« Je ne suis pas demandeur d’une audience avec vous ! »

Après la cinglante gifle diplomatique qu’il a reçue du nouveau Président français, Idriss DEBY est dit-on, très fâché et prêt à en découdre avec François HOLLANDE.

 

L’annulation en dernière minute du rendez-vous a été mal digérée à Ndjamena ! Il faut rappeler que François HOLLANDE a tout fait pour éviter le premier des ITNO, exactement comme le choléra. Depuis son accession au pouvoir en mai 2012, il a reçu tour à tour Macky SALL, Ali BONGO, OUATTARA, ELLEN JOHNSON SEARLEF, Blaise COMPAORE, ALPHA CONDÉ, DIOCOUNDA TRAORE, SASSOU, JACOB ZUMA, ISSOUFOU, YAHY BONI, etc. Non seulement il a évité soigneusement le président – sultan, mais ses services diplomatiques ont résisté aux demandes pressantes, et au lobbying de tous les missi dominici grassement payés pour décrocher le précieux sésame.

 

Le lobby militaire a rappelé que le "mercenaire" Deby pouvait être encore utile, au Mali par exemple. Il a, déjà, à ses propres frais, ou plutôt, sur le dos du pauvre contribuable tchadien, rassembler des hommes à Moussoro, verser des primes motivantes pour qu’ils soient prêts à mourir pour la lutte contre le terrorisme. L’agenda surchargé du chef de l’État français a servi de prétexte pour repousser la poignée de main. Sans se démonter, DEBY lance ses troupes pour un rendez-vous en marge du Sommet des Nations Unies, Hollande refuse à nouveau. Idriss DEBY enrage et décide de ne pas se rendre aux Nations Unies, histoire d’éviter un second camouflet !

 

Le ministre des Affaires Étrangères M. FAKI y va et rentre, lui aussi, bredouille et très amer sur l’avenir des relations franco –tchadiennes. De retour à Ndjamena, le chef de la diplomatie tchadienne, sur les plateaux de la télévision nationale, fait une sortie, quelque peu alambiquée, sur l’engagement des troupes tchadiennes au Mali ! Plus rien n’est sûr. Le ton est en retrait pour des responsables qui avaient déjà attaché leurs dolo-dolos en direction du Nord Mali. Il y a 48h, l’Ambassadeur de France au Tchad transmet, par son canal un courrier relatif au "report" du rendez-vous entre DEBY et HOLLANDE, avec l’assurance que la « rencontre ratée » aurait bien lieu, au Sommet de la Francophonie à Kinshasa, au milieu du charivari général autrement dit. Ce fut le clou au milieu de la tête de DEBY.

 

Il convoqua le Secrétaire général des Affaires étrangères, en l’absence du ministre et lui demande dare-dare de répondre au président français qu’il n’est pas demandeur d’une rencontre avec lui et c’est pour cela qu’il boycottera le Sommet de la Francophonie qui commence dans 2 jours. Exécution. La rupture dans la Françafrique commencera-t-elle avec le régime Deby ? Possible. De nombreux dossiers polluent l’atmosphère entre Deby et Hollande. Il semble même qu’ils ne se soient jamais entretenus en tête à tête pendant l’entre – deux tours de l’élection présidentielle française, Idriss Deby a essayé de prendre contact avec des élus socialistes lors de sa visite pour le Sommet de l’Eau à Marseille, mais c’était l’ancienne garde mitterrandienne, aujourd’hui, à la retraite et sans aucun relai efficace. Le bilan chaotique et le désastre économique, dans lequel, est plongé le Tchad sous la coupe de Deby est une grosse béquille qu’il ne fait pas bon exposer quand on est socialiste puisque c’est un certain François Mitterrand qui organisa le coup d’État de Deby et le parraina jusqu’aux portes du palais. Il devait instaurer un régime démocratique avec comme corollaire, la liberté d’expression, la liberté de créer des partis politiques, des élections libres et transparentes et de pratiquer une bonne et vertueuse gouvernance. Au lieu du respect de cet engagement pris entre Mitterrand, le patron de la DGSE et lui-même, Idriss Deby, on assista à l’installation d’un Exécuteur, comme l’a si bien décrit feu VERCHAVE, dirigeant de l’Association SURVIE, à la tête de l’État tchadien.

 

Les opposants furent broyés à la kalachnikov, à la mine télécommandée, enlevée, livrés et exécutés et ce pendant plus de 22 ans dans l’indifférence générale des représentations diplomatiques, mais aussi des ONG largement intéressée par un régime devenu surliquide après l’exploitation du pétrole et qui pouvait, à coups d’euros, s’acheter des plumes serviles (jeune Afrique) et organiser sa légende. (Voir notre dossier « Zoom sur le régime Deby »). Le désastre économique, le gaspillage, la fuite des capitaux et l’organisation sophistiquée du pompage des revenus pétroliers par une Cour venue de tous les coins d’Afrique ont contribué à un détournement massif des deniers publics. Discours lèche-bottes, attributions de prix débiles, changement de nom, changement de Titre bref, la spirale du Fou. Pendant ce temps, le peuple tchadien assis sur une mare de pétrole fait la queue au Cameroun pour se soigner, cherche à partir au Soudan, en Tunisie, au Caire, pour des soins plus importants. Dans la ville, il n’y a pas d’eau ni d’électricité et les rationnements sont de plus en plus importants et déséquilibrés. Les contestations légitimes des travailleurs sont étouffées, écrasées, matées avec arrogance. L’élite politique, administrative et compradore a baissé les bras depuis longtemps, elle a entrepris une vaste OPA sur l’État tchadien : faux marchés, surfacturations incroyables, faux militaires, faux fonctionnaires, faux diplômes. Des trafics inimaginables, barrières douanières crées de facto, services de douanes et de fret parallèle, trafics de passeports diplomatiques, vente de postes internationaux à des non-Tchadiens, vols d’entrepôts et de voitures, braquages quasi quotidiens de citoyens, etc.

