Après la mort de 10 de ses soldats en trois semaines au Mali, le Tchad a dénoncé le traitement "discriminatoire" réservé à ses troupes au sein de la mission de l’ONU. Et posé un ultimatum avant de "prendre les mesures qui s’imposent".

 

En première ligne dans la lutte contre les groupes islamistes armés du Nord-Mali, le Tchad dénonce la "situation de précarité et de discrimination" réservée à ses troupes au sein de la Minusma, la force de l’ONU dans le pays.

 

Vendredi 19 septembre, au lendemain de la mort de cinq de ses soldats dans le nord du Mali, le gouvernement tchadien a publié un communiqué dans lequel il "constate avec regret que son contingent continue à garder ses positions au Nord-Mali et ne bénéficie d’aucune relève. Pire, notre contingent éprouve des difficultés énormes pour assurer sa logistique, sa mobilité et son alimentation." Selon le gouvernement, le contingent tchadien est "utilisé comme bouclier aux autres forces de la Minusma, positionnées plus en retrait".

 

N’Djamena "interpelle les responsables de la Minusma et les invite à un traitement juste et équitable de tous les contingents mobilisés dans cette opération". Avant de poser un ultimatum : "Un délai d’une semaine est accordé à la Minusma pour opérer les relèves nécessaires et mettre à la disposition du contingent tchadien tous les moyens destinés à l’accomplissement de sa mission." "Passé ce délai, le Tchad se réserve le droit de prendre les mesures qui s’imposent", prévient le communiqué, sans toutefois préciser de quelles mesures il s’agit. 


"Du bétail pour les jihadistes"

  

Au Mali, des responsables du contingent tchadien ont exprimé les mêmes doléances. "Nous en avons marre ! La Minusma considère nos troupes comme du bétail pour les jihadistes. Ils nous considèrent vraiment comme des ‘moutons à sacrifier’. À Aguelhok, nos troupes dorment souvent dans leurs voitures", a déclaré au Mali un officier tchadien devant deux journalistes, dont celui de l’AFP. "À la date du 24 août, il n’y avait même pas une radio à Aguelhok pour communiquer avec les autres localités. C’est grave. Nous nous demandons si c’est parce que nous sommes des Noirs que nous n’avons pas droit aux mêmes mesures de protection que les autres troupes", a ajouté cet officier.

 

Un autre officier tchadien a dénoncé une "grande défaillance" dans la chaîne de commandement de la Minusma. "Même la manière d’annoncer la mort des Tchadiens est différente de l’annonce des autres morts", a-t-il estimé, affirmant que les blessés de la dernière attaque jeudi avaient été "trimbalés entre Aguelhok et Tessalit sans aucune coordination". Le dernier mot reviendra à N’Djamena, "mais si ça continue, nous allons plier bagages", a prévenu cet officier.

Cinq soldats tchadiens tués jeudi

 

Jeudi 18 septembre, l’explosion d’une mine au passage d’un convoi de la Minusma a coûté la vie à cinq soldats tchadiens et en a blessé au moins trois autres. Cette dernière attaque porte à dix le nombre de soldats tchadiens de l’ONU tués au Mali depuis le début du mois. L’un d’eux avait été tué et quatre autres blessés par l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule, le 14 septembre, dans la même zone. Le 2 septembre, quatre autres casques bleus tchadiens avaient été tués par une mine dans cette même région.  

 

Trois groupes jihadistes – Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) – ont contrôlé pendant près de dix mois le nord du Mali, d’où ils ont été en grande partie chassés par une intervention internationale en janvier 2013 initiée par la France. 

 

 

Avec AFP et Reuters

 

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