Le directeur de l’agence Saint-Amandoise de Pôle emploi, Jean-Claude Boury, est également expert à l’international pour la structure. Il s’est récemment rendu au Tchad pour une mission du Bureau international du travail.

Le savoir-faire Saint-Amandois ne s’exporte pas que pour l’or. Le directeur de l’agence locale de Pôle emploi s’est en effet rendu au Tchad en tant qu’expert, dans le cadre des accords liant la structure française au Bureau international du travail (BIT) de Genève (Suisse). 


Quel était l’objet de ce voyage ? 
C’était une mission du BIT dans le cadre du programme d’appui à la promotion de l’emploi et à la réduction de la pauvreté. Il vise la réduction de la pauvreté dans toute l’Afrique subsaharienne par le développement de l’emploi. Il y a des accords entre la France et le BIT, dont celui de fournir des experts de Pole emploi. Car on ne le sait pas forcément, mais Pôle emploi est une structure reconnue à l’international. Nous sommes souvent sollicités dans le cadre de missions de conseil. C’est valorisant de savoir que l’on est reconnu. Au Tchad, il s’agissait de répondre à une demande de l’Office national de la promotion de l’emploi (Onape), équivalent tchadien de Pôle emploi, visant à améliorer la professionnalisation des conseillers à l’emploi. Notamment sur les champs des diagnostics et de l’accompagnement des demandeurs. Ça, c’est la mission. Après, il y a la réalité… 

 

Comment se déroule ce genre de missions ? Il faut bien assimiler que nous ne sommes pas là pour amener nos méthodes. D’abord, il y a l’observation : Qu’est-ce qui se passe ? Comment est organisée la recherche d’emploi ? Comment vivent les gens ? 

 

Quel est donc le contexte ? Le Tchad sort de trente-huit ans de guerre. C’est un pays d’1.250.000 mètres carrés pour 12 millions d’habitants et dont 80 % de l’activité économique n’est pas déclarée. C’est un pays classé avant dernier pour l’installation des affaires. Et le Tchad connaît un taux de fécondité se situant dans les plus élevés d’Afrique. On pense à 40 millions d’habitants à l’horizon 2020. Dans un tel pays, le gros défi, c’est l’emploi, et plus particulièrement l’emploi des jeunes. Dans le cadre de la mission, le premier constat, c’était qu’il n’y a pas de moyens. Mais on trouve chez les conseillers un trait commun : l’envie d’être utile. Et ils ont quand même deux programmes qui fonctionnent bien. 

 

En quoi consistent-ils ? Le premier est un appui aux diplômés sans expérience. Il s’agit de fournir un stage de pré-emploi allant entre trois à six mois dans une entreprise. Cela permet d’être dans un milieu professionnel et d’acquérir une expérience. Mais ce n’est pas payé. Le deuxième est une aide à l’autoemploi par microcrédits, avec un maximum de 1.500 euros. Le but est de permettre à des gens de financer une activité capable de générer du cash rapidement, comme monter un restaurant de rue ou se lancer dans le maraîchage, la culture de coton… C’est un système très bien géré. Et quand un projet est financé, il permet de créer deux à trois emplois. 

 

Quelles sont les lacunes de l’Onape ? L’agence pour l’emploi n’est pas fréquentée. Il n’y a pas de système d’allocation comme en France et les demandeurs ne sont pas tenus de s’inscrire. L’inscription est très administrative, sans réel diagnostic. Et en plus, il n’y a pas d’offres identifiées. Par exemple, dans un bureau, j’ai demandé à voir les offres, il n’y en avait qu’une, d’une entreprise étrangère, qui la fournissait parce qu’elle était obligée et qui allait finalement engager un étranger… 

 

Et après l’observation, quel était votre rôle ? Nous avons rencontré le ministre du travail, le responsable Onap et des gens de terrain, le patron des patrons… Cette observation nous permet d’identifier des actions réalisables et de construire un projet en fonction de ce que l’on connaît, nous, et qui puisse être réalisable là-bas. Il va ainsi falloir les aider à réaliser des diagnostics plus poussés des qualifications des demandeurs. Et il faut aussi que l’Onape devienne visible. Qu’ils soient présents et qu’ils aillent chercher les offres. Car il y en a. Il va falloir ensuite que les conseillers deviennent de meilleurs intermédiaires entre offres et demandeurs. On a ainsi fait une évaluation de ce qu’il conviendrait de mettre en place, en conseillant au BIT de poursuivre cette action. 

 

Est-ce-qu’il y aura une suite ? Je pense, compte tenu des recommandations et des souhaits de l’Onape, qu’il y aura une continuation. Le Tchad a des atouts : ils commencent à exploiter leur pétrole, et c’est le deuxième troupeau d’Afrique. Il y a des chances que je retourne là-bas. 

 

Pierre Hébrard
pierre.hebrard@centrefrance.com

 

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