REPUBLIQUE DU TCHAD                                                                                   Unité-Travail-Progrès 

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OPPOSITION POLITIQUE                                                                       

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POINT DE PRESSE DU CHEF DE L’OPPOSITION POLITIQUE

 SALEH KEBZABO

 

       N’DJAMENA LE 15 AOUT 2015


Mesdames et Messieurs les journalistes,

 

Chers amis,

 

Il me plait de recevoir la presse aujourd’hui, pour faire le point sur un certain nombre d’évènements nationaux. Notre pays, le Tchad, vient de fêter le 55ème anniversaire de son indépendance le 11 août. Comme à son habitude, le Gouvernement a improvisé cette célébration à Abéché, sans aucune préparation et à un coût excessivement élevé dont personne ne connaitra jamais le montant, puisque cela n’est pas le souci de ceux qui nous gouvernent. Avec tous les problèmes que notre pays vit ces dernières semaines, n’eût-il pas été plus indiqué, au lieu d’une fête grandiose, de demander aux Tchadiens de passer une journée de communion et de prières pour demander à Dieu de nous aider à surmonter nos difficultés ?

 

Car, en fait de problèmes, nous en avons énormément, surtout depuis que les extrémistes, sous couvert de l’Islam, nous ont imposé une guerre multiforme, d’abord loin de nos frontières, pour la transporter ensuite dans le pays, dans la capitale. Boko Haram qui se fait maintenant appeler Etat Islamique en Afrique de l’ouest, ne peut pas être combattu et vaincu uniquement avec des proclamations guerrières vantardes, mais aussi et surtout dans une unité et une solidarité nationales sans faille. Aucune armée aussi redoutable soit-elle, aucun arsenal juridique aussi dissuasif soit-il, ne peuvent venir à bout d’une organisation terroriste déterminée et aveugle comme l’est Boko Haram, si la nation elle-même n’est pas unie pour faire résolument face à un danger commun qui frappe aveuglément toutes les composantes du pays.


Le Tchad, tel qu’il est, ne peut pas vaincre cet ennemi, car le pays est profondément malade. Oui, le Tchad est malade, gangrené par les divisions ethniques entretenues, la mauvaise gouvernance dans tous les domaines, les injustices, l’impunité, la pauvreté voire la misère au quotidien. Au lieu de s’atteler à vaincre tous ces fléaux qui sont de leur fait, le Président Idriss Déby Itno et son gouvernement poursuivent leur course solitaire effrénée, en feignant d’ignorer les obstacles qui s’amoncellent sur leur chemin.


Oui, le 11 août 2015 aurait dû être une journée nationale de méditation pour les Tchadiens qui vivent la peur avec un ventre vide. Le défi d’un gouvernement responsable, avant la paix et la sécurité, c’est d’assurer le quotidien de ses concitoyens dans la justice sociale. Tous les pleurs, les gémissements… n’émeuvent personne. Aucune revendication n’est prise au sérieux. La seule réponse du pouvoir est le mépris ou la répression injustifiée, comme celle qui vient de s’abattre sur les leaders estudiantins dont le seul tort est de réclamer six à neuf mois d’arriérés de bourses. Ils ont tenté, à N’Djamena comme dans certaines villes de province, de marcher pacifiquement, on les en a empêchés par un déploiement massif de forces de l’ordre. Ils ont voulu organiser, à N’Djamena, une assemblée générale, elle a été assimilée à une atteinte à l’ordre public. Le président de l’UNET, seul à être maintenu en détention, a été mis sous mandat de dépôt pour être jugé la semaine prochaine.


C’est la nouvelle méthode inventée par le gouvernement pour déstabiliser toute velléité de contestation. Il en a été ainsi la semaine dernière, lorsque la police judiciaire, encore elle, a osé convoquer un député et des chefs de partis. Cela relève tout simplement, de ce mépris que le régime a pour ses dirigeants et ses élus. Je dis ici, de la façon la plus catégorique, qu’aucun élu ni un dirigeant politique de l’opposition ne répondra dorénavant à une convocation de la police, sous des prétextes fallacieux. Je demande à mes collègues de se concerter avant de déférer, ensemble et massivement, si cela devait se faire, à toute convocation. Le régime instrumentalise la justice et la police pour nous intimider et nous affaiblir, nous lui répondrons par notre détermination.


