fer quasi-obsessionnelle sur toutes les sources des recettes ?


C’est un mensonge de plus qui ne trompera personne que d’affirmer qu’il « réitère » son « engagement de mener une lutte sans merci contre les agents indélicats de l’Etat et les opérateurs économiques qui échappent au fisc avec une tolérance zéro ». 


De la poudre aux yeux superflus, tellement les Tchadiens en ont reçu au visage et au nez durant ces 23 années de banditisme institutionnalisé. Idriss Déby a livré tout le pays entre les mains d’une clique de rapaces qui, de la gouvernance d’un Etat, n’en maîtrisent que les techniques de détournement de biens publics.


Le jour où Idriss Déby, « pour prévenir et réprimer tous les abus et errements », aura laissé des juges intègres et compétents faire leur travail en jugeant tous ses proches (sans exception aucune) qui se sont notoirement enrichis grâce au détournement flagrant ou astucieux des deniers publics, alors ce jour-là, les Tchadiens l’applaudiront sincèrement et auront foi à « l’œuvre d’assainissement et de la moralisation de la vie publique » qu’il préconise.


Ce jour-là, le peuple aura l’impression que le chef a fait à peu près son devoir.

© Tchadoscopie 

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