La crise sociale qui frappe, de plein fouet, notre pays, le Tchad, est la succession d’erreurs qui, elles-mêmes, découlent d’une gouvernance la plus mauvaise qu’un Etat ne puisse connaître. Gouverner, c’est, avant tout, prévoir. Parce conséquent, les arguments, qu’avance le gouvernement tchadien par-ci, par-là, en vue de faire diversion, ne sont guère recevables.


Oui, le prix des matières premières, dont celui du brut tchadien, est tributaire des fluctuations des prix sur le marché international. Raison pour laquelle, la règle élémentaire de gouvernance exige que la manne pétrolière, qui plus est, en période de forte demande, aurait dû servir en priorité à la formation des cadres et d’une main d’œuvre qualifiés, à créer les conditions propices à l’industrialisation du pays et à la diversification de l’économie. Or, rien de tout cela n’a été fait.


Les maigres et insignifiantes réalisations qui ont poussé, de gauche, à droite, toutes faites à la va-vite, sans qu’elles ne reposent sur aucune stratégie cohérente de développement, n’ont servi qu’à blanchir des détournements d’une envergure inouïe. Dans ce cas de figure, il est quasiment, impossible, de se taire et faire semblant comme si les choses marchent dans l’ordre.


Résolues de se rendre à l’évidence, les dirigeants tchadiens, à commencer par leur Chef Idriss Déby, qui dirige le pays d’une main de fer et assis sur un des régimes les plus autoritaires et fortement militarisés en Afrique, ne peuvent plus nier la faillite de l’Etat tchadien. Comme en témoignent leurs déplacements à l’étranger, à un rythme soutenu, en quête de fonds pour renflouer les caisses de l’Etat.


Toutes les explications du monde, quelles que soient les pertinences des arguments techniques et économiques avancés pour les soutenir, ne justifient pas à ce que notre pays, ayant engrangé plusieurs dizaines des milliards de dollars en exportant son brut, en l’espace d’une décennie, soit livré à la mendicité pour pouvoir payer les salaires des fonctionnaires et assurer le fonctionnement régulier de l’administration de l’Etat.


Poussant le cynisme, la supercherie et l’irresponsabilité à l’extrême, les dirigeants tchadiens, en premier lieu Idriss Déby, incompétents notoires, avaient, sans cesse, répété, ces dernières années, vouloir hisser le pays, à l’horizon 2025, sur la voie de l’émergence. A croire que l’émergence d’un pays se décrète et se réalise parce qu’elle est prononcée, à longueur de discours, à qui veut bien l’entendre.


Tous les maux, dont souffre notre pays, parmi lesquels la corruption généralisée, les détournements récurrents de fonds publics, les tripatouillages des textes, l’impunité totale dont jouissent les protégés du régime, le favoritisme et le népotisme sans bornes, les nominations et les promotions aux postes de responsabilité, dans toute l’échelle de l’administration publique et parapublique, sans considération essentielle des critères de qualification et de compétence, puisent leurs ressources dans la mal gouvernance qu’Idriss Déby a érigé, en plus de deux décennies au pouvoir, comme système normal de gouvernance.


Les rapports annuels 2016 du Pnud, des Institutions de Bretton Woods et de la fondation Mo Ibrahim, sur le développement humain et la mal gouvernance au Tchad, à paraître en fin d’année, donneront une lecture détaillée sur ce chaos qui se joue à huis clos.

 

Mahamat Saleh ABDERAHIM DAHAB

Activiste politique

 

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