La délégation des chambres africaines est arrivée au Tchad, et a été reçue en grande pompe, par le ministre de la justice, Padaré. Elle fut installée dans le meilleur hôtel de la capitale. Un grand dîner fut organisé en son honneur, où rien ne manqua, la meilleure carte, mais aussi les meilleures liqueurs et champagnes. La République des Itno avec Maître Padaré comme MC,  était aux petits soins de la délégation sénégalaise. Les Tchadiens constatèrent l’ignoble farce qui se jouait sous leurs yeux : histoire d’une magistrature couchée et totalement corrompue.

Le Procureur des chambres africaines Mbacké Fall, à sa sortie d’ audience avec le PM Dadnadji, a expliqué à la télévision nationale  et donc, devant le peuple tchadien, que sa mission consistait en une enquête à charge exclusivement , c’est-à-dire contre le Président Habré, un point, c’est tout. Cette déclaration a suscité un véritable tollé au sein des populations. Le Procureur sénégalais a choqué les populations, en dévoilant qu’il agit contre le Président Habré et donc aussi, contre tous ceux qui ont été arrêtés, enlevés mais aussi déportés des pays voisins, sans compter d’autres personnes sur la liste qui seront ultérieurement arrêtées.

La délégation des chambres africaines a, ensuite, tenu une réunion avec les magistrats tchadiens dirigés par le Procureur Mahamat Saleh Younouss. Au cours de cette réunion, le Procureur tchadien fait remarquer à son homologue des chambres africaines qu’il se devait de respecter les principes d’un procès juste et équitable, et ne pas faire des déclarations énonçant clairement devant l’opinion que tout est fait contre Hissein HABRE . Piqué au vif, le magistrat sénégalais exprime son agacement et déclare n’avoir rien à apprendre du Tchadien. La réunion est sauvée de justesse, mais le ministre de la justice Padaré après concertation avec le staff des chambres africaines, va voir Deby et demande qu’on dégage le procureur  Mahamat Saleh Younous, jugé incontrôlable et peu sûr. Deby répond favorablement à la démarche du Procureur des chambres africaines et limoge son homologue tchadien. Tout au long de leur séjour, les magistrats sénégalais ont donné une piètre image d’eux mêmes d’abord, puis de l’institution qu’ils représentent à savoir la justice sénégalaise. Lors de l’audience avec Deby, les génuflexions et le maslaha ont dégoûté plus d’un.

Ndjamena est chamboulée ; vives tensions, le Procureur tchadien est limogé sur demande de son homologue sénégalais que l’on sait payé par Deby. La mascarade est dénoncée et les gens ne comptent pas se laisser faire. Tous les cadavres de l’histoire du Tchad sont déterrés, et la comptabilité macabre commence dans les quartiers : des centaines de marabouts enterrés vivants par les hommes de Tombalbaye au Guéra, aux bébés balancés dans les puits par les sbires de Kamougué au Sud, aux jeunes lycéens musulmans du lycée Adoum Dallah de Moundou, exécutés d’une balle à la nuque et jetés dans des fosses communes. « Nous ne nous laisserons pas faire ! ». Des listes de tortionnaires des autres régimes sont dressées avec leur localisation.

Nous avions annoncé dans un de nos articles, que Jacqueline Moudeina avait présenté aux autorités sénégalaises, une liste de plus de 17 personnalités (Nouri et Bichara Idriss Haggar font partie de cette liste noire, les 15 autres n’ont pas encore été citées officiellement) qui avaient travaillé avec le président HH et qui devaient être poursuivies par le tribunal spécial.  Cette liste lui avait été remise par Deby, avec lequel, elle entretient des relations très étroites dans ce dossier. Tout Ndjamena a relevé, que récemment, un vol d’Air France, en direction de Paris, avait été bloqué sur le tarmac de l’aéroport de Ndjamena pendant plus d’une heure trente, sur ordre personnel d’Idriss Deby, parce que Jacqueline Moudeina était en réunion avec lui et qu’elle devait, elle aussi, prendre ce vol ;  cette folie a provoqué une crise de nerfs de l’équipage d’Air France suivie d’un rapport à la direction générale. La liste Moudeina comme la liste Schnidler circule sous les kaptanis et la rumeur enfle, se propage …

Dans cette atmosphère, le ministre de la justice PADARE débarque à la télévision nationale, et annonce, ce qui suit : « Aucune des personnes arrêtées parce qu’ayant travaillé à la DDS ne sera envoyée à Dakar. Leur affaire sera traitée au Tchad, et, vous savez qu’un pays n’extrade pas  ses ressortissants » a t-il ajouté. Ce sera une procédure différente des chambres africaines.

Comme on peut le souligner, l’arrivée du ministre de la justice Padaré sur les plateaux de télévision pour dire que : « personne ne sera envoyé à Dakar, qu’il ait été présenté comme tortionnaire ou pas », cette déclaration sonne comme une immense reculade et mieux, le ministre a donné des gages, officiellement, par voie de télévision, pour que nul n’en ignore et que tout le monde se calme.

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