Confronté aux attaques répétées de Boko Haram sur le sol tchadien, Idriss Déby resserre les rangs autour de lui en plaçant la sécurité du pays entre les mains de plusieurs membres de sa famille. Une équipe de confiance soudée à mesure que la coopération militaire avec les autres Etats riverains du lac Tchad, épicentre des actions du mouvement nigérian en dehors de ses bases, se révèle inefficace. Analyse. 

 

Task-force au palais •

 

Chaque soir depuis plusieurs mois, le président tchadien s’entoure d’une douzaine de sécurocrates au palais Rose pour faire le point sur les mouvements de la secte dirigée par Aboubakar Shekau, nouvellement ralliée à Daesh. Ces hauts responsables, noyau dur de la lutte antiterroriste, font un rapport sur la situation sur le terrain avant qu’Idriss Deby n’avise… seul. Autour de la table, siègent entre autres le ministre de la sécurité Ahmat Mahamat Bachir et le chef d’état-major Brahim Mahamat, un Djellaba du Sud-Ouaddaï, proche de la première dame Hinda Déby Itno. Ce dernier est chargé de la protection des frontières et de la coordination des actions militaires. Il dispose de dix téléphones, dont un crypté réservé aux communications avec le chef de l’Etat. Le conseiller sécurité de la présidence, Abderamane Moussa, qui gère un réseau d’informateurs à Maiduguri, fief de Boko Haram au nord-est du Nigeria, assiste également à ces réunions nocturnes. Des personnalités comme Ahmat Youssouf Itno, neveu d’Idriss Déby récemment nommé à la tête des Renseignements militaires ; Tahir Erda, le chef de la police et frère d’un des gendres du chef de l’Etat ; Djiddi Saleh, patron de l’ANS ; ou encore le colonel zaghawa Mahamat Salim Haggar, qui dirige le département des opérations extérieures de l’armée, complètent cette équipe. 

Le fils en première ligne •

 

 Ce cercle rapproché est en contact permanent avec les différents commandements tchadiens sur le terrain. De 3 000 en juillet, le nombre de soldats sécurisant la zone du lac Tchad et les rives du fleuve Chari est monté à 6 000. La majorité de ces effectifs est placée sous le contrôle de Mahamat Idriss Déby, fils d’Idriss Déby et ex-commandant en second des Forces armées tchadiennes d’intervention au Mali (Fatim). Le chef de l’Etat, qui avait lui-même payé de sa personne pour combattre une rébellion à N’Djamena en 2008, a opportunément renvoyé son fils au front. De mère Gorane du Kanem, région du lac Tchad, Mahamat Idriss Déby peut, à ce titre, obtenir plus facilement la coopération des populations locales pour être renseigné. 

 

Coopération incertaine •

 

Idriss Déby est d’autant plus enclin à se concentrer désormais sur ses seules frontières grâce à ce staff familial que les actions menées conjointement avec ses voisins ont montré leurs limites. Les officiers tchadiens déplorent l’absence de leurs frères d’armes nigérians sur les théâtres d’opération. D’où des rapports tendus entre les deux pays. Au Nord-Cameroun, le Tchad agit de concert avec le Bataillon d’intervention rapide (BIR), après avoir évité à cette région une déflagration générale. Mais les déconvenues, nombreuses avec ce pays, incitent Idriss Déby à un repli tactique visant à renforcer son dispositif au niveau national.  

 

Le 7 novembre, il a rappelé les Forces armées tchadiennes d’intervention au Cameroun (Fatic, plusieurs milliers d’hommes). Deux jours plus tard à Dakar, au Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, son ministre des affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat, a insisté pour une montée en puissance de la Force multinationale d’intervention conjointe qui réunit cinq pays (Nigeria, Cameroun, Tchad, Niger et Bénin). Une vraie gageure. Faute de moyens suffisants, cette force, dont le commandement est basé au Tchad, ne devrait pas être déployée avant longtemps.

 

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