Pour connaitre les circonstances, le mobile, l’arme et les auteurs de ce crime abominable, contre une femme de 68 ans, TCHAD TODAY s’est approché de son fils. Dans un entretien exceptionnel et exclusif, Ibrahim Mahamat nous dévoile toutes les pièces de ce puzzle de l’horreur. Voici son récit.

 

"LE JOUR OU TOUT A BASCULÉ

 

Lundi 10 février 2014. N’Djamena, il était 18 heures. Ma mère et ma sœur rentraient du grand marché à bord d’un taxi, qu’elles louaient mensuellement, des individus armés jusqu’aux dents, ont surgi brutalement pour stopper le taxi. Non loin de notre concession familiale. Les voisins étaient à la mosquée pour la prière du crépuscule (Maghreb).

 

L’OR DE LA MORT

 

Ma mère portait 33 kg d’or dont une grande partie appartenait à ses fournisseuses. Les braqueurs semblaient à ses trousses depuis le grand marché et ils ont probablement attendu le lieu et le moment propices pour surgir et assaillir. Ils ont tenté d’arracher l’or des mains de ma mère qui s’y est opposée et s’est débattue pour le conserver.

 

SEPT ASSAILLANTS ARMÉS JUSQU’AUX DENTS

 

Les assaillants étaient au nombre de sept à bord 4 motos neuves, sans plaques d’immatriculation, de marques Carter et Haojue. 3 des 7 assaillants étaient équipés d’armes de guerre, 2 kalachnikovs et 1 famas, un quatrième était armé de pistolet. 6 d’entre eux étaient enturbannés et le 7e homme était à visage découvert donc identifiable.

 

5 BALLES POUR TUER MA MÈRE

 

Face aux tentatives de ma mère pour conserver l’or, l’homme armé du Famas a tiré 5 fois sur elle, à bout portant. Puis il s’est emparé du butin avant de s’évaporer dans la nature, avec ses complices, sous le regard impuissant de ma sœur et du taximètre. Évacuée à l’hôpital général, ma mère, une veuve de 68 ans et mère de trois enfants, est décédée huit heures plus tard, de suite de ses blessures.

 

"Allô, MAMAN EST ENTRAIN DE MOURIR"

 

C’était ma sœur qui m’a téléphoné pour m’informer de ce qui s’est passé. Arrivé à l’hôpital, j’ai pu échanger quelques mots avec ma mère. "Si une partie de l’or n’appartenait pas à mes fournisseuses, je l’aurai cédé aux braqueurs. Mais, je ne pouvais pas laisser les biens d’autrui voler sans réagir." m’a-t-elle confié. J’ai vu ma mère agoniser et mourir. Les mots sont faibles pour décrire ce que je ressentais et ce que je ressens encore: une colère terrible, une frustration énorme et un profond sentiment d’injustice.

J’ai perdu mon père à l’âge de 3 ans et je venais de perdre ma mère, tuée par des hommes qui ne sont ni identifiés, ni arrêtés, ni jugés.

 

L’ENQUÊTE EST AU POINT MORT

 

Depuis six mois, l’enquête sur l’assassinat de ma mère n’a connu aucun progrès. Aucune arrestation et aucune perquisition. Alors que les auteurs d’autres actes criminels sont régulièrement arrêtés et exhibés à la télévision, les assassins de ma mère courent toujours.

 

LES CRÉANCIERS SONT À NOS TROUSSES

 

L’or volé à ma mère, au prix de sa vie, était de 33 kg soit une valeur marchande de 733 millions de F CFA dont 413 millions de F CFA appartenaient à des fournisseuses qui approvisionnaient ma mère. C’est dans le malheur qu’on reconnait ses vrai(e)s ami(e)s dit-on. Sur les 27 créancières, seules quatre, ont renoncé à l’éventualité d’un remboursement, en acceptant le principe du partage des pertes et des profits. Les autres réclament leur dû, car elles sont aussi ruinées. Perdre sa mère est pénible mais perdre sa mère avec ses biens et ceux d’autres personnes est vraiment insupportable.

 

JUSTICE DOIT ETRE RENDUE


Nous demandons au Chef de l’Etat d’impulser l’action judiciaire pour donner un nouveau souffle à l’enquête. Il a l’autorité politique et l’obligation légale de garantir la justice à tous les tchadiens. 
Au moment où notre armée intervient dans d’autres pays africains pour assurer la paix et la sécurité, les tchadiens ne comprendraient pas que dans leur propre pays, des criminels qui tuent de sang froid une vieille femme sans défense, avec des armes de guerre, soient toujours en liberté.

 

Nous appelons les médias indépendants et les défenseurs des droits humains de faire de leur mieux pour que justice soit faite.

Enfin, nous exhortons tous les tchadiens de bonne volonté de s’approprier cette tragédie et de nous soutenir dans ces moments difficiles pour que la loi soit la même pour tous et la justice soit au secours des plus faibles. Ce qui est arrivé à ma mère pourrait arriver à n’importe qui. Chacun doit en être conscient."


TCHAD TODAY

 

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