Après une session du Conseil des ministres de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) tenue le 5 décembre à Yaoundé, la capitale camerounaise a abrité la semaine dernière du 9 au 11 décembre un atelier de concertation des acteurs pour l’inscription de ce plan d’eau sur la liste du Patrimoine culturel mondial et sa désignation comme réserve de biosphère de l’Unesco. Proche des préoccupations des instances dirigeantes de la CBLT, cette initiative de l’Organisation des Nations Unies pour l’ éducation, la science et la culture (Unesco) vise la sauvegarde du lac Tchad, ou au mieux à le sauver de sa dégradation accélérée qui a vu sa superficie diminuer de plus de 26.000 km2 dans les années 1960 à moins de 5.000 km2 aujourd’hui, selon les estimations.

Créée en 1964 par le Cameroun, la Libye, le Niger, le Nigeria, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad, la CBLT, dont le siège se trouve à N’Djamena au Tchad, s’emploie notamment à remédier à cet assèchement à travers un projet phare de transfert des eaux depuis la RCA (où le lac Tchad prend sa source) en cours d’élaboration avec le soutien de nombreux bailleurs de fonds.

Pour ce projet qui date d’une dizaine d’années et qui bénéficie en l’occurrence de l’implication de la Banque africaine de développement (BAD) comme chef de file des bailleurs de fonds, deux options principales sont à l’étude, de l’avis des responsables du secrétariat exécutif de la CBLT : le transfert des eaux, d’une part, à partir du barrage de Palambo à quelque 60 km de Bangui, la capitale de la RCA, et d’autre part, à partir du barrage de Bria dans le Nord de ce pays.

Une des deux options semble l’emporter sur l’autre. Puisque, de l’avis de Boubakary Mana, le coordonnateur du projet interrogé par Xinhua, « le consultant nous a conseillés de nous pencher plus sur le barrage de Bria qui nous coûterait moins cher que le barrage de Palambo et qu’on limite le barrage de Palambo à la production de l’ hydroélectricité et au soutien de l’étiage pour permettre à la Centrafrique de pouvoir naviguer toute l’année sur l’Obangui et atteindre le Congo. »

A partir de ce barrage, 360 mégawatts d’énergie hydroélectrique pourraient être produits. Mais, explique M. Mana, « il y a des défis technologiques pour pouvoir faire le transfert à partir du barrage de Palambo pour des coûts très élevés. Quelquefois on s’ est rendu à 40, voire 500 millions de dollars pour pouvoir faire certaines options et l’hydroélectricité qu’on va produire à partir de ce barrage servira à 80% à pomper l’eau pour le transfert ».

La CBLT recherche une solution de barrage en trois objectifs : le transfert des eaux, le soutien à l’étiage pour permettre la navigation sur l’Obangui et la production de l’hydroélectricité. Avec Bria, distante de moins de 50 km du fleuve Chari qui fournit avec son affluent le Logone, seulement 20 mégawatts d’ hydroélectricité sont à réaliser dans une zone d’intense activité minière, donc à fort potentiel de développement socioéconomique, d’ après les études.

A en croire Boubakary Mana, la réalisation de cette option permet d’obtenir à moindre coût la même quantité à transférer via le barrage de Palambo. En dehors de l’aménagement de l’ hydroélectricité, décrit-il, les travaux devront aussi se traduire par le désensablement et la fixation des berges du Chari.

Une table de bailleurs de fonds est envisagée pour le premier trimestre 2014 à Rome en Italie. A cette rencontre, la Commission du Bassin du lac Tchad et ses partenaires financiers emmenés par la Banque africaine de développement débattront justement du projet Bria inscrit au Plan d’investissement quinquennal 2013-2017, assure-t-on au sein de cette organisation régionale.

“L’option secondaire qui est le projet d’amélioration de l’ hydraulicité du Chari, qui pourrait avoir les mêmes effets en termes hydrologiques également, a été inscrit dans ce plan d’ investissement. Les Etats membres ont financé les études de faisabilité de ce projet à hauteur de 6 millions de dollars, soit à peu près 3 milliards de francs CFA”, annonce en outre M. Mana.

“Dans le Plan d’investissement, explique par ailleurs le coordonnateur du projet, nous avons demandé et les chefs d’Etat ont accepté de contribuer à hauteur de 10% des contributions nationales des Etats membres à tout projet qui est inscrit au Plan d’investissement, en plus de ce que chaque Etat pourrait faire avec son secteur privé pour la sauvegarde du lac Tchad”, a-t-il affirmé.

Aucun délai n’est cependant avancé pour le début des travaux qui, de l’avis des responsables de la CBLT, dépendent des études d’ impact environnemental, social et économique réalisées par la Conférence internationale du Bassin Congo-Oubangui-Sangha et à valider par les gouvernements de la RCA et de la République démocratique du Congo (RDC). Après un premier financement de près de 45 millions d’euros, soit près de 25 milliards de francs CFA, octroyé en 2004 et toujours en cours d’exécution pour le Programme de développement durable du lac, la BAD a annoncé au mois d’août de cette année un autre appui de 180 millions d’euros dès 2014 au profit de Plan d’ investissement quinquennal 2014-2017.

“Nous avons engagé des actions qui commencent à porter des fruits et le niveau de dégradation commence à se stabiliser. C’est essentiellement des actions de sensibilisation, de restauration de l’écosystème et de renforcement des capacités, parce que si ce lac en est à ce stade actuellement, c’est parce que les populations n’ ont pas été éduquées en vue de sa sauvegarde”, a souligné à Xinhua le représentant-résident de la BAD au Cameroun, Racine Kane.

Selon un éclairage du coordonnateur du projet, “le projet transfert des eaux, le consultant nous a dit que ça ne pourrait augmenter le lac Tchad que d’à peu près un mètre, donc ça nous ferait à peu près 5.500 km2. Avec l’amélioration de la pluviométrie, certains disent qu’on est à peu près 7.000 à 8.000 km2. Donc, on va être dans les 12.000 à 13.000 km2. Ce qui est largement suffisant pour pouvoir envisager les actions de développement”.

“Arriver à 25.000 km2 comme dans les années 1960, poursuit-il, pour le moment ce n’est pas techniquement et hydrologiquement envisageable. Parce qu’il y a quand même des populations qui ont déjà investi les zones qui ont été délaissées par les eaux au fil des ans, donc de gros villages qui se sont installés”, a-t-il dit.

“Il ne suffit pas d’apporter de l’eau au lac Tchad. Un plan d’ eau, il y a l’évaporation. Et au lac Tchad, avec les températures, la profondeur n’est pas importante, elle est de l’ordre de moins de 5 mètres. Il y a une évapotranspiration de l’ordre de 3 mètres par an, sur les 5 mètres. Donc, il ne faudrait pas apporter de l’ eau qu’on ne pourrait pas utiliser, estime l’ingénieur. Par une démonstration rationnelle, il préconise au contraire d’ “envisager d’apporter de l’eau qui va soutenir les différents projets qui vont utiliser de l’eau et voir comment ces eaux pourraient alimenter la nappe phréatique qui pourrait être aussi une source d’approvisionnement en eau potable pour les populations “

D’après les statistiques, ces populations sont estimées à plus de 30 millions d’habitants. Officiellement, c’est l’enjeu de leur survie et des écosystèmes du lac qui mobilisent les attentions de la part des Etats membres de la CBLT et leurs partenaires financiers. C’est aussi la motivation poursuivie par l’Unesco dans son projet d’inscription de ce plan d’eau sur sa liste du Patrimoine culturel mondial.

Xinhua    

 

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