Quelles que soient les dispositions et mesures prises par le gouvernement pour faire face aux périlleuses difficultés que le pays va devoir affronter du fait des conséquences induites sur son économie et ses finances par la brutale chute des prix du pétrole, l’année 2016 va être celle de tous les dangers pour Tchad.  

 

C’est pourquoi il faut s’attendre que dès la rentrée sociale le pouvoir prenne des initiatives de l’ordre du politique afin de désamorcer la menace d’une contestation politico-sociale que l’opposition rassemblée pourrait exploiter pour exiger le changement radical dont il refuse d’entendre parler.  

 

Dans son message à la Nation du 18 juin après les premiers attentats qui ont endeuillées la nation tchadienne, le chef de l’Etat avait signifié qu’il entend rester à son poste jusqu’au terme de sa vie. A défaut par conséquent de l’annonce d’une élection présidentielle telle que demandée par l’opposition, Deby pourrait décliner un agenda politique pour 2016 comportant l’adoption du projet de révision de la Constitution qui serait suivie de l’organisation d’élections législatives anticipées.  

 

Outre qu’un tel agenda politique mettra très probablement à rude épreuve le front que l’opposition est parvenue à constituer mais en restant fragile du fait de l’hétérogénéité de ses composantes partisanes, il est susceptible d’avoir le même effet émollient sur la contestation sociale qui menace à l’approche de la rentrée. Pour qu’il ait la chance de garder le contrôle de la situation et rallier à ses initiatives politiques le gros de l’opposition et la majorité des citoyens, le pouvoir s’est abstenu de toucher aux « acquis » sociaux qu’il a octroyés ou promis quand il a eu à disposition la manne financière procurée par les exportations d’hydrocarbure.
 

Que les prix du pétrole restent bas en 2016 ou pire que leur chute se continue, il ne fait aucun doute que l’artificielle paix sociale qu’il était parvenu à s’acheter ne résistera pas devant la réalité amère telle qu’elle se profilera à brève échéance.  

 

Faute d’une embellie financière dont peu prédisent la possibilité, le pouvoir va devoir gérer un mécontentement populaire face auquel il sait ne pouvoir compter que sur la crainte qu’inspirent ses forces et services sécuritaires. Ce rempart a laissé apparaître lui-même qu’il n’est pas à l’abri du questionnement et de la contestation sur le mode de gouvernance et la façon d’envisager la succession de Deby si elle venait à s’imposer dans l’immédiat proche. Sa reprise en main par le clan prépondérant du pouvoir s’est effectuée par touches en une stratégie qui rappelle l’effeuillage de l’artichaut. Aux postes névralgiques de ces forces et services de sécurité, il est parvenu à remplacer ceux dont la fidélité lui est apparue s’être distendue. Ce faisant, c’est aussi un signal fort qui a été émis en direction des citoyens et de l’opposition qui seraient tentés par le recours à la contestation radicale les avertissant que ses forces répressives sont en ordre de bataille soudées à lui et acquises à son maintien.

 

Digaiss Mostafa    (universitaire)

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