Les élus d’Europe Ecologie/Les Verts (EELV) sont à la politique ce que le chat de Schrödinger est à la physique quantique. C’est à dire qu’ils sont à la fois dans et en dehors de la majorité. Passons sur l’affaire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui déchaînent les passions en ce moment pour évoquer plus précisément les affaires militaires.

A l’automne dernier, que ce soit à l’Assemblée nationale ou au Sénat, les parlementaires écologistes ont ainsi voté contre le budget de la Défense pour 2014, en remettant en cause le “dogme” de la dissuasion nucléaire. Rien de bien surprenant à cette posture quand l’on connaît leur position – continue – sur ce sujet. Idem pour la dernière Loi de programmation militaire (LPM), avec un motif supplémentaire : celui du refus de l’article 20 (article 13 dans le projet) portant sur la surveillance des télécommunications.

Et, à l’occasion des débats concernant la prolongation de l’opération Sangaris, en Centrafrique, le co-président du groupe EE-LV à l’Assemblée nationale, François de Rugy, a livré une attaque en règle contre la “lune de miel franco-tchadienne”, déjà dénoncée par le député Noël Mamère. Il se trouve que, depuis l’intervention au Mali, le Tchad fournit un appui appréciable aux forces françaises. Et parfois au prix fort, comme lors de la bataille de l’Adrar des Ifoghas, où les militaires tchadiens ont subi de lourdes pertes pendant que d’autres contingents de ce que l’on appelait à l’époque la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) restaient en seconde ligne.

Quant à la République centrafricaine, le Tchad est l’un des principaux contributeurs de la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique), aux côtés, encore une fois, des troupes françaises. Or, pour François de Rugy, cette proximité “n’est pas sans susciter de nombreuses interrogations” et place la “France dans une position de relative dépendance vis-à-vis de N’Djamena, faisant du président Idriss Déby le nouveau pivot de notre politique en Afrique centrale”.

Premier grief adressé par le député écologiste : le rôle de N’Djamena dans la crise centrafricaine, qu’il accuse d’en être en partie responsable. “Sans la complaisance, voire le soutien actif du président tchadien Idriss Déby, les rebelles de la Séléka, dont un tiers sont eux-mêmes tchadiens, n’auraient pu s’emparer du nord-est centrafricain puis de Bangui. Et cette proximité, fondée sur des intérêts économiques et une appartenance religieuse commune, continue de faire des dégâts puisque les nombreux actes de collusion entre soldats tchadiens de la mission africaine et ex-rebelles de la Séléka alimentent les tensions”, a-t-il fait valoir.

Ensuite, François de Rugy a mis en avant les “méthodes autoritaires, répressives et inégalitaires, du président Déby, qui continue de s’attirer les foudres des associations de défense des droits de l’homme” et s’est interrogé sur “coût stratégique d’un tel partenariat dans la mesure où cette position de relative dépendance vis-à-vis du Tchad lui confère davantage de poids dans la conduite des opérations”.

Enfin, pour le parlementaire, “la décision de faire du Tchad le premier relais de la France dans la sous-région ne va pas de soi” et a pour “corollaire” de faire du “dispositif Épervier, situé à N’Djamena, le point d’appui des opérations menées en République Centrafricaine au mépris de toute logique économique” alors que, selon lui, le choix de Libreville, au Gabon, serait plus pertinent. Sauf que, et cela a sans doute dû échapper au député écologiste, les avions de l’armée de l’Air interviennent depuis N’Djamena sur deux théâtres d’opérations : Outre la Centrafrique, il reste encore celui du Nord-Mali, où les appareils français assurent, chaque semaine, encore 70 sorties en moyenne.

En outre, la priorité sera donnée désormais à la Côte d’Ivoire, pour des considérations pratiques, aux dépens du Gabon. Le ministre, Jean-Yves Le Drian, l’a annoncé en début d’année. Reste que le sentiment des responsables politiques et militaires tchadiens va à l’encontre de ce que dénonce François de Rugy. “Nos entretiens nous ont permis de déceler chez les responsables politiques et militaires une certaine amertume : ils estiment que la France ne leur a pas apporté de marques de reconnaissance à la hauteur de leur engagement (…) et de leurs sacrifices financiers comme humains”, avait en effet rapporté, le 22 janvier, Mme Patricia Adam, qui dirige les travaux de la commission de la Défense, après un déplacement à N’Djamena.

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