Le président tchadien, Idriss Déby, peut se targuer d’avoir trouvé les moyens de racheter les parts de Chevron dans le projet de Doba. Mais le principal gagnant de cette opération est Glencore, dont le Tchad est de plus en plus dépendant dans un contexte où les revenus pétroliers devraient baisser d’ici six ans. 

Glencore véritable maître du Tchad

 
Ca n’est pas le trésor public tchadien qui financera l’achat des 25% de Chevron dans les gisements de Doba mais bien Glencore, le trader basé à Genève, qui a accepté d’avancer la somme nécessaire (1,3 milliard $) à l’Etat. Ce montant sera remboursé sous quatre ans grâce à une partie des bénéfices provenant de la vente du brut de Doba que Glencore va commercialiser au nom de N’Djamena. Le trader a déjà une relation très forte avec l’Etat tchadien : il vend depuis 2012 les 12,5% du débit de Doba qui reviennent au pays, soit quelque 10 000 à 15 000 barils/jour. Jusqu’à récemment, Exxon Mobil, l’opérateur des gisements, commercialisait la totalité de la production de cette zone en activité depuis 2003. Glencore distribuera désormais, en plus des 12,5% de l’Etat, les 25% correspondant à la part de Chevron rachetée par N’Djamena, soit 37,5% du débit, ce qui lui assure entre 40 000 et 45 000 b/j, au moins pendant les quatre ans de remboursement de l’emprunt. Cependant, la société ne s’arrête pas là ; elle devrait bientôt produire sur ses propres gisements. Le 6 juin, les principaux actionnaires de la firme canadienne Caracal Energy ont en effet accepté son offre d’achat. Or, Caracal opère le permis producteur de DOI (Badila) et celui bientôt en huile de DOB (Mangara), dans le sud du Tchad. La production de Caracal, qui devrait devenir propriété du trader dès la fin juillet, devrait atteindre 22 000 b/j à la fin de l’année. Glencore pourra désormais vendre la totalité des barils de Badila.

 
Qui a négocié l’accord ?

 

Le rachat des parts de Chevron a été négocié dans un secret total par les hommes du président tchadien. Même le premier ministre, Kalzeubet Payimi Deubet, n’a pas été tenu au courant des détails de la procédure. Trois personnes de confiance ont géré cette transaction depuis la fin 2013. La plus influente d’entre elles est sans conteste le secrétaire général adjoint à la présidence Fodeïbou Orozi. Ce dernier a effectué nombre de voyages pour discuter avec Chevron à Genève, à Paris et à Washington où il était accompagné de l’inamovible directeur général de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), Mahamat Kasser Younous, et du ministre de l’énergie et du pétrole, Djerassem Le Bemadjiel, tous deux très proches de l’épouse du président tchadien, la 1ère dame Hinda Acyl Mahamat. Arrivé au côté du chef de l’Etat en octobre 2013, Orozi se révèle de plus en plus comme son homme de confiance sur les questions pétrolières. Il bénéficie d’une longue expérience, ayant travaillé pour Conoco dans les années 70 avant de devenir conseiller à la présidence sous Hissène Habré puis aux côtés d’Idriss Déby, au nom duquel il a négocié les contrats avec Exxon, Chevron et Petronas à la fin des années 90. Il a ensuite œuvré dans le privé, pour Cliveden puis CNPC, avant de revenir à la présidence.

Perspectives maussades sur Doba

 
Le rachat des parts de Chevron n’est pas forcément l’affaire du siècle pour N’Djamena. La production de Doba, mis en huile en 2003, est déclinante depuis le pic atteint en 2004 (182 000 b/j). Exxon est d’ailleurs déclaré partant depuis plusieurs années. Ces champs ne produisaient plus que 110 000 b/j en 2012, un volume qui ne s’est pas amélioré en 2013. Afin de maintenir un certain débit, les partenaires vont devoir investir des sommes importantes dans les prochaines années. L’Etat, qui n’est pas habitué à mettre la main à la poche pour son secteur pétrolier, y sera désormais contraint. Malgré des prix du brut très élevés ces dernières années, la rente pétrolière du pays a plutôt baissé. Selon le dernier rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), préparé par le cabinet Fair Links, le pays a gagné 2 milliards $ en 2012, soit une baisse de 9% par rapport à 2011.

 

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