Cette offensive sur l’État et ses démembrements a été la solution trouvée pour éviter que les Rapaces ne dévorent tout. Les Rapaces étant les membres du clan d’Idriss Deby. C’est ainsi que des N’Djamenois nous expliquent qu’il n’ y a aucune autre solution, il s’agit si l’on peut, de s’organiser pour leur arracher quelque chose, de prendre notre part de ce pétrole ! Ce type est un Vampire, il a pris le pouvoir pour sucer notre sang et les Français le soutiennent. Quotidiennement, on te suit, on t’écoute, on te lit, on te menace, on corrompt tes parents pour te trahir. La seule chose qui peut lui échapper, ce sont nos fausses factures ! À cette déliquescence économique et la queue du peloton conservée jalousement par notre pays au baromètre des principaux indices de développement, il faut ajouter d’autres gros grains de sable dans la bouillie de Deby. Il s’agit de ses relations exécrables avec le nouveau pouvoir en Libye, le Nigéria se plaint de l’inertie envers Boko Haram, en fait, Lagos estime que les proches de Deby considèrent la secte terroriste comme une assurance vie pour leur régime d’où les nombreuses connexions et le laissez-faire. Dans notre dossier sur le Nord Mali, « Deby alias Bob DENARD », nous avons fait cas des réserves des responsables de la CEDEAO sur la participation tchadienne à la guerre au Nord Mali. A-t-on réellement besoin de lui ? (Bientôt un autre dossier sur le Nord Mali). Le largage de Hollande vient de l’analyse qu’on n’aurait, finalement pas, tant besoin de lui que le laissaient entendre les spécialistes de l’armée française. Surtout si les drones américains sont annoncés. Les Tchadiens ont eu la honte de leur vie, en entendant des responsables de l’Afrique de l’Ouest proposés que les troupes de Deby soient dissimulées avec les troupes du Niger pour faciliter leur acceptation par les Maliens et autres qui ne veulent pas du Deby à la ronde ! Que sommes- nous devenus ! Ceci pour dire que les clignotants sont rouges partout dans la sous-région. Le Soudan joue un double jeu savant et fin et ne ratera pas une bonne occasion de lui planter un second clou sur la tête. (Ne ratez surtout pas les révélations de la bombe A comme Amani Deby Itno dans quelques jours..). Sans compter que le procès annoncé de l’ancien président Tchadien HH suscite beaucoup d’interrogations et l’examen des projets régissant le statut du Tribunal présente un détail intéressant concernant Idriss Deby puisqu’il est fait allusion « à un Chef de l’État en exercice qui ne peut se prévaloir de son immunité. Ni du fait qu’étant un soldat, il aurait obéi à des ordres d’un supérieur hiérarchique ! » Nous y reviendrons en détail très prochainement.

 

L’affaire Ibni Oumar et l’action des députés socialistes Gaétan et Gorce ont dû peser, dans la balance, d’où cette politique de grand écart à l’égard de Deby. Soulignons que ces députés se sont sentis outrés par la démarche du ministre de la Justice du Tchad leur écrivant une lettre pour dénoncer leurs ingérences dans les « affaires intérieures tchadiennes ». Leur intense et discret lobbying est totalement passé inaperçu et a eu raison des ronronnant services diplomatiques tchadiens en France. La gifle a été retentissante, rue des belles feuilles, attention au cendrier ou au décret! Alors, ira-t-il ou n’ira-t-il pas au Sommet de la Francophonie ? C’est simple, on peut être sûr que, déjà, des rabatteurs ont proposé leurs services avec un discours d’enfer. Tenez, par exemple, quelques lignes dans Jeune Afrique pour dire que Deby a été l’homme du Sommet, que de nombreux responsables l’ont consulté, sollicité… Cela s’appelle les mesures d’accompagnement indispensables pour faire passer une pilule bien amère. Une Khoudé, comme on dirait au Tchad.

 

Alors le Président sultan des Itno va-t-il baisser la tête, et aller à Canossa ? Il l’a, tant de fois, fait, un de plus ne changera rien, commente t- on dans les allées du pouvoir. On imagine que si l’ambassadeur de France a balancé la lettre au président français, à Kinshasa, Deby aura du pain sur la planche, car les spécialistes de la politique française présentent François HOLLANDE comme un homme extrêmement rancunier ! Ça promet !

 

 

La rédaction de Zoomtchad

 

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