Le gouvernement en fait un peu trop dans l’affaire Habré, c’est le moins qu’on puisse dire, et donne l’impression de vouloir s’immiscer dans la procédure des Chambres africaines extraordinaires chargées de juger l’ex dictateur. Il semble méconnaître les textes créant ces chambres au sein des juridictions sénégalaises.

A N’Djaména, l’on a choisi de mettre la charrue avant les bœufs en ce qui concerne l’indemnisation des victimes, en opérant des saisies conservatoires des biens de Hissène Habré. Pourtant l’article 28 des statuts des Chambres africaines extraordinaires, crée un fonds d’indemnisation des victimes qui doit être “alimenté par des contributions volontaires de gouvernements étrangers, d’institutions internationales, d’organisations non gouvernementales et d’autres sources désireuses d’apporter un soutien aux victimes”. Nulle part il est fait mention de saisie de ressources ou de biens, d’autant plus que Habré n’est pas poursuivi pour des crimes économiques, mais comme spécifié à l’article 4 du statut de la juridiction africaine, pour “crime de génocide” , “crimes contre l’humanité” et “torture”.

C’est donc une confusion manifeste, (comme celle consistant à incarcérer les anciens agents de la DDS), alors que les textes prévoient que toute procédure ne peut être enclenchée que par les Chambres africaines extraordinaires. Cet excès de volontarisme vise comme on s’en doute, à mettre le président Idriss Déby hors de portée de l’action de la justice africaine. Pourtant, l’article 10 du statut des Chambres africaines extraordinaires, est on ne peut plus clair: “la qualité officielle d’un accusé, soit comme chef d’Etat ou de gouvernement, soit comme haut fonctionnaire, ne l’exonère en aucun cas de sa responsabilité pénale au regard du présent statut”.

Un autre alinéa ajoute que “le fait qu’un accusé ait agi en exécution d’un ordre d’un gouvernement ou d’un supérieur ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale”. Comment croire dans ce cas, qu’Idriss Déby, qui a été l’un des acteurs majeurs du système Habré et dont le nom est cité dans quelques pogroms au sud du pays, ne soit pas traduisible devant cette Cour? A moins qu’il refuse de s’y présenter à l’image de son compère du Soudan qui continue par défier la Cour Pénale Internationale. Les Tchadiens ne demandent qu’une seule chose a leur gouvernement: laisser les juges africains faire leur travail afin que la vérité soit faite sur ces années sombres de l’histoire du Tchad, afin que justice soit.

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