Ce régime, décidément, est de plus en plus autoritaire, dans ses habits de démocrate. Les libertés individuelles et collectives sont de plus en plus confisquées et les lois de la République foulées au pied. Les associations de la société civile sont sous surveillance absolue et leur marge de manœuvre de plus en plus réduite. Les médias privés et publics, travaillent dans des conditions de peur et de menace. Nous ne devons pas oublier la récente interdiction du périodique ABBA GARDE qui a définitivement disparu des kiosques, suite à une volonté présidentielle. Dans le même temps, la presse gouvernementale se résume en des organes de propagande et ne laissent qu’une portion congrue à l’opposition. Le gouvernement a programmé la mise en route, prochainement, d’une deuxième chaine de télévision, alors que la première ne remplit pas ses obligations et que la radio dite nationale ne couvre pas le pays.


Oui, le Tchad est malade, gravement malade. Nous vivons sur un tas de ruines patiemment construites par le MPS depuis 25 ans qu’il est au pouvoir. Je ne vais pas revenir sur des faits connus et que j’ai relatés lors de ma dernière conférence de presse. Cependant, il est permis de se demander, une fois encore, où sont partis les revenus pétroliers engrangés depuis une dizaine d’années que le Tchad claironne fièrement sa qualité de pays pétrolier. J’ai honte, nous avons honte qu’un pays producteur de pétrole ne soit pas en mesure d’assurer des soins de santé adéquats et une bonne éducation à ses citoyens qui vivent dans la misère. Aucune infrastructure viable n’a été réalisée, sans qu’elle ne soit une source de détournement et de vol pour enrichir les pontes du pouvoir. Aucune programmation de développement n’a été respectée, quand il en existe. Aucune poursuite judiciaire n’a atteint son terme, à l’encontre des nouveaux milliardaires qui narguent la justice. J’observe tout simplement que les salaires des fonctionnaires ne sont pas payés depuis fin juin.


Tout, dans ce pays, répond aux standards d’un Etat voyou : la corruption, l’Indice de Développement Humain du PNUD, l’Indice Mo Ibrahim, l’indice « Doing business », le taux de chômage, l’inflation, la dette intérieure, le seuil de pauvreté, les indicateurs d’un budget fictif d’un Etat lui-même fictif et informel, une gestion patrimoniale accrue par la mainmise de la famille présidentielle sur l’Etat, l’opacité de la gestion pétrolière, les injustices…sont autant de faits que nous vivons au quotidien et que je n’ai pas besoin de vous détailler.


Voilà le Tchad tel qu’il est. Voilà l’œuvre de M. Idriss Déby Itno depuis 25 ans qu’il gouverne sans partage. Il a passé son temps à tambouriner sur un pays émergent dans une paix retrouvée, un pays émergent, une capitale vitrine de l’Afrique centrale puis de l’Afrique tout court, une armée au service de la paix dans d’autres pays, une stabilité retrouvée, etc. Puis, voilà qu’il se ravise brusquement dans sa déclaration du 11 août.


Prenant son air le plus grave, il se proclame « président par obligation» et avoue qu’il restera au pouvoir parce que tout ce qu’il a entrepris va s’écrouler comme un château de cartes après lui.

Idriss Déby Itno vient d’annoncer à tout le monde qu’il ne quitterait jamais le pouvoir parce que son régime n’a rien bâti de solide pendant 25 ans. Il demande aux Tchadiens de prendre leur mal en patience et de le laisser encore gouverner – très mal – le Tchad. Cette opinion est un aveu d’échec qui le disqualifie définitivement, tellement les échecs sont nombreux et cuisants.


Contrairement à ce que pense le Président Déby, les Tchadiens l’ont vomi et ne veulent plus, ni de lui, ni de son système familial. Les voix s’élèvent jusque dans les hautes sphères de son parti et du gouvernement pour déclarer que «le seul obstacle au développement et à l’unité du Tchad, c’est Déby ». Comme nous vivons un régime de terreur, personne n’oserait, pour le moment, le lui dire publiquement.


L’opposition doit bien prendre note des tergiversations du candidat Déby qui tient coûte que coûte à se maintenir au pouvoir, au risque de créer une crise postélectorale sans précédent. Les Tchadiens sont maintenant un peuple mûr et déterminé à se battre pour conquérir sa véritable indépendance. Les jeunes Tchadiens sont décidés à amener leur pays à goûter aux doux fruits de l’alternance en 2016. Le peuple tchadien est prêt à relever le défi et dit haut et fort qu’Idriss Déby Itno doit se retirer, et le pays entamera immédiatement sa reconstruction dans l’unité, la solidarité et la paix. Nous lui garantissons une retraite paisible dans ses montagnes d’Amdjarass, et il pourra venir voir comment, sans lui, le Tchad fera des avancées fulgurantes et réelles.


Enfin, j’invite l’opposition à tirer la leçon qui s’impose face à un homme qui accumule armes et argent pour dévoyer la démocratie. Seule notre unité aux élections de 2016 permettra la libération de notre peuple. In châ Allah.

 

Je vous remercie

 